
petit sachet de cuir qui renferme un morceau de papier sur. lequel des paroles
mystérieuses ont été écrites par quelque derviche, et plus souvent encore par des
Chrétiens ou des Juifs, qu’ils regardent comme plus savans que les. Musulmans en
matière de sorcellerie. J’en ai vu qui portoient ainsi de petites pierres gravées
en caractères Koufiques qu’ils ne comprennent point, et de petites idoles Égyptiennes.
Enfin ils ont plus de confiance en un talisman fait exprès pour la maladie
dont ils sont atteints, qu’en tous les secrets, de la médecine, et ils ont soin de
l’appliquer sur la partie souffrante. Ces opinions sont bien ridicules, je l’avoue;
mais doivent-elles nous étonner lorsque, malgré notre civilisation, nous sommes
encore sujets à des superstitions assez semblables !
Un arbre ne près dun tombeau, ou que toute autre circonstance peut enve-
Jopper d’un certain merveilleux, porte quelquefois les Bédouins à croire qu’il est
anime par un genie; et ce seroit des-Jors un sacrilège que d’en couper une branche,
ou même de le frapper .: ils y attachent des cheveux, du poil, et des morceaux
d’étoffe ou de papier sur lesquels sont tracés des caractères bizarres, des paroles
magiques; et selon les cérémonies dont cette action est accompagnée, cela doit
disposer le sort en leur faveur, ou déterminer quelque maléfice contre leurs ennemis.
J’ai vu au milieu du désert, entre Soueys et le Kaire,. un énorme acacia
couvert de lambeaux d’étoffe , près duquel campe la grande caravane qui se
rend tous les ans à la Mecque. Les Arabes l’ont en grande vénération, et les pèlerins
manquent rarement de faire le voeu de suspendre à ses branches une partie
de leurs vètemens, s ils échappent aux dangers du voyage.
Je voudrois pouvoir donner des détails sur les cérémonies religieuses qui,
chez tous les peuples, accompagnent quelques époques remarquables de la vie ;
mais, m étant restreint, dans ce Mémoire, aux seuls faits observés ou vérifiés par
moi-meme, je ne parlerai du mariage et des naissances que sous le rapport de la
morale et des usages civils, i
Les Arabes se marient fort jeunes : extrêmement jaloux de leurs femmes, le poignard
lès venge de la plus légère infidélité, et néanmoins ils ne se font aucun
scrupule de reprendre celles qui, par les événemens de la guerre, ont passé dans
les bras du vainqueur. La jeune fille qui a éprouvé un tel malheur, trouve un
mari, comme si rien ne lui fut arrivé ; mais, dans tout autre cas, celle qui, au
jour de son mariage, ne seroit point reconnue vierge, seroit renvoyée ignominieusement
à ses parens : ceux-ci attendent avec impatience dans la tente de l’époux
le voile ensanglanté qui doit attester la sagesse de leur fille ; on l’expose même
quelquefois en dehors de la tente aux regards du public; puis la' jeune épouse
le serre soigneusement et le conserve toute sa vie.
Les jeunes gens ne connoissent point ce vice malheureusement si répandu en
Europe, qui détruit les forces naissantes, et change le plaisir qui doit rapprocher
les êtres et embellir la vie, en une habitude dégoûtante, qui isole, rend sombre,
égoïste, méchant, et conduit à des infirmités cruelles, à une mort douloureuse,
si 1 amour des femmes n’y apporte un prompt remède. Ce vice est remplacé
ici par un autre connu autrefois en Grèce et commun à toutes les nations
nomades -, ils sa i ment entre eux; et souvent même, dans leurs courses lointaines,
n’ayant pour société que leurs troupeaux, ils se livrent à des excès honteux.
Le mai iagë fait disparaître ou calme du moins ces goûts monstrueux, et, comme
je lai deja dit, les Arabes Se marient fort jeunes. Ils ne desirent rien tant que
d’ayoir beaucoup d’ehfàns ; c’est chez eux un moyen certain de considération et de
richesse. La naissance d’un fils est un événement qui les comble de joie, et c’est
par suite de cet amour paternel, qu’ils ajoutent à leur nom celui de leur premier
né: ainsi le pere s appelle-t-il Malutmmed et l’enfant A'iy, le nom du premier
devient Mahammed-abou-A’Iy, Ou simplement Abon-A'ly, qui signifiepèred’A ’ly.
Les jeunes gens, de leur cote, ont le plus grând respect pour les auteurs de
leurs jours, et en general pour tous les vieillards: ils se lèvent devant eux, leS
ecoutent attentivement, et cessent même de fumer en leur présence, à moins qu’ils
ne soient invités a continuer. C ’est sur cet hommage volontaire de la force à la
sagesse et à l’expérience des années, et sur l’amour des pères pour leurs enfàns, qu’est
fonde le gouvernement des tribus, ainsi qu’on a déjà pu l’observer dans ce que
nous en avons dit précédemment.
Plutôt ágiles que vigoureux, lés Arabes sont maigreS; mais c’est la maigreur
de la santé. Il règne une grande uniformité dans leur taille , qui ne varie guère
que de cinq pieds deux pouces a cinq pieds quatre pouces : on ne voit point,
comme parmi nous, de pygmees a côté de géans, d’avortons à côté d’athlètes ;
On ne rencontre point destropies de naissance : les forces physiques, comme les
forces morales et politiques > ne se rapprochent nulle part autant de l’égalité.
Les Arabes sont blancs, mais extrêmement hâlés par le soleil, dont l’action
s augmente encore de la réverbération des sables : ris ont la barbe, les cheveux et
lés yeux noirs, les dents extrêmement blanches et bien rangées, les traits généralement
beaux, la physionomie spirituelle, le cou mUsculeux, les épaules et la
poitrine larges, les genoux un peu gros ; ce qui provient peut-être de leur manière
de s asseoir à terre les jambes croisées sous eux.
Les femmes ont les yeux plus grands que les hommes et de même Couleur ; les
dents blanches et bien rangées ; la taille souple et svelte; les bras, les mains, les
jambes et les pieds d une beauté à servir de modèles : mais leurs traits, à l’exception
des yeux, ont peu d’expression, peu de mobilité; ce qu’on doit attribuer,
sans doute * à l’usage de voiler leur visage plus soigneusement qu’aucune autre
partie du corps : elles ont le nez gros, la bouche grande , et beaucoup d’entre
elles Senlaidissent en se tatouant la figure comme les sauvages de l’Amérique.
Le sein, qui est parfaitement placé et d’une belle proportion che2 les filles de
dix à douze ans, tombe bientôt ; et à mesure qu’elles font des énfknS, il S’alonge
considérablement : ce qui les dépare d’autant plus, qu’elles ne prennent aücunsoin
pour le soutenir ou le cacher. Les jolies femmes sont donc très-rares ; cependant
on en rencontre parmi celles sur-tout dont l’âge touche presque à l’enfance.
Elles sont toutes extrêmement fécondes, et une femmé mariée qui n’auroit point
d enfaUs tomberait dans le mépris : son mari ne tarderait pas à la répudier, ou tout
au moins a en prendre une autre ; car le divorce et la polygamie sont autorisés.