
2 7 ° M É M O I R E
enfin, dans une mosquée, une colonne de marbre gris veiné, portant une inscription
Grecque un peu altérée.
Tounah étoit moins considérable que Tennys. Un heureux hasard nous a offert
dans la première , à la surface du terrain, un camée antique sur agate, de trente-
six sur vingt-neuf millimètres, représentant une tête d’homme ; le profil a beaucoup
de caractère: un oeil perçant, un air froid, une lèvre dédaigneuse, et d’autres
indices, font penser quon a voulu faire la tête de cet Auguste qui sut résister
aux charmes de Cléopatre, et surmonter tous les obstacles qui le séparaient du
pouvoir.
Samnah (t) se trouve sur le bord du canal de Moueys. Il paroît que c’étoit une
ville immense; elle s’étendoit beaucoup le long du canal. On voit dans son intérieur
une espèce de forum ou place publique, de la forme d’un carré long, ayant
une grande entrée du côté du canal de Moueys, et des issues dans les parties latérales.
Le grand axe de ct forum est dans la direction de l’est à l’ouest : on aperçoit
sur ce grand axe plusieurs monumens détruits ,*et des obélisques brisés et renversés.
Quand on considère des débris aussi énormes. on a presque autant de droit de
s étonner des efforts qu’il a fallu faire pour rompre ces obélisques près de leur base
et les renverser dans la poussière, que des moyens qu’on avoit dû mettre en usage
pour les élever. Le temps a respecté les hiéroglyphes d’un de ces obélisques : on
en a pris le dessin.
Samnah est maintenant l’entrepôt des dattes qu’on apporte de Sâlehyeh, et que
les pecheurs du lac vont prendre en échange de poisson salé.
Peluse (2) est située à l’extrémité orientale du lac Menzaleh , entre la mer et les
dunes, au milieu dune plaine rase, nue et stérile. L’extrémité de la branche Pélusiaque,
réduite presque entièrement à un grand canal de fange, traverse cette
plaine en allant du lac à la mer. Le château de Tyneh, qui tombe en ruines, se
trouve au bord de ce canal, mais assez loin de la plage; il paroît être du temps
de la conquête par Selym. Les ruines de Faramâ sont à l’est de Péluse, vers la mer.
Après avoir franchi la barre qui est à l’entrée de la bouche Pélusiaque, on trouvé
assez de profondeur d’eau, dans une certaine étendue, pour y abriter une flottille
de petites djermes : c’est par ce point que les djennes du lac Menzaleh faisoient la
contrebande avec la Syrie.
Le chemin qui conduit de la bouche d’Omm-fareg à Qatyeh (3), passe à
l ’ouest de Tyneh et à travers Péluse. Ce chemin est extrêmement boueux ; il
vaut mieux se rapprocher de la bouche Pélusiaque.
J ' ’ u 3 l L Sa"J T ra n d 7 e Ta"isl e,Ie Prft - '™ Pi B B I de là il fit défiler ton infitnterie vers
nom de T v f i- .eP.‘a" “ ’ fa" e en E » ’Pte - le » Peluse, et il s’embarqua sur le N il avec une légère es-
T i p i T ■ } ' ° U * est f" 7 (D ’Anvilie.) » corte d’élite. » Q aty eh est, à raison de quelques puits
( ) eluse vien du mot grec n « « * .» , qui veut dire assez abondans qu’on y trouve, le seul campement que
ont ” é cme d“ °n’- ;r t - *
(3) Q atyeh paroit être ce que Q uinte-C urce, liv. jv , proche pour faire filer de" m n p M w fw h M U m lr e te
Æ S E f e É K S V ° iCi Ç ,CXte : I de Ghazab à Q atyeh, que les soldats d’Alexandre avoient
. ,. , u z e e.. . . te Sept jours faite en sept jours, les soldats de B o n a p a r t e l’ont faite
»après son départ de^Ghazah, il (Alexandre)arriva dans en sia ¡ours. “ e
» cette contrée de l’Egypte qu’on appelle aujourd’hui le
Nous
i f > 7 ? 4
Jftjj f :$$':?]!$ ’ j:: É || ?
