
Les plaies faites par les armés des Turks et des Arabes ont cependant causé des
accidens, en général, plus graves que ceux qui résultent des plaies faites par nos
armes à feu : on en sera facilement convaincu par la connoissance que nous
allons donner des balles que ces peuples emploient. Elles sont armées d’un pédicule
de fer ou de cuivre qu on fait identifier avec le plomb, au moment de la fonte.
Ce fil de fer, qui a environ quatre millimètres [deux lignes] d’épaisseur sur trois
centimètres [un pouce],ide longueur, entre dans la cartouche ; quelquefois il
unit deux balles entre elles et leur donne une forme ramée: elles sont, d’ailleurs,
raboteuses, et d’un calibre plus considérable que celles de nos fusils.
Ces balles, en traversant nos parties, produisent, à cause de leur pédicule ,
de plus grands ravages, et offrent plus d’obstacles à leur extraction, que celles
dont se servent les troupes d’Europe. Ce fil métallique déchire les parties.molles;
rompt les vaisseaux, pique lés cordons nerveux, et enclave facilement la balle
dans les os, sur-tout lorsqu’elle s’est engagée dans une articulation.
Les accidens de ces blessures ont présenté des différences. L’hémorragie étoit
ffequente à la suite de 1 introduction des balles Turques , tandis quelle arrive
rarement avec les nôtres ; ( i ).
Il étoit donc nécessaire de remplir d’autres indications : d’abord, d’arrêter les
hémorragies; ensuite, de prévenir ou de détruire les effets de la douleur.
Pour cela, il a fallu faire de profondes, incisions, à l’effet de découvrir les
vaisseaux, den faire la ligature , et de couper totalement les nerfs et bandes
aponévrotiques piquées et déchirées par la queue de la halle; il a fallu étendre
ces mêmes incisions, et faire fabriquer des instrumens convenables pour saisir
ces corps étrangers et les extraire. Une pince en fer, solide, d’une grosseur suffisante
, légèrement courbée dans sa longueur, et fènêtrée à l'extrémité de ses
deux branches, qui se trouvoient creusées et armées d’aspérités pour recevoir et
fixer la balle, m’a servi avec avantage ; mais il me falloir user de grandes précautions
dans l’extraction que j’en fàisois, afin qu’elle ne produisît pas de nouveaux
accidens en passant dans les parties molles.
(I) Un autre genre d’accident, assez rare en Europe, chaleur de la saison, l’humidité de l’atmosphère et la
tourmenta beaucoup les blessés, vers la fin de la cam- toile à pansement qui étoit de coton. Cependant ces
pagne de Syrie. Des vers, on les larves de la mouche vers, à la présence desquels les blessés étoient déjà ac-
bleue, tres-commune dans cette contrée, s’introduisoient contumés, loin de retarder la guérison, semblbient i’accé-
dans les plates, determmoient une démangeaison très- Iérer, sans doute en concourant avec le traviil de la
incommode, augmentoient la suppuration et obligeoient suppuration à l’erfoliation du tissu cellulaire désorganisé,
a renouveler fréquemment les appareils. Ces insectes, Le pansement et les lotions amères les faisoient momen-
tormes en quelques heures, se développoient avec une tanément disp'aroitre. Les blessés n’ontpu être débarrassés
telle rapidité, que du jour au lendemain ils étoient ar- de cette incommodité qu’au moment de leur entière
rives a-peu-pres à leur dernier accroissement. L'incuba-, guérison, ou à leur rentrée dans l’Égypte
lion des oeufs de cette mouche , étoit favorisée par la
S U R P L U S I E U R S M A L A D I E S .
DESCRI PTION
D’UNE AMBULANCE VOLANTE
OU LÉGÈRE.
P o d r parvenir à enlever promptement les blessés du champ de bataille, à leur
donner les premiers secours, et à les faire transporter aux hôpitaux, j’avois formé
en Egypte, lors de notre départ pour la Syrie, une ambulance volante ou légère,
organisée à l’instar de celle que j’avois créée en 1793, sur les bords du Rhin,
pour le service des armées en Europe , et appropriée d’ailleurs, pour les moyens
de transport, au climat et à la nature du pays où nous devions l’employer.
L’organisation personnelle de cette ambulance étoit la même que celle de l’ambulance
d’Europe. Les officiers de santé étoient montés sur des dromadaires, pourvus
de leur équipement accoutumé : j’avois seulement fait faire plusieurs comparti-
mens dans les sacoches, pour placer les instrumens de chirurgie, les médicamens
et les appareils à pansement, indépendamment des vivres de l’officier. L’uniforme
et les armes des chirurgiens étoient les mêmes que dans l’ambulance volante d’Europe.
Au lieu de voitures qui ne peuvent servir dans les contrées désertes et sablonneuses
de l’Afrique et de l’Asie, j’imaginai d’employer une sorte de panier porté par
des chameaux. On en trouvera le dessin dans la planche des objets de chirurgie.
Chaque chameau portoit deux de ces paniers, et chaque panier contenoit un
blessé couché horizontalement. Ces paniers étoient faits de branches de palmier,
et recouverts d’une toile cirée fine et de couleur grise. Us étoient garnis en dedans
d’un petit matelas et d’un traversin. Ils avoient les dimensions nécessaires pour
ne point gêner les mouvemens du chameau, et conserver au blessé son attitude.
II a fallu , pour cela , établir à l’extrémité postérieure du panier, une planche à
bascule, supportée par une crémaillère en fer, et soutenant les pieds et les jambes
du blessé. Ces paniers étoient suspendus sur la selle du chameau, au moyen de
quatre courroies élastiques.
Il falloit vingt-quatre chameaux par division, sans y comprendre ceux qui
étoient destinés à porter les vivres, les tentes et les équipages de l’ambulance, qui
étoit commandée par le chirurgien en chef de l’armée.
Un règlement particulier déterminoit l’ordre et la marche de ces ambulances
volantes, la police-intérieure et les fonctions de chaque individu.