
et revêtus en briques ; une rampe permet aux animaux de descendre jusqua la
surface de l’eau, qui n’est qu’à un mètre du sol. On aperçoit auprès des puits
quelques restes de constructions anciennes et un petit caravanseray qui sert à
abriter les voyageurs.
Depuis Qoçeyr jusqua une lieue environ avant la Gytah, nous fûmes toujours
entre de hautes montagnes arides de pierre calcaire, de schiste, de brèche, de
granit, de grès (i), &c. peu éloignées les unes des autres; il existe même quelques
défilés qui n ont pas plus de douze à quinze mètres de large, et où des blocs de
rocher obstruent tellement la route, que deux chameaux chargés ont de la peine
à y passer de front : mais, à la Gytah, la vallée commence à devenir fort large, et
forme bientôt une vaste plaine de sable, qui se termine vers l’Ëgypte par une
chaîne de petites collines de sable et de cailloux roulés.
Quelques lieues après la Gytah, nous aperçûmes au loin le terrain cultivé.
Combien l’Égypte, que naguère je trouvois si triste, s’étoit embellie pour moi !
ces bois de palmiers, dont l’ombre presque insensible m’avoit tant de fois fait
regretter les forêts de ma patrie, me paroissoient le séjour de la fraîcheur : et le
Nil ! pourrai-je peindre ce que j’éprouvai à sa vue, au sortir du désert que j’ha-
bitois depuis trois mois! Le khamsyn (2) souffloit alors par rafales brûlantes;
mais cette eau douce, objet de nos voeux, sembloit en diminuer les effets malfaisans.
L espérance d’un bien prochain diminuôit le mal présent; fatigués, altérés,
affamés, 1 imagination nous donnoit déjà le repos, l’eau du Nil et les fruits. Nous
pressâmes nos dromadaires : depuis Qoçeyr, nous avions marché presque continuellement
; les plus longues haltes avoient été de deux heures: mais hommes
et dromadaires avoient oublié leurs fatigues,, et nous arrivâmes promptement
à Byr-Anbâr.
Byr-Anbâr est un petit village qui se trouve sur la limite du désert et du terrain
cultivé; il est à environ cinq quarts de lieue au nord de l’ancienne ville de
Coptos, à une demi-lieue du Ni l , et à huit ou neuf lieues de la Gytah. Ce village
appartient a la tribu Arabe des A?ayiy : on y trouve des puits dont l’eau est
fort bonne dans le temps des hautes eaux du Nil ; mais, à l’époque des basses eaux,
elle a un gout désagréable d’hydrogène sulfuré, qui provient sans doute de la
malpropreté des puits.
De Byr-Anbâr à Qéné, petite ville située sur les bords du Nil, nous avons mis
quatre heures; c’est le rendez-vous le plus ordinaire des caravanes qui font le commerce
de Qoçeyr : ce fut le terme de mon voyage.
La vallée que je viens de décrire, est celle que fréquentent habituellement
les pèlerins de la Mekke et les marchands qui font le commerce de l’Arabie.
(1) Voytr^j pour de plus grands détails minéraïogiques,
le Mémoire de M. Roziere.
(2) Khamsyn, vent brû lant, appelé, dans le désert,
semoum [empoisonné]. Les animaux qui s y trouvent exposés,
souffrent beaucoup, et quelquefois même meurent
subitement : les bouffées de chaleur qu’on ressent par intervalles,
peuvent se comparera celles qui émanent d’une
fournaise ardente. U ne poussière extrêmement subtile et
brûlante est enlevée à une grande hauteur; elle obscurcit
l’éclat du soleil, et donne à l’atmosphère une teinte livide
de pourpre et de jaune : cette poussière pénètre à travers
tous les vêtemens et dessèche la peau. Malheur à ceux
que ces trombes rencontrent dans le désert î
S U R L A V I L L E D E Q O Ç E Y R . 20 1
MM. Bruce et Browne, voyageurs Anglais, en ont fait connoître deux autres ;
mais la plus remarquable de toutes est celle qu’a suivie M. Bachelu, officier
du génie. Elle-est au nord de celle dont j’ai parlé; on y trouve plusieurs monu-
mens anciens, distans les uns des autres d’environ quatre lieues : ce sont des
espèces de stations fortifiées, construites sur un plan uniforme ; elles consistent
encore en une grande cour carrée, fermée de hautes murailles flanquées de
tours. On retrouve dans l’intérieur quelques vestiges des logemens qui y exis-
toient autrefois. Au milieu de la cour est un puits très-large, avec une rampe
par laquelle les animaux pouvoient descendre pour s’abreuver. Ces puits sont
en partie comblés; mais, en les creusant un peu, il est probable que l’on y trou-
veroit de l’eau.
Celle de ces stations que l’on rencontre d’abord en partant d’Égypte, est à
quatre lieues au-delà des puits de la Gytah, qui étoit certainement autrefois la
première station fortifiée de cette route. On en compte six ou sept jusqu’à
Qoçeyr : la dernière en est éloignée d’environ six lieues. Dans les endroits où la
vallée se divise en plusieurs branches, un cube de maçonnerie est placé dans celle
que Ion doit suivre. Vers le milieu du chemin, on s’élève par une pente assez
douce,et, après etre arrive au sommet de la montagne, on descend dans la vallée,
qui se prolonge ensuite , sans aucune autre interruption , jusqu’au ruisseau de
Lambâgeh, ou elle rejoint celle que j’ai précédemment décrite.
Strabon parle d’une route qui alloit de Coptos à Myos-hormos, ville située
sur les bords de la mer Rouge, et dont le port étoit fort considérable. Strabon
ajoute ( 1 ) que cette route etoit tres-fréquentée; que, dans les premiers temps, on
emportoit leau nécessaire pour le voyage, et qu’on se dirigeoit en observant les
étoiles ; mais qu’ensuite on avoit creusé des puits et fait des citernes pour conserver 1 eau des pluies. Ce chemin étoit de six ou sept journées de marche.
Dans plusieurs ouvrages on rapporte ce passage de Strabon, en l’appliquant
a la route de Coptos à Bérénice : on peut s’assurer, en lisant attentivement cet
ancien voyageur, que c’est celle de Coptos à Myos-hormos qu’il décrit dans
l’endroit cité.
DAnville, qui a discute parfaitement tout ce que les anciens écrivains rapportent
sur la position de Myos-hormos, a cru devoir placer cette ville à vingt
lieues environ au nord de Qoçeyr, où il paroît certain qu’il existe un port très-
considérable.
En adoptant cette opinion, la vallée où l’on trouve des stations fortifiées,
pourroit être une partie de l’ancienne route dont parle Strabon; elle conduisoit
les caravanes à cinq ou six lieues de Qoçeyr, où l’on a trouvé la dernière station
0 ) A vu rSr n Ko A ; , j o Mvls oppoç, ^ utuntur. Initia camelis vectiper noctem ¡ter aeebam, astra
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f " »"Siré»r, talmp Svmt runt. Iter est sex septemve dierum. ( Strabonis Rerum geo«
ÎTUct’ THtnu’ pav. ri 4 o'Ji; i&i, ê'I j grra phic. arDum I. ib, ri XVII, cu. m ve,,rsione GuIielmiXylandri ■ Sed Co p|tu s et Mn/Tu ns. -stati.o nunc excellant, iisque omnes pLMagte.8iioe15 ir.)ansiorum, typis regiis, 1020, in-fol. : Iib. XVII,