
La Porte s’étoit réservé le soin de pourvoir au commandement et à la défense
des ports et des places de Soueys, Damiette et Alexandrie, parce que ces
villes, situées de manière à ouvrir l’accès de l’Égypte, défendue sur le reste de
es rontieres par des deserts qui la séparent de peuples peu redoutables, préservaient
le pays de toute invasion dangereuse, en même temps quelles assuraient
plusieurs entrees aux troupes Ottomanes, en cas de révolte de la part de ses
abitans : leurs garnisons, renouvelées tous les ans, étoient envoyées de Constan-
inop e avec les trois gouverneurs qui en avoient le commandement. Quoique
ces officiers fussent au nombre des beys, ils n’appartenoient à l’Égypte que par le
séjour qu ,1s y fa,soient, et par les subsides qu’ils recevoient du trésor public pour
leur traitement et 1 entretien de leurs troupes ; sous les autres rapports, ils étoient
H | | P et aU f ( | B - reconnoissoient que les ordres du1
La soumission et la tranquillité de l’Égypte justifièrent pendant deux siècles la
sagesse des vues de Selym et de Solymân. Au bout de cette période, le pâchâ du
Kane ayant ose se révolter, fin arrêté par le dyvân, et traduit à Constantinople,
ou on le punit de mort. Cette preuve de fidélité valut à ce conseil le droit dé
reposer les pachas. L ambition d’Ibrâhym et de Rodoudn, kiâhyâs des -oeâq des
janissaires et des a Zab| ne tarda pas à menacer le pouvoir excessif que le dyvân
devoit a cette concession. Parvenus à se perpétuer dans les places annuelles dont ils
e oient pourvus, ,1s se servirent des ogâq pour dominer dans le dyvân, et de leurs
Mamlouks pour asservir les ogâq eux-mêmes. Jusqu’alors les Mamlouks, simples
esclaves achetés par les beys et les ogâqlu, ne formoient pas une milice parti-
ul.era, on nen avon vu qu un petit nombre qui, après avoir été admis dans les
ogaq etoient parvenus aux premiers emplois. Ibrâhym et Rodouân éloignèrent
es Turks de toutes les places importantes , pour les distribuer à ces étrangers
Les Mamlouks du premier étoient si nombreux et si puissans quand leur maître
g i ÎUeéIS; ' C,tnUSirC.nt )e H de - « s’arrogèrent une sorte de soudeferapt
3 leur n0uveau ^ de cheykh el-belcd, ou de prince
A’iy-bey, revêtu de cette dignité dix-sept ans après sa création (2), prétendit à
une indépendance absolue ; ses talens et son audace la lui auraient peut-être
«cquise, sans les intrigues qu, le rendirent injuste envers Mohammed-hey son
namlouk, celui-ci, force de se déclarer son ennemi pour défendre sa vie, le com-
Le chevkhÜ aVamaSC’ lÉ IMBl à Ë Ju Kaire Le cheykh Daher qu, commandoit à Acre, uni d’intérêts eatv àe cS eA ’iy, à quei nil Sayvroieit.
donne exemple de la rébellion contre la Porte, lui fournit un asile et de’ s secours
mais Al.y-bey, trop presse de réparer sa disgrâce, ne rentra en Égypte que pour
peur des blessures qu il reçut au combat de Sâlehyeh (3)
Son vainqueur gouvernoit à peine depuis trois années, que ses ressentimens
sous le nom de CircassUm, dont l’exiaence politique ¿.oit (3) En ,773. 7 7 É | " ° 're ere’
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particuliers contre le cheykh Dâher, et les ordres de la Porte, le déterminèrent
à envahir la Palestine. II étoit maître de Jaffâ et d’Acre, quand une maladie con-
tagieuse termina sa carrière.
Mourâd et Ibrâhym beys, héritiers de son pouvoir, dominèrent sans contradiction
durant quelques années. Au bout de ce terme, Isma’yl-bey, ancien mamlouk
d’Ibrâhym kiâhyâ des janissaires, mécontent d’être éloigné de l’administration,
souleva contre eux un parti qui les contraignit de se retirer dans le Sa’yd. Isma’yl
les ayant poursuivis, Haçan-bey, chef des Mamlouks de la maison d’Aly, qui jus-
qualors avoit fait cause commune avec Isma’yl, passa du côté de ses adversaires,
à qui cette défection fit recouvrer tout ce qu’ils avoient perdu. Isma’y l, forcé de
fuir en Asie, eut recours à la Porte, qui le relégua à Brousse. Mourâd et Ibrâhym
jouirent, après cette crise, d’une longue prospérité : ils en abusèrent pour éluder
les ordres-du grand-seigneur, usurper ses revenus, et tyranniser les peuples.
Leur souverain, lassé d’une conduite peu différente d’une révolte, chargea le
qapytân pâchâ de les punir (i). Les deux-beys n’attendirent pas son arrivée au
Kaire. Une partie de la haute Égypte étoit occupée par Isma’yl-bey, qui s’étoit
évadé de son exil, et par Haçan-bey, qui avoit rompu avec eux. Mourâd et
Ibrâhym, attaqués du côté du Kaire par les troupes du qapytân pâchâ, pris en
queue par les Mamlouks d Isma’yl et de Haçan, résistèrent aux uns et aux autres.
Le qapytân pâchâ, rappelé à Constantinople pour aller combattre les Russes,
transigea avec ceux qu’il n’avoit pas encore pu soumettre, en leur abandonnant
là possession de plusieurs districts de la Thébaïde.
Isma’yl et Haçan beys, qu’il laissa maîtres du Kaire, du Delta et des provinces
limitrophes, Se concilièrent la bienveillance de la Porte par une soumission dont
leurs prédécesseurs avoient perdu l’usage ; mais, au bout de quatre ans, une peste,
plus meurtrière que toutes celles dont on conserve le souvenir, fit périr la plus
grande partie des Mamlouks du Kaire, et Isma’yl lui-même. O’smân bey tobai, son
successeur, croyant avoir tout à craindre de Haçan bey, ne vit de salut pour les
siens que dans le rappel de Mourâd et d’Ibrâhym : le pâchâ favorisa leur rétablissement,
qui fin préparé avec tant d’adresse, que les Mamlouks de Haçan, pris au
dépourvu quand ces deux beys parurent aux portes du Kaire, se virent réduits à
fuir sans combat, et à chercher un asile dans le Sa’yd.
Mourâd et Ibrâhym, replacés à la tête du gouvernement, ne tardèrent pas à
renouveler les abus de pouvoir qui avoient signalé la première époque de leur
administration : ils sembloient avoir acquis le droit de braver leur souverain, d’opprimer
1 Égypte, et d insulter à tous les peuples, quand le plus grand des héros mit
un terme à leur domination.
On connoît actuellement les causes qui, en défigurant le gouvernement dont
Selym et Solymân fondèrent l’existence, ont ramené les Mamlouks en Égypte.
Nous allons exposer les principes de propriété admis dans cette contrée.
(i) E n 1786.
É. M. S s a