
Soueys, Bahar-el-Ka’bah , Bahar- Yanbo Bahar- Geddah, Bahar-Mekkah, Bahar-d-
Yemen, Bahar- Qppeyr> &c. toutes dénominations que prend cette mer à différentes
latitudes.
La mer Rouge s’étend du sud-est au nord-ouest, depuis le détroit de Bâb-el-
Mandeb, situé sous les 12° 35' de latitude septentrionale, jusqu’à Soueys, par le
30.' degré de latitude, sur une longueur de Ç25 lieues environ, et 20 de largeur
moyenne (1) : resserrée et dominée à l’est par les montagnes d’Arabie, et
à l’ouest par celles de l’Egypte, elle est soumise à des moussons et à des marées
régulières. Le flot, qui porte cinq à six pieds d’eau à Soueys, n’en porte que deux
à T o r , et un pied au plus à Qoçeyr, variant ainsi du plus au moins dans les
autres ports, suivant la direction et la force des vents et des courans que déterminent
des caps et le gisement des côtes.
M. Bruce, dans sa carte des moussons de cette mer, indique aux navigateurs
les vents de sud-est comme favorables pendant six mois, depuis novembre jusqu’à
la fin d’avril, pour se rendre du détroit, et même de la mer des Indes, dans les
ports et rades de ce golfe ; et les vents de nord-ouest, pendant les six autres mois,
de mai jusqu’en octobre, pour le départ de Soueys ou des autres ports vers le
détroit et la nier des Indes: Néanmoins ces vents périodiques pour le large du
golfe sont souvent contrariés par les diverses directions que leur font éprouver
les montagnes, les caps et les récifs, qui déterminent des courans très-rapides que
les bâtimens ne peuvent pas toujours éviter.
La mer Rouge manque de grands ports : ses côtes, couvertes de récifs, d’îles ou
de baïics de sable, dalgues, de coraux et de madrépores, ne permettent pas aux
grands bâtimens de les approcher; mais on y trouve un grand nombre de stations,
de rades et de petits ports, où les bâtimens marchands peuvent mouiller. Nous
allons en donner une description rapide (2).
(1) Hérodote dit (liv. i l , « D e l’enfoncement
»» du golfe Arabique à la mer Rou ge, appelée mer Ery-
3t thrée , il faut quarante jours de navigation pour un
» vaisseau à rames. »
Eratosthène,suivant Strabon (liv. X V I) , donne 13,500
stades [1,282,500 toises] à la longueur du golfe Arabique.
La carte moderne, dit M. Gossellin (Recherches
sur la navigation des anciens, tome II,page 163) , donne à
l’étendue de cette même mer, en ligne droite, de Soueys
jusqu’au cap méridional de Bâb-el-Mandeb, 20 degrés, à
l’échelle de latitude, valant 14,000 stades de 700 au degré
[1,330,006 toises]; ce qui donne 466 lieues marines de
2853 toises, et 554 lieues de 2400 toises; ce qui approche
de la distance donnée par les dernières cartes de 'Cette
mer, publiées par M. Rosily. On voit encore par ces citations
, que la journée de navigation d’un vaisseau à
rames des anciens pouvoit être de 350 stades [33,250
toises], puisqu’il fàlloit quarante jours de navigation
d’un vaisseau à rames, selon la remarque d’Hérodote ,
pour se rendre du fond du golfe au détroit de cette
mer, dans l’océan Indien. La journée de navigation d’un
vaisseau à voiles des anciens étoit de 500 stades [47,250
toises], ou de 60 milles Romains [45,360 toises], la journée
s’entendant de l’espace qui est entre le lever et le coucher
du soleil (Mémoires d’Egypte, parM. Dolomieu; Journal
de physique, de 1793, tome X L I1, page 136). La journée
d’un soleil à l’autre, ou de vingt-quatre heures, étoit de
1000 stades [ 95,000 toises], suivant Théophile, comme
le dit M. Gossellin (tome I I , page 38).
