
leurs chevaux tout prêts, pour se réfugier dans le désert s’ils venoicnt à être dépos
sédés des terres qui leur appartiennent. Les disputes et les démêlés sont très-
ircquens entre ces deux espèces d’Arabes; j’ai été témoin de plusieurs querelles
sanglantes et de part et d’autre j’ai observé un vrai courage, ou du moins une
conduite pleine dacharnement et danimosité.
Les Arabes propriétaires et qui ont encore l’usage des tentes, forment la limite
entre les cultivateurs dont j’ai parlé précédemment et les Arabes guerriers ou
pasteurs. Ils se distinguent des premiers, parce qu’ils ne font pas partie de la po-
pulation des villages et qu’ils ne cultivent point par leurs mains, et des seconds
parce quils ne changent pas de lieux, au moins de cantons. Il y a tel cheykh’
parmr eux, qui possède les terres de trois à quatre villages à titre de moultezim’
et qu, est le plus riche particulier de toute la province. Aussi sont-ils crainw
et ménagés par les fellâh, qui voient souvent à fa porte de leurs villages jusqu’à
six cents cavaliers tout prêts à punir la plus légère résistance. On peut dire même
que les fcitüli les respectent comme des maîtres. Le moindre de ces Arabes, soit
qu ,1 voyage à cheval, soit qu’il voyage à pied, est accueilli et distingué dans la
campagne; on court au-devant de lui pour lui offrir de l’eau, s’il a soif, et des
dattes ou du pain: du moins un paysan ne se fait-il pas demander ces choses-là
deux fois. Us marchent toujours armés d’un fusil en bandoulière (i) - à cheval
ils ont de plus une lance ou une pique à la main. Quelle police pourroiem
exercer les villages -contre ces troupes de cavaliers, tolérées par le Gouvernement,
et dont les chefs sont en même temps de grands propriétaires! Le nombre
des vexations et des petites iniquités qu’ils commettent est inconcevable; par
exemple, dans les marchés de village, où l’on s’assemble en foule pour vendre
des bestiaux, des dattes, du dourah, du tabac, &c. ils ont tout l’avantage de leur
cote, et , s dominent aisément la multitude. Il n’y a aucun fellah qui auroit la
hardiesse de leur contester quelque chose, ou de ne pas leur donner sa marchandise
au prix que ceux-ci indiqueroient. La pique que l’Arabe plante insolemment
a cote de lui en plein marché, semble dire : Je fais ici la loi. Qn les distingue
de loin dans ces assemblées populeuses, à leur habillement blanc et à leur voix
aigue. Ils semparent proprement du marché, et finissent par vendre ou acheter
a leur discrétion tout ce qu’ils veulent. En effet, ils ont à leur usage une arme
non moins puissante que la lance et la pique; c’est leur astuce excessive, qui ne
se peut comparer qu’à leur audace.
Voici le costume qu’ils portent : sur la tête, un tarbouch rouge, presque toujours
sans turban; sur le corps, un barnous ou manteau blanc en laine plus ou
moins fine, qu’ordinairement ils font passer sur le haut du visage et sous le menton,
et qu, les couvre de la tête aux pieds. Sous cette robe, ils ont une tunique
ou chemise de lame et une ceinture; les plus aisés d’entre eux portent un gilet
sur la tunique, et, aux pieds; des brodequins ou bottines rouges. On les voit, dans
ces marches, portant des pistolets, des sabres, des masses, des piques, des fusils
(.) La ianerie e* soigneusement enveloppée dans une poche de cuir; à côté- du fhsi. es. le corne, à pondre.
à baïonnette, et proposant, ainsi armés, leur marchandise aux paysans, lis sont si
accoutumés à porter la carabine derrière le dos, qu’ils ne l’ôtent presque jamais,
même quand ils sont arrêtés. Les cheykhs des tribus et les plus riches cavaliers
ont de beaux étriers dorés et de bonnes selles, qui ne diffèrent de celles des
Mamlouks qu’en ce que le dos est renversé et plus bas; ce qui en fait une chaise
commode. Est-ce à des hommes équipés et armés de cette manière que les fdlâli
peuvent rien disputer (i) !
