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Etendue des Sons qu'on peut obtenir sur le Tanbour Charqy en suivant les touches fixes,
tant celles qui sont sur le manche que celles qui sont sur la table de l'Instrument.
3-c corde double.
AMf' , , , ^b-a.la.s^^.-O.JÎ. S±W± ■°-CL
= = = = = =
2.® corde double. 1 A vide.
O n remarquera que cet instrument,de même que Jes autres tanbour, a son accord
particulier et une échelle de sons différente de celle des autres; conséquemment,
que, de même que chacun de ces tanbour, il a aussi sa mélodie propre, qu'il n’admet
que certains modes et qu’il exclut les autres. On sentira aussi, sans doute, que ces
distinctions n’ont point été établies par caprice ou par- hasard, mais plutôt en raison
de l’usage qu’on devoit faire de cet instrument, et de l’effet qu’on vouloit qu’il produisît.
On sait que jadis, chez les anciens peuples de l’Égypte et de la Grèce, on avoit
déterminé les chants et les instrumens les plus convenables suivant 1 age, ietàt et les
circonstances ou ils. devoient etrè employés : nous savons, d’après ce que nous
avons lu dans les divers traités de musique Arabe, que les Orientaux ont aussi
prescrit toutes ces choses; qu’ils ont reconnu, par exemple, que tel mode convient
aux gens de guerre, tel autre aux gens de loi ou aux.savans, tel autre aux gens de
plaisir, tel autre aux femmes, tel autre aux esclaves, tel autre aux enfans, Sic. &c *
qué tel mode doit être exécuté en tel temps, comme, par exemple, au lever du soleil,
à midi, le soir, à minuit, tel jour de la semaine, &c. ; tel autre en tel autre temps,
comme, par exemple, au point du jour, à neuf heures du matin, à trois heures du
soir, à l’heure de la prière du matin, ou à l’heure de la prière du soir ; tel jour aussi
de la semaine, &c. ; enfin, que chacun d eux doit produire un effet analogue à la disposition
dans laquelle il est utile que chacun se trouve en telle ou telle circonstance
Ce sont donc là aussi les principales raisons qui ont réglé le choix des sons et l’ordre
de leur succession sur chaque instrument différent chez les Orientaux.
C H A P I T R E IV.
Du Tanbour Boulghâry (2).
L e nom de cet instrument nous apprend que c’est une mandoline Bulgare (3).
Les ornemens multipliés dont il est chargé, décèlent son origine ; on y reconnoît le
goût excessif des Asiatiques pour le luxe et les ornemens, jusque dans les choses qui
(1) Ces cinq dernières notes sont celles des son s sous les trois autres cordes et ne peuvent leur servir
que Ion obt.ent par le moyen des touches de roseau (2) ^ U L Jysh, tanbourBoulghdçy.
qui sont collées sur la table, lesquelles ne s’étendent pas (3) Voyez planche A A , fig. 8.
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paroissent en exiger le moins. Nous ne nous attacherons pas a expliquer en détail
tous les ornemens dont cet instrument est chargé : -on les reconnoîtra facilement
dansla gravure, étant une fois prévenu que tout ce qui est blanc est en nacre de peile,
que tous les ornemens en points sontfaits avec la pointe d’un fer rouge ; que les dents
de loup qui paroissent en noir autour de la table, sont en bois de Sainte-Lucie ; que
le bout du cheviller est en ivoire, ainsi que le sommet des têtes des chevilles.
Le tanbour Boulghâry est le plus petit des tanbour que nous commissions; il
n’a que'578 millimètres en hauteur dans la totalité de son étendue. La partie
creuse de la caisse n’a que 189 millimètres de longueur sur i 15 millimètres dans
sa plus grande largeur, 34 millimètres dans sa plus petite largeur, et 62 millimètres
en profondeur.
Le q a ç a ’ h , de même que celui du tanbour charqy, est fait, à ce qu il nous semble,
d’un seul morceau d’ormeau, mais plus veiné. Cependant quelques personnes qui
doivent s’y connoître mieux que nous, ont trouvé que ce bois ressembloit à celui
qu’on nomme assédarac, lequel est un peu rougeâtre, léger, et a des couches
concentriques très-prononcées, telles qu’on les voit dans celui-ci.
La t a b l e est formée aussi de trois planches de sapin, dont une, qui est celle
du milieu, occupe une très-grande partie de la surface de cette table, et se prolonge
jusqu a l’emboîture du bas de la tige du manche I dans l’enfourchure ( 1 ) que
fonne le haut de la partie alongée du qaça’h (2), comme au tanbour charqy, a
la description duquel nous renvoyons pour les détails de cet emmanchement. Les
autres petites planches de la table remplissent le reste de la surface de cette table ; ce
qui se bome à l’espace compris entre la corde de l’arc et la circonférence de la courbe
q u i s’étend depuis la moitié de la hauteur de cette même table jusqu’au bas.
Nous ne pouvons donner une idée plus juste de la fonne du corps de cet
instrument qu’en disant qu’il ressemble à une pyramide triangulaire alongee, et a
laquelle on n’auroit laissé qu’une de ses surfaces plates, tandis qu’on auroit arrondi
un peu les autres, et sur-tout celle de la base, ainsi que l’angle de larete opptfsee
à la surface plate, c’est-à-dire,à la table, laquelle est encore un peu bombee Les
autres surfaces, les angles arrondis de la base et l’arête opposée a la surface de la
table forment la partie convexe ou le qaça’h du tanbour Boulghâry.
Le m a n c h e et le c h e v i l l e r de cet instrument sont d’une seule piece, en bois
d’érable incrusté en nacre de perle ; le tire-corde est aussi du même bois. Le sillet
est en bois d’acajou. L’abaisse-coide est formé de sept tours d une corde de laiton
très-serrés autour du cheviller, à 7 millünètres au-dessus du sillet. Le chevalet est
à peu près semblable à celui du tanbour charqy, toutes proportions gardées. Les
chevilles sont de citronnier; elles ressemblent par leur fonne aux chevilles des autres.
instrumens de cette espèce. _ . sWy
Le tanbour Boulghâry n’a que n-eize touches, qui sont faites en ligatures de corde
de boyau, les six premières serrées par quatre tours, et les sept autres par trois
tours, autour du manche. Ces cordes ne sont, qu’au nombre de quatre ; la première
est en laiton, les autres sont en acier. Ces quatre cordes ne rendent que deux
(1) Voyez pl. AA, fIig - 9- (2) Ibid. Xxxxx*
É . M .