(2) Voir, pour cette description des ports et stations
de cette mer, les deux cartes de d’Anville (Mémoire sur
l’Egypte, page2/3) , celles de Niebuhr (Description de
l’Arabie, tome I I ,p a g . 213 et 233, et Voyage en Arabie,
page 203). On peut encore consulter le Voyage de Bruce,
tome 1 “ ; les cartes de cette mer, publiées en 1800, par
M. Rosily, amiral Français; enfin la description du golfe
Arabique, par M. Gossellin, dans sa Géographie des
anciens, t. I I et I I I .
§. 11.
Description des Ports et Mouillages de la Mer Rouge.
Soueys.. . Le port de Soueys est situé vers l’extrémité du bras occidental du golfe
Arabique ; nous en avons donné la description particulière dans le chapitre précédent.
Tor Tor, sur la côte Arabique, n’a qu’une rade, dont l’entrée est étroite
et resserrée; elle est ouverte aux vents du sud et du sud-ouest; les vents de nord,
qui y sont le plus fréquens, en facilitent la sortie : c’est le point de relâche des
kayasses, bâtimens à voile latine, qui naviguent sur cette mer, de Geddah à Soueys.
Ces bâtimens, de sept à huit pieds de tirant d’eau, ne peuvent pas aborder à
Tor; ils mouillent toujours en rade. Tor a des aiguades dont les eaux, qui sont
saumâtres, sont recueillies sur le bord de la mer (t).
Râs-d-Mohammed.. . . . Le cap qui divise les deux bras du golfe, est nommé
Râs-el-Mohammed. L’entrée du bras occidental, qui avoit le nom particulier de
sinus Heroopolites, et qui porte aujourd’hui celui de Bahar - el- Qolioum, Bahar-
Soueys, est très-resserrée par des îles et des récifs à fleur d’eau, qui la rendent
difficile. Le bras oriental, nommé par les anciens sinus Elanites, et aujourd’hui
Bahar-el-Kdbah, s’étend moins vers le nord que celui de Soueys : vers son extrémité,
un ancien port, nommé Asiongaber dans l’Écriture (2), et Bérénice par
les Grecs, étoit le lieu où les flottes de Salomon se rendoient, chargées des
richesses d’Ophir.
Moylah.. . Le port de Moylah, situé sur la côte Arabique, et désigné dans Pto-
lémée sous le nom de Phoenicum oppidum, peut encore recevoir de petits bâtimens.
Haourâ.. . Haourâ, désigné dans Strabon et dans le Périple de la mer Erythrée
par le nom de Aeux.ii jLeucê cômi], Albuspagus dans la traduction Latine,
offre une anse semée d’îles, mais où de petits bâtimens trouvent un bon mouillage.
Al-Sharm.. . Al-Sharm, dit d’Anville, est un port vaste, capable de recevoir
2000 bâtimens, qui y sont tellement en sûreté, selon Niebuhr, qu’ils n’ont pas
besoin d’y jeter l’ancre : son entrée est resserrée entre deux falaises élevées. Ce
port est celui d’Yanbo’, petite ville peu distante, sur la route des Pèlerins, qui
suit toute cette côte, depuis Aylat jusqu’à la Mekke. Al-Gyar,-situé au sud et
à peu de distance d’Yanbo’ , en est le second port.
Geddah.. . Geddah , le port de la Mekke, est situé sur une côte semée
d’écueils et de bas-fonds qui en rendent l’abord difficile ; mais ces basses qui en
couvrent l’entrée, font la tranquillité du mouillage que l’on y trouve près de la
ville. C ’est aujourd’hui un des ports les plus fréquentés de cette mer : il est distant
de deux journées de la Mekke (3).
(1) M. Rozières, ingénieur des mines, qui a visité ce ne font qu’un seul voyage par an, de Soueys à Geddah.
port dans te voyage qu’il a fait, avec M. Coutelle, au Ils partent de Soueys dans la saison où tes vents sont au
mont S inaï, nous a remis, à son retour au Kaire, une nord, et arrivent à Geddah en dix-sept ou vingt jours,
note qui confirme ce que nous rapportons sur ce mouillage, après avoir jeté l’ancre chaque soir, excepté dans le court
(2) Deutéronome, chap. i l , v. 8; d’Anville, page 236. trajet de Râs-el-Mohammed à l’île Haçan. Pour le retour,
(3) Les meilleurs pilotes de cette mer, dit M. Niebuhr, il leur faut au moins deux mois, car ils ne naviguent pas
É. M.