• Malgré les engagemens qui lient chaque Arabe à sa troupe, et les lois qui défendent
les violences contre les paysans, il n’est pas rare de voir le soir, au retour
d’un marché, deux ou trois cavaliers tomber tout d’un coup sur les fellah, et
sur-tout sur. les pauvres Chrétiens ramenant leurs bestiaux, les leur enlever, et,
s’ils font résistance, les blesser ou les tuer. Si l’on va se plaindre au chef de la
tribu, il n’a pas connoissance du fait, ou il nie que les Arabes soient de sa tribu,
et le crime reste impuni. J’ai vu plusieurs de ces scènes à Sanabofi et. Qousyeh.
Les cheykhs mêmes des villages ne sont pas moins opprimés par les Arabes que
les simples-paysans : l’action violente que je vais raconter en est une preuve , et
elle se reproduit sans cesse sous mille formes.
Quelques Arabes de la tribu Aboukoraym allèrent camper sur les terres du
village de Beblâou ; ils convinrent avec le cheykh d’une certaine somme , fort
modique pour faire paître leurs bestiaux dans un champ de helheh. Une nuit, deux
fusils et deux paires de pistolets se trouvèrent égarés dans leur camp. Le jour
.venu, les Arabes vont au village à cheval, redemandent leurs armes, appellent
les hàbitans des voleurs, des brigands. Le cheykh, qui n’avoit pas connoissance
de ce vol vrai ou supposé, ne put leur répondre rien de satisfaisant; ils menacèrent
de tirer sur les habitans, si on ne leur rendoit leurs armes. Ceux-ci
prirent le parti de monter à cheval avec leurs cheykhs. Les Arabes, alors peu
nombreux, n’eurent pas l’avantage; on leur tua un homme qui étoit de la tribu
de Faouyd, nouvellement arrivée en Egypte, ainsi qu’une femme et une jument;
ils furent obligés de se retirer. Le lendemain le cheykh de la tribu, A’iy Aboukoraym
lui-même, part de Sâou, sa résidence, à la tête de sept cents cavaliers,
fait cerner Beblâou, et demande le meurtrier de l’Arabe : celui-ci étoit caché, on
ne put le découvrir. Alors A’Iy fit saisir de force les quatre plus anciens cheykhs
du village et les emmena dans son camp : là, il exigea une somme d’argent considérable
pour le dyeh ou prix du sang, usage d’après lequel tout meurtre est rasheté
pour un certain nombre de pataquès; ensuite il fit bâtonner ces malheureux vieillards
Ce trait s’est passé presque sous mes yeux, et j’ai quitté Beblâou sans savoir
si A’iy avoit rendu les cheykhs libres et à quel prix (2).
' (1) J’ai plusieurs fois été le témoin de l’audace qu’ils ou l’habit qu’elle porte, le cheval qu’elle m onte, et qu’ils
montrent dans les foires de village. Ils n’étoient pas conçoivent aussitôt le désir moins fiers à l’égard des soldats Français qu’envers les (2) Pareille violence s’esdt ec os’mapmprisoep ricehre, z. A’bd-allah
fuelnl adhe s: unnô tArersa ble’é peauutl elt’teef frdo’nutne rioef fidc’ioefrf riFr raàn çaacihse teqru ’iàl dOeus âfcyh,e yqkuhi s a dsea isQi oeçt eryert-eBnuen pyr-iAso’mnnriâenrs, dpaanrcse soqnu ’iclsa mnpe
avoit tué. Jamais ils ne saluent les prem iers, et ils ne s’étoient pas arrangés avec lui pour l’acquisition ou plu-
répondent pas toujours au salut. C e qui les occupe le tôt l’usurpation des terres qu lui convenoient sur la rive
plus dans la personne qui se présente à eux, c’est l’arme droite.
E. M.
D d d d ;