
circonstance, quoique très-favorable, ne doit pas éloigner le chirurgien des préceptes
que nous avons indiqués pour l’abcès hépatique, lorsqu’il est a la portée
des secours de 1 art ; car il est extrêmement rare qu’il s’établisse des crises aussi
avantageuses.
Un caporal de la 4 -' demi-brigade d’infanterie légère, affecté d’un dépôt hépatique,
resta long-temps dans les. casernes, où cette maladie fut méconnue. Il
narriva au grand hôpital qua la dernière extrémité. Les circonstances qui avoient
précédé, et les symptômes d’un épanchement purulent dans la poitrine, me déterminèrent
à pratiquer l’opération de l’empyème entre la sixième et la septième
cô te, en comptant de bas en haut. Je rencontrai le foyer purulent ; et à Ja
faveur de cette ouverture, il sortit une grande quantité de pus de couleur brunâtre,
mêlé de flocons blanchâtres et celluleux. Le malade, qui étoit près de
suffoquer, respira plus librement ; l’oppression fut moindre, mais la prostration
resta la même : après quelques jours de calme et d’une suppuration abondante,
le malade mourut dans un état d’épuisement.
A 1 ouverture du cadavre, je trouvai ulcérées la plèvre et une petite portion
du poumon, lequel étoit réduit à un très-petit volume. Une ouverture de la
grandeur d’une pièce de quinze sous environ se rencontroit au-dessus du trèfle
tendineux du diaphragme , du côté d ro it, et communiquoit avec la partie
moyenne de la face convexe du foie profondément ulcéré. Si l’on eût fait cette
opération dès le moment où le pus s’est épanché dans la poitrine, on auroit pu
sauver la vie à ce militaire, d’autant plus qu’il setoit manifesté, quelques jours
avant son entrée à l’hôpital, suivant le rapport qu’il nous fit, une tumeur fluctuante
de la grosseur d’un oeuf de poule, dans l’intervalle des côtes où l’opération
fut faite.
Plusieurs individus s’étant refusés à laisser ouvrir ces dépôts hépatiques, sont
morts pai suite des effets de la maladie. L ouverture de leurs cadavres a présenté
le pus épanché dans la partie supérieure du ventre, et borné par le mésocolon.
Ceux qui ont été opérés à temps sont parfaitement guéris.
Pierre Cinna, canonnier du 4 -e régiment d’artillerie à pied, entra à l’hôpital
de la ferme d Ibrâhym-bey, pour y être traité d’une dyssenterie opiniâtre, qui
avoit résisté à plusieurs traitemens déjà employés avant son entrée à l’hôpital.
Les astringens, dont on lui fit faire immédiatement usage, arrêtèrent tout-à-coup
son flux dyssenterique. Il se fit aussitôt métastase sur lè foie : elle étoit caractérisée
par des douleurs vives et profondes , qui se déclarèrent, dans l’hypocondre, par
un mal-aise général et une difficulté de respirer. Il survint constipation , chaleur
intérieure, soif ardente, fièvre, insomnie, augmentation de douleur, et en très-
peu de jours parut, au-dessous du rebord cartilagineux des fausses côtes, et très-près
du cartilage xiphoïde, une tumeur dure, rénitente, douloureuse, sans changement
de couleur à la peau ; mais vingt-quatre heures après elle présentoit un point
de fluctuation vers le centre. Les premiers symptômes propres à l’inflammation
qui setoit emparée de cet organe, firent place à ceux de la suppuration; et
alors, douleurs pulsatives, frissons irréguliers, fièvre lente avec redoublement le
soir,
le soir, pâleur du visage , abattement des forces et augmentation de la tumeur.
Tel étoit l’état du malade lorsque je le vis pour la première fois. Après avoir reconnu
1 existence du dépôt, je me hâtai d’en faire' l’ouverture pour prévenir la
rupture du kyste dans la cavité abdominale. Les battemens légers qu’offroit la
tumeur ne m’arrêtèrent point, par les raisons que j’ai données dans ce Mémoire. Je
plongeai mon bistouri dans le point le plus fluctuant, et je prolongeai l’incision à
environ six centimètres [deux pouces et demi] d’étendue, haut et bas. Cette
ouverture fut immédiatement suivie de la sortie d’une grande quantité de matières
grisâtres tirant sur le brun, mêlées de flocons celluleux et blanchâtres. Je
parcourus avec le doigt une partie du foyer de la maladie : il s’étendoit supérieurement
jusqu’au lobe moyen du foie, dont une portion du bord libre étoit ulcérée à
quelques millimètres de profondeur. Dans les premiers pansemens, la suppuration
fut très-abondante et de même couleur; mais ensuite elle changea de nature, et
peu-à-peu sa quantité diminua. On seconda par les boissons amères et stomachiques
l’action des topiques simples dont on faisoit usage. Les forces se rétablirent,
l’ulcère se détergea, les parois du kyste s’exfolièrent, le foie se dégorgea, les bords
de la plaie s’affaissèrent, et, après six semaines de traitement, le malade se trouva
bien guéri et en état de sortir de l’hôpital.
Des médecins célèbres, tels que Bianchi et autres, prétendent que les dépôts
hépatiques ne se forment jamais dans la propre substance du foie , sans causer
la mort des individus qui en sont attaqués, quels que soient les moyens qu’on
mette en usage pour seconder la nature ; et ils ne les regardent comme susceptibles
de guérison, que lorsqu’ils s’établissent dans les portions membraneuses qui
recouvrent cet organe, ou dans le tissu cellulaire environnant.
Outre les motifs exposés dans le cours de mon Mémoire, pour démontrer la
possibilité de guérir les dépôts qui se forment dans la propre substance du foie,
chaque observation vient, à l’appui de ces principes, et prouve encore , d’une
manière incontestable, que c’étoit-Ià le véritable siège des dépôts hépatiques que
j’ai opérés.
On se préserve, en Egypte, de cette maladie, que la plupart des auteurs ont
considérée comme mortelle, en évitant, pendant le jour, l’impression du soleil,
et la nuit, le contact de l’air froid et humide ; en n’usant pas immodérément
des femmes, du vin et des liqueurs; en faisant des lotions savonneuses sur l’habitude
du corps ; en prenant quelques infusions amères le matin, et des boissons
acides dans la journée; enfin, en modérant l’exercice à pied, et sur-tout en éloignant
de soi les affections morales, dont les effets portent principalement sur
les organes biliaires.
É. M. R r r