
grand nombre de personnes qui achètent, sur l’avis des vendeurs, les drogues qu’ils
pensent pouvoir leur être salutaires. Il y a des cheykhs qui veillent à ce qu’il ne
se débite pas de drogues détériorées. Plus un médicament est prompt et actif,
plus les Egyptiens le croient propre à produire la guérison du mal. Ils emploient
la coloquinte et la gomme gutte comme purgatifs , et la violence de ces remèdes
les expose à des vomissemcns qu’ils redoutent, et à des douleurs intestinales difficiles
à apaiser ; tandis qu'ils ne font communément usage du séné que comme
laxatif, en le mêlant par petite quantité dans des infusions presque sans vertu et
très-désagréables au goût.
Les bienfaits et les réglemens d’un Gouvernement éclairé ne manqucroient pas
de contribuer en Égypte à la conservation d’une population nombreuse : les secours
de la chirurgie et de la médecine, et les soins donnés à des malheureux, ont fait
respecter les Français, qui s’étoient occupés, pendant l’expédition, de former des
hôpitaux pour la classe indigente.
MÉMOIRE
S U R
LE SYSTÈME D’IMPOSITION TERRITORIALE
E T SU R L’A D M IN I S T R A T IO N
DES PROVINCES DE L’ÉGYPTE,
D A N S L E S D E R N I È R E S A N N É E S D U G O U V E R N E M E N T D E S M A M L O U K S ( i) ;
P a r f e u M i c h e l - A n g e L A N C R E T .
L e gouvernement des Mamlouks (2) formera dans l’histoire un article si bizarre,
qu’il me semble intéressant d’en recueillir tous les traits, et d’en conserver avec
soin la mémoire, comme les naturalistes conservent, au milieu des belles productions
de la nature, ses écarts les plus singuliers.
Parmi les voyageurs modernes qui nous ont précédés en Égypte, aucun ne s’est
occupé du système de propriété et de l’administration des campagnes : ces objets,
qu’il étoit difficile d’étudier à l’époque où ils visitoient ce pays, forment, dans tous
les États, une partie essentielle du gouvernement, et méritent d’être connus.
Le général Caffàrelli avoit réuni sur ce sujet un grand nombre de renseigne-
mens; il aimoit ce genre de considérations, et personne ne pouvoit saisir avec
plus de facilité que lui les détails de ia législation et la chaîne qui les lie tous :
mais il a péri, et avec lui la plupart des connoissances qu’il avoit rassemblées.
Quelques notes que l’on a trouvées dans ses papiers, touchant cet objet, font
regretter qu’il n’ait pas complété son travail. Je suis loin d’espérer de pouvoir y
suppléer; mais j’essaierai du moins d’offrir des renseignemens utiles à ceux qui voudront
l’entreprendre.
Avant d’entrer en matière, je ferai quelques réflexions générales sur la difficulté
de remonter à l’origine de la plupart des usages consacrés en Égypte.
Parmi les nations qui ont été souvent subjuguées, il y en a peu qui puissent
compter autant de maîtres que la nation Égyptienne ; mais, en revanche, il n’en
est aucune qui, par l’ascendant de son caractère et de ses moeurs, ait remporté
(1) Lu à l’Institut d’Egypte, le i . cr frimaire an 9 [ 22 novembre tSooj. Voye^, page 260, à la note.
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