1 M T
Nous observerons, en passant, que l’élévation des dunes qui s.ont à l’orient do
Péluse, et qui se prolongent en remontant vers la province de Charqyeh, fait voir
que le canal de jonction du golfe Arabique à la Méditerranée ne pouvoit aboutir
qu a la branche Pélusiaque, et à une assez grande distance de l’embouchure dé
cette branche. Dès-lors ce canal étoit dérivé du Nil vers la mer Rouge; et la crainte
d’une irruption de cette mer vers la Méditerranée , que je crois peu fondée, et
dont on pouvoit d’ailleurs se défendre par des écluses, devient par-là beaucoup
moins probable.
On trouve sur la plaine de Péluse, en allant de la mer vers les dunes, et jusqu’à
une petite distance de ces dernières, des coquillages d’abord répandus assez
abondamment, puis devenant plus rares ; le terrain est couvert en outre, dans
presque toute son étendue, d’une croûte saline : ainsi tout annonce que la mer
y reflue et y séjourne pendant une partie de l’année, vraisemblablement dans le
temps du solstice d’été. Le mirage est si considérable dans la plaine de Péluse,
que, demi - heure après le lever du soleil, les objets paroissoient défigurés au
point qu’on ne pouvoit plus les reconnoître (1).
Strabon dit que Péluse avoit vingt stades de circuit, et étoit à la même distance
de la mer.
■ Le développement de l’enceinte murée qui existe à Péluse, a effectivement vingt
stades; mais la mer est quatre fois plus éloignée de Péluse qu’elle ne l’étoit du
temps de Strabon : en sorte qu’en faisant passer à soixante stades de Péluse une
ligne courbe qui vienne se raccorder au point le plus avancé de la plage, à gauche
de l’entrée du canal d’Omm-fareg, on aura l’étendue du terrain formé par les
dépôts qu’abandonne sur sa droite le courant littoral, qui longe les côtes de la
Méditerranée dans la direction de l’ouest à l’est; on fera disparoître ce long canal
dOmm-fareg, qui est visiblement de formation nouvelle; et l’île de Tennys sera
rapprochée, de deux lieues de la mer, ce qui fera coïncider davantage sa position
avec celle que les anciens auteurs lui avoient assignée.
Il ny a pas la moindre trace de végétation sur la plaine où se trouve située
Peluse. On voit dans son en(Tinte un mamelon isolé, couronné d’arbustes; quelques
oiseaux sont les seuls hôtes de ce bosquet et de la triste solitude qui le
renferme. Le voyageur étonné n’aperçoit d’ailleurs, où existoient une ville et
une population immense, que quelques colonnes couchées dans la poussière, et
de misérables décombres : il cherche en vain dans les environs les restes d’un
guerrier long-temps heureux, et qui dut céder enfin à la fortune de César; il ne
trouve que le soutenir de cet homme célèbre, victime du sort, de l’ingratitude
et du plus lâche assassinat.
Un monument sur ce rivage désert où sont ensevelis les restes de Pompée,
réveilleroit mille souvenirs (2). Il détermineroit en outre l’époque où les descendans
C1) ^e phénom ène du mirage avoit été rem arqué des » offusque là lum ière, et les campagnes ne paroissent
anciens. Voici ce que dit Q uinte-C urce, liv. v u , c. j : » autre chose qu’une vaste et profonde mer. »
« D ans les^déserts^de la Sogdiane.. . . l’ardeur du soleil, (2) O n pourroit graver sur ce m onum ent cette inscrip-
» pendant 1 été, brûle les sables... .D ’ailleurs, un hrouil- tion très-simple-:
» la rd qui sort des entrailles tcop ardentes de la terre, B o n a p a r t e à l a m é m o ir e d e P o m p é e .
É. M. ■ ' P p