
Myos-liormos , ie Mûris statio des Romains, situé à douze ou quinze lieues au
nord de Qoçeyr, fut anciennement très-fréquenté ; sa rade est couverte par trois
îles , qui y brisent et arrêtent la lame du large. Il semble qu’on pourrait y rétablir
l’ancienne route vers Coptos, dont on retrouve les restes dans quelques-unes de
ses stations entre le Nil et la mer : ce port abandonné paraît plus avantageux
que Qoçeyr. C ’est de ce port que partit la flotte d’Ælius-Gallus, forte de cent
vingt bâtimens, pour son expédition de l’Arabie heureuse. Le reste de la côte
n offre plus de stations connues jusqu’à Soueys.
D’après cette description rapide de la mer Rouge, il paraît que les ports situés
sur la cote orientale sont de nature sablonneuse, peu profonds, couverts de
bancs de sable, de coraux, et dun accès difficile, tandis que ceux qui sont situés
sur la côte occidentale, dégagés de bancs et de récifs, restent plus profonds: la
cause en est due aux vents violens de ce golfe, qui y occasionnent des courans
très-rapides, et qui portent vers la plage orientale les sables que la mer retire des
débris des montagnes de la côte occidentale (t). On observera que tous les ports
de la mer Rouge manquent généralement des eaux douces nécessaires.à la navigation;
mais on doit être assuré qu’il seroit toujours possible d’y ménager une
partie de celles qui se perdent dans cette mer.
§. III.
Navigation de la Mer Rouge.
M a l g r é le peu d avantage que présentent à la navigation les ports et stations
de la mer Rouge, l’histoire atteste que Sésostris et les Pharaons ses successeurs,
Salomon et la reine de Saba, les Perses, Alexandre et les Ptolémées, les Romains,
et enfin les Turks, les Vénitiens et les Portugais, ont couvert cette mer de leurs
flottes guerrières et commerçantes.
La navigation de la mer Rouge a été véritablement le canal des richesses de
Tyr et d Alexandrie. Les flottes de Salomon pénétraient jusqu’au fond du bras
oriental ; de nos jours, des flottilles pénètrent tous les ans à l’extrémité du bras
occidental : ces deux parties les plus resserrées et les plus difficiles du golfe ont
donc été et sont encore fréquentées.
Sous la domination des Arabes et des Turks, la marine des Égyptiens perdit
toute son activité; telle étoit sa foiblesse sous Mahomet, que, dans la vue d’entretenir
le commerce par l’Arabie, ce législateur imposa à tous les sectateurs de l’Islamisme
l’obligation religieuse du voyage de la Mekke. Ce long et pénible voyage,
( i) On remarque que cet effet est général pour les de la mer et le lieu des ancrages changent tous les vingt
mers étroites: les cotes de France, dans la Manche , ans sur la côte orientaledu golfe de Soueys. Cette opéran’offrent
que des plages basses et sablonneuses, et seule- tion, qui est lente, mais que rien n'interrompt, comble
ment de petits ports, tandis que les côtes opposées [celles les ports de cette cote, et laisse au milieu des terres, des
del Angleterre] sont peu susceptibles d'ensablemens, et ont villes dont les murs étoient baignés par les eaux du golfe:
des ports qui restent toujours assez profonds pour y rece- ainsi Elana, Moiyana, Sambya et M en a , connues sous
voir, en tout temps,des bâtimens de toute grandeur. les noms modernes à'Aylat, de Madian, d’ Yanbo' et de
C est, dit M. Gossellin ( t. / / , p. z j8 et zyp ) , une M e n a , autrefois situées sur les bords de la mer, en sont
opinion constante parmi les pilotes Arabes, que le fond aujourd’hui plus ou moins éloignées.
qui se pratique encore aujourd’hui par terre, démontre assez l’état d’abandon de la
navigation, et conséquemment du commerce de la mer Rouge, à cette époque; cet
état, qui est toujours le même, a pour principales causes, la voie que prit le commerce
des Indes par le Cap de Bonne-Espérance (i), et le dépérissement des arts, des
sciences et de l’industrie, dans tous les pays qu’embrasse la domination des Turks.
Les Vénitiens, qui firent le commerce des Indes par la mer Rouge, y eurent
une marine très-florissante. Le journal du Comité Vénitien parle de la flotte de
Soliman II, qui, composée de quarante-une galères et de neuf gros vaisseaux ,
fut armée à Soueys en 1538. On y vit, en i j 4°> cc"fle ¿es Portugais, dont Juan
de Castro commandoit un vaisseau.
En 1769, les Anglais y avoient quelques bâtimens, comme le rapporte Bruce,
qui les rencontra dans son passage de Geddah à Massuah.
Il arrive annuellement de Geddah à Soueys une flottille marchande chargée de
café. M. de Volney, qui a vu arriver celle de 1783 , dit qu’elle étoit composée de
vingt-huit voiles, dont quatre vaisseaux percés à soixante canons. Enfin, pendant
que les Français occupèrent l’Egypte, nombre de bâtimens sont venus d’Yanbo’
et de Geddah à Soueys. Les Anglais y ont paru à diverses reprises, et en dernier
lieu avec des frégates et autres gros bâtimens de la compagnie des Indes (2).
Le vice-amiral Rosily, qui naviguoit sur cette mer en 1787, et que nous avons
particulièrement consulté, est bien éloigné de croire que les dangers et les difficultés
de la mer Rouge soient aussi considérables qu’on le pense communément.
En effet, ces dangers, enfantés seulement par l’ignorance des navigateurs anciens
et modernes, ont été accrédités par l’opinion ou plutôt par l’erreur générale. En
jetant les yeux sur la nouvelle carte de cette mer, on voit que la route tenue
par la frégate la Vénus, que cet officier général commandoit, embrasse la largeur
•de cette mer dans tous les sens : on doit donc rester convaincu que tous les
bâtimens de commerce n’y trouveront pas des difficultés d’une autre nature que
celles qui sont communes à toutes les mers étroites. Les côtes seules offrent des
dangers: mais le nombre des bons mouillages y est si considérable, que les marins
du pays jettent l’ancre tous les soirs, parce qu’ils ne naviguent jamais de nuit;
dans les gros temps, ils restent mouillés au même endroit quelquefois huit et quinze
jours, sans jamais oser gagner le large, ni profiter d’un vent qui seroit favorable
pour tout bâtiment Européen.
Les relations des voyageurs sont pleines de ces faits. On trouve dans celle
d’un officier Anglais, M. Rooke (3), des détails peu étendus, mais précis, sur la
navigation de la mer Rouge.
(1) Après la découverte du Cap de Bonne-Espérance juin 18 01 ], les Anglais ont débarqué à Soueys et à
en i 497» les Portugais firent tous leurs efforts pour dé- Qoçeyr environ 6000 hommes de troupes des Indes (des
truire le commerce et la navigation de la mer Rouge; ils Cipayes); ils perdirent deux gros bâtimens à l’entrée du
y eurent une flotte qui détruisit toute la marine marchande détroit.
des Turks et des Vénitiens, et celle même que Soliman II (3) Voyage de M. Rooke, officier Anglais , faisant
avoit fait construire cà grands frais dans le port'de partie de l’expédition contre le Cap de Bonne-Espérance,
Soueys, en 1538; ilsy furent les maîtres jusqu’en 1540, en 1781.
époque où ils perdirent leur puissance dans les Indes. La flotte Anglaise ayant été battue par celle de M. de
(2) Aux mois de germinal et de prairial an 9 [ avril et Suffren, à la hauteur des îles du Cap Ver t, et devancée