
passe quelquefois plusieurs années sans que le Nil parvienne à une assez grande
hauteur pour fournir de l’eau à ce canal, et l’on se sert alors des puits pour arroser.
A 1 entree de la vallée est le village d’A ’hbâçeh, auprès duquel il y a un lac
que les Arabes nomment Birket el-Fergeh ou Birket el-Hâggy el-Qedim : ce dernier
nom, qui signifie ancien lac des Pèlerins, peut faire présumer que, dans les premiers
temps du pèlerinage de la Mekke, la grande caravane, qui passe actuellement par
Ageroud, suivoit la vallée de Saba’h-byâr pour contourner le fond du golfe, parce
qu’il s’étendoit alors bien plus au nord qu’aujourd’hui, ou parce que le banc de
sable qui avoit formé récemment un lac de la partie septentrionale de la mer,
n’offi-oit point encore un passage commode. A deux myriamètres d’A’bbâçeh, le
canal est interrompu ; cest là que se termine l’Ouâdy-Toumylât : ce nom lui vient
de la tribu des Arabes Toumylât qui habitent cette contrée. La vallée de Saba’h-
byâr s’étend encore à deux myriamètres à l’est ; et c’est à-peu-près au milieu de
cette partie de la vallee que 1 on trouve un vaste amas de décombres qui annonce
l’emplacement d’une ancienne ville; les Arabes appellent ce lieu Abott-Keycheyd.
Au sommet d un monticule formé de ces décombres, il existe un gros bloc de
granit, sur lequel sont sculptées en relief trois divinités Égyptiennes, qui représentent
, je crois, Osiris, Isis et Horus ; elles sont de grandeur humaine et assises
a cote 1 une de 1 autre : le derrière du bloc et les autres parties planes sont couverts
d’hiéroglyphes. ( Voyez dessin qui a été recueilli par M. Févre, et qui se trouve
parmi les antiquités duDelta.) On trouve aussi sur les décombres un grand nombre
de fragmens de gres rouge siliceux, semblable à celui de la montagne rouge qui est
près du Kaire ; des hiéroglyphes sont sculptés sur la plupart d’entre eux.
Plusieurs considérations portent, à croire que ces ruines ont appartenu à l’ancienne
ville d’Heroopolis.
. Élavius Josephe (liv. i f , chap. 4 ) dit que Jacob étant parti de Bersabée, son
fils, ministre du Pharaon, vint au-devant de lui jusqu’à Heroopolis. Les Septante
ont interprète de la même manière le verset 28.du chapitre x lv i de la Genèse,
quoique dans le texte Hébreu il.ne soit pas question d’Heroopolis, mais seulement
de la terre de Gessen. Cette version fut faite en Égypte environ un demi-
siècle après la conquête d’Alexandre : ainsi l’on doit ajouter quelque croyance
aux détails géographiques qu’elle contient. La ville d’Heroopolis, au temps des
Septante, étoit donc située dans la terre de Gessen, à l’endroit où la tradition
plaçoit la rencontre de Joseph avec sa famille : ainsi elle étoit sur le chemin qui
conduisoit de Bersabée, ou des environs de Gaza, à Memphis, c’est-à-dire, fort
éloignée de la position actuelle de la mer Rouge. Cependant le nom de golfe
Heroopol'ue que les anciens donnoient à cette extrémité de la mer Erythrée, prouve
qu’Heroopolis étoit sur ses bords (1) : Pline et Strabon le disent formellement ; et
lorsque ce dernier parle de l’étendue de la mer Rouge, c’est toujours Heroopolis
qui en détermine l’extrémité nord.
(1) C e s t ainsi que la ville de Qolzoum, qui existoit qu’eiie porte actuellement ; et les Arabes commencent
aux environs de Soueys, a donné à cette partie de la même déjà à la nommer Bahr el-Soueys.
mer le nom de Bahr el-Qolzoum [mer de Qolzoum],
Cette appaiente contradiction disparoit en supposant la mer remplissant le
bassin dont j ai parle ; et les ruines d Abou-Keycheyd, se trouvant alors sur la
route de Memphis a Gaza, et peu eloignees du rivage de la mer, paroissent convenir
à l’emplacement d’Heroopolis. D’An ville, qui ne connoissoit pas les ruines
d’Abou-Keycheyd, et qui ignorait que la mer se fût autant reculée vers le sud,
a cependant placé Heroopolis vers le même point.
Heroopolis paraît être la ville qui est désignée dans la Bible sous le nom de
Pithom; il existe une version Qobte du texte Grec, où l’on a traduit Heroopolis
par Pithom. Plusieurs savans, entraînés par l’analogie qu’ils ont trouvée entre Pithom
et Patumos, ont pensé que ces deux noms désignoient aussi la même ville. Il est
certain que les Grecs altéraient considérablement les noms des pays étrangers, en
leur donnant presque toujours une terminaison Grecque. D’ailleurs Hérodote rapporte
que le canal qui conduisoit les eaux du Nil à la mer Rouge, aboutissoit à
cette mer près de Patumos ; et nous avons vu qu’Heroopolis étoit à peu de
distance des terres que la mer a abandonnées.
La ville de Clysma étoit sur la rive occidentale de la mer Rouge, et à soixante-
huit milles d’Heroopolis, suivant l’Itinéraire d'Antonin : cette distance nous conduit
à l’entrée de la vallée de l’Égarement, c’est-à-dire, à un tiers de degré environ
au sud de Soueys, tandis que Ptolémée place Clysma à un degré au sud de l’ex-
tremite du golfe. Je sais bien qu’il ne faut pas s’attacher trop rigoureusement aux
déterminations géographiques de Ptolémée, qui, en réduisant des mesures itinéraires
en degrés, n’a fait souvent qu’augmenter les erreurs et les rendre plus dangereuses,
en leur donnant une apparence d’exactitude astronomique; mais il est
impossible néanmoins d’admettre une erreur de quarante minutes entre des points
aussi voisins, et placés, pour ainsi dire, sous le même méridien : c’est pourtant la
faute qu aurait faite Ptolémée, si la mer eût é{é autrefois contenue dans les limites
quelle a maintenant; au lieu que, si l’on admet que de son temps elle s’étendoit
au nord, de la quantité que j’ai précédemment déterminée, l’erreur n’est plus que
de douze a treize minutes, approximation assez grande dans une discussion de
cettç nature.
Quant aux lacs amers, on auroit tort de croire qu’ils occupoient le bassin
qui est au nord de Soueys; car, outre les preuves que j’ai apportées pour démontrer
que la merles remplissoit autrefois, Pline dit positivement que le canal
dérivé du Ni avoit trente-sept milles et demi jusqu’aux lacs amers. Ce canal ayant
après les plus grandes probabilités, son origine au-dessus de Bubaste, on voiî
que les lacs amers devoient commencer un peu à l’ouest d’Heroopolis : il existe
en effet, entre ce point et l’ancienne extrémité du golfe, c’est-à-dire, sur une
etendue d environ trois myriamètres, plusieurs lacs qui reçoivent les eaux du Nil
dans les grandes inondations.
On voit par les différens passages que je viens de rapporter, que les auteurs
anciens confirment ce que le seul aspect des lieux m’avoit indiqué ; et il me semble
cenitude^ ^ F ° babilité éSale à tout ce <IU’“ histoire on appelle
Ê- M. D d z