
instrumens qui Jeur sont communs avec les Persans et avec les Turcs II y avoir
même au Kaire, lorsque nous y habitions, un luthier Arménien qui fabriquoit ou
plutôt gui réparoit ces sortes d’instrumens-, mais nous n’en avons point .connu
.en Egypte qui parussent appartenir en propre aux Arméniens.
Les Arméniens, dans Jeur église episcopale, au Kaire, se servent, comme les
•autres Chrétrens Orientaux, du marâoueli : ce sont deux enfans de choeur qui sont
•charges du soin de faire résonner cet instrument pendant les diverses circonstances-
.sacramentelles de la messe; chacun d’eux en tient un avec ses deux mains, et l’agite
de temps à autre. Ce st là le seul instrument que nous ayons vu employer dans les
,eglises des Arméniens.
Comme nous présumions bien que ces peuples étoient imbus des mêmes
superstitions que nous avions déjà reconnues parmi les autres Chrétiens Orientaux,
nous priâmes levêque de nous apprendre quel étoit le motif du bruit qu’on
sou en agitant le marâoueh dans certaines circonstances de la messe : ce vénérable
et bon vieillard n’hésita pas à nous dire, d’un ton très-persuadé, que c’étoit afin
d eloigner le mauvais esprit, et de l’empêcher de venir souiller par sa présence la
sainteté des mystères.
C est une chose fort remarquable en Egypte, que dans les temples des Juifs, dans
es mosquees des Musulmans, aussi-bien que dans les églises des Chrétiens Orientaux
.(il faut cependant en excepter les églises des Qobtes), les prières sont toujours
accompagnées de bruit ou de mouvement, ou même de l’un et de l’autre. Par-tout
nous avons reconnu la profonde empreinte de terreur qu’a laissée dans l’imagina-
.non et dans lame des peuples de ces contrées, l’idée d’un mauvais génie, ennemi
de ordre etdu bien, tou;ours prêt à nuire, et épiant l’instant où on est le plus tranquille
pour exercer sa méchanceté. Cette opinion étoit celle des anciens Égyptiens
comme nous 1 apprend Plutarque dans son Traité d’Isis et d’Osiris, où il nous
a exposé les principes de la doctrine et de la philosophie de ces peuples. « Il faut
» dit-il (traduction d ’Am iot), que les choses se secouent et ne cessent jamais de se
- remuer, et quasi s’esveillent et se croulent, comme si elles s’endormoiem ou ian-
» guissoient; car ils disent (les Égyptiens) qu’ils détournent et repoussent Typhon
» avec le sistre, entendant que, la corruption liant et arrestant la nature,le mou-
-» vement derechef la deslie, reieve et remet sus par génération. »
C ’est sans doute aussi sur un principe à peu près semblable, qu’au dernier office
du jour, que nous appelons Compiles, on nous exhorte à ne pas nous livrer au sommeil,
a veiller sans cesse, et à nous tenir continuellement sur nos gardes pour
netre pas surpris par le démon, qu’on nous représente comme un lion rugissant qui
rode autour de nous pour saisir sa proie et la dévorer. C ’est sur ce même principe qu’esf
encore on é cet adage vulgaire, qu ilfa ut s ’occuperpour éviter la tentation.
est certain que toutes ces idées doivent nous paroître puériles et ridicules
à nous qui ne soimnes pas habitués au style allégorique, et qui, le plus souvent]
nous arrêtons a limage qu’il nous présente, sans chercher à en approfondir le
sens moral et philosophique: mais il n’en étoit pas ainsi chez les anciens; ils y
découvraient des vérités utiles et très-importantes. Les Orientaux modernes, qui
n y voient que des fantômes qui les épouvantent, sont tombés, par leur ignorance,
dans I exces oppose ou nous a entraînés fabus de la philosophie.
A r t i c l e V I I .
D es Instrument sonores des Grecs modernes,
L u s a g e des cloches, pour convoquer les fidèles à l’église, n’étant pas permis
dans 1 empire Ottoman , les Grecs y suppléent par un instrument de l’espèce du
nâqous mofred dont nous avons parlé plus haut : on le nomme nâqous megouz ( i )
J |fi| i c e s t - à - d i r e , nâqous double (2). Ce nom donnerait une idée fausse de
cet instrument, si 1 on en jugeoit par comparaison avec le premier; car ce nâqous
megouz n est pas seulement une fois plus grand que lé nâqous mofred ou nâqous
simple, mais il est six fois plus grand que celui-ci : il a, en longueur, 1 ”,949; en
largeur, 4^7 niriiiinetrcs ; et en épaisseur, o y4 millimètres. Il est fait comme le
précédent et du meme bois. On le. suspend au parvis des églises par deux cordes
faites de boyau, passées d’abord chacune dans un anneau attaché au plafond, et:
qui viennent ensuite se nouer chacune dans un anneau qui tient au bord de la
planche et qui correspond au premier anneau, l’un attaché au premier tiers de la
longueur de cette planche, et 1 autre au point qui tient le milieu entre le second
et le troisième tiers de la longueur de cette même planche. Cette planche est suspendue
verticalement dans sa largeur, et on la frappe avec une espèce de maillet
à tete ronde en ivoire, grosse à peu près comme une bille de billard, et dont le
manche, qui est cylindrique, a de diamètre, en son épaisseur, 16 millimètres, et
de longueur, 379 millimètres. On voit un nâqous de cette espèce à l’entrée de l’église
de Saint-George, au vieux Kaire; et Ion prétend que le son s’en fait entendre à
un quart de lieue.
Quant aux instrumens de musique, il paraît que les Grecs modernes prennent
plaisir à en jouer, et qu’ils y réussissent assez bien. Nous avons entendu des Grecs
jouer de la kemângeh Roumy, ou viole Grecque ; nous en avons aussi très-souvent rencontré
qui jouoient de l’un de ces instrumens que nous avons décrits sous le nom
de tanbour: mais nous n’en avons pas vu aussi fréquemment jouer des instrumens
à vent; ce qui nous a fait présumer, ou qu’ils avoient moins de goût pour cette
sorte d’instrumens que pour les autres, ou que les instrumens à veht étoient moins
connus actuellement en Grèce que les instrumens à cordes.
A r t i c l e V I I I .
D es Instrumens de musique parmi les Juifs modernes.
No u s n’avons ni vu ni entendu aucun instrument sonore dans les synagogues des
Juifs de l’Égypte. Nous ignorons pourquoi ce peuple a laissé tomber en désuétude
(1) C ’est un m ot corrompu pour me^oug çjy* . (2) Voyez planche CC, fig. 34.