
Q U A T R I ÈME PARTI E .
Des Instrumens de musique des Nations étrangères dont un grand
nombre d Habitans sont réunis en Egypte.
CH A P IT R E UNIQUE.
Des Instrumens des divers Peuples de l ’Afrique.
A r t i c l e p r e m i e r .
D es Instrumens des Barâbras et des Nubiens.
P o u r nous conformer à l’ordre que nous avons suivi dans notre Mémoire sur
iétat actuel de lart musical en Egypte, nous placerons ici ce que nous avons à
dire des instrumens de musique des Nubiens et des peuples qui avoisinent la première
cataracte du Nil. N’ayant pu voir de tous ces instrumens que la lyre que
nous avons décrite plus haut sous le nom de kissar, ce que nous allons rapporter
des autres, nous le tenons seulement des habitans de ces pays que nous avons
connus au Kaire ou dans la haute Egypte, et cela se borne au nom et à l’espèce de
chacun des instrumens qui y sont en usage.
Il y a peu de différence entre le nom des instrumens de la même espèce, dans
les pays qui,s’étendent depuis la première cataracte jusqu’à la ville de Dongola et-
A ’gouz, c’est-à-dire, la vieille ville de Dongola (i). Dans ces contrées, on fart usage
d’une espèce d’instrument à cordes, semblable au rebâb, auquel on donne le nom
de siguery. On s y sert aussi d’un hautbois qu’on nomme signé, d’une flûte appelée
garingué, et de trompettes qu’on désigne sous le nom de garinga-taoué. On nomme
ischkarti l’instrument que nous appelons tambour de basque. Les grosses timbales,
nommées en arabe noqqâryeh, sont connues des Barâbras, et dans tout le pays d’Ibrim ’
sous le nom de nogarieh; plus loin, dans la Nubie, on les nomme nogarédourgué
ou bien nabi,as queltaha. Il y a aussi, dans le pays de Dongola, une autre espèce
e timbale grossièrement construite, qui consiste en un grand vase rond et creux,
en terre cuite, semblable à une très-grande gamelle, couverte d’une peau de chèvre;
on nomme cette espèce de timbale tabaq. La grosse caisse, ou le tambour Turc,
s appelle, a Dongola, soultaneh dourgui, et ce nom équivaut à celui de grand tambour
Turc .-cas le mot dourgui répond ici au mot W ^ j§ y_ Tourky ; et celui de soultaneh,
J ' J ^ " Si q“ e I,a“ tans de B l r nous. habitions au Kaire, il y a cette ville. N ous avons su d eux aussi que c etoit là que Ioït Sam'eléMeseletki. onze à douze ans, s W residoic le roi de cette contrée, lequel, du temps que
qui signifie en ce pays sultan, y est employé, ainsi qu’en Egypte, dans plusieurs
occasions, comme une épithète pour désigner ce qu’il y a de plus grand, de plus
beau ou de meilleur dans son genre. Quant au tambour ou à la caisse ordinaire,
ils lui donnent le nom de kinnatokè.. Cest-Ia tout ce que nous avons pu apprendre
sur les instrumens de musique des Nubiens.
A r t i c l e I I .
D es Instrumens mélodieux; des Instrumens bruyans et des Crotales des Éthiopiens,
et particulièrement de ceux des A byssins.
D é s i r a n t avoir aussi quelques notions satisfaisantes sur les instrumens de
musique des Éthiopiens, et principalement sur ceux des Abyssins, comme nous en
avions eu sur l’art musical de ces mêmes peuples, nous ne laissâmes pas échapper
I occasion qui nous en étoit offerte dans la connoissance que nous avions faite du
patriarche et des prêtres Abyssins ; et ce que nous apprîmes d’eux nous parut
d autant plus digne de confiance, que nous le trouvâmes, dans bien des points, conforme
a ce que Laborde a écrit sur la musique des Abyssins, dans son Essai sur
la musique, tom. I , pages 2Î/; et 2 dy. «Les Abyssins, dit cet auteur, ne con-
» noissent que six instrumens, la flûte, la trompette, la timbale, le tambourin, le
» sistre et la lyre. » Il est vrai qu’on peut classer ainsi tous leurs instrumens : mais il y
en a dans chaque genre, et même dans chaque espèce, qui méritent d’être distingués
des autres; et en effet, ils sont connus les uns et les autres en Ethiopie sous des noms
particuliers qu’il n’est pas inutile de rapporter. Parmi les instrumens à cordes, on en
compte trois principaux, qui sont le massaneqo le baganâ M ri, et ïinzirâ ô’iRb..
Parmi les instrumens à vent, on en compte cinq : ïembiltâ le zagouf H'AÇ,
le malakat , le ghentâ T i ÿ . e t le qand +’}£■. Les instrumens de percussion
sont au nombre de huit, dont quatre de l’espèce des instrumens bruyans, qui
sont le nagârit îIÉ p f le kabaro hllC, le qanda ‘P’iX, et l’atâmo S fÇ 0 ; et quatre de
l’espèce des crotales, qu’on nomme le dsanâdscl X i f f à , le taka ffl'PO, le qâkcl
(i), et le daule XWt\ ■. ce qui fait, comme on le voit, seize instrumens différens.
L e massaneqo est un instiument a corde et a archet. II y a des massa~
neqo semblables au rebâb des Égyptiens, et d’autres faits comme la kemângeh ;
il y en a encore qui ont d’autres formes qu’on ne nous a pas bien expliquées :
mais tous ces massaneqo, de quelque forme qu’ils soient, n’ont qu’une corde. Le
nom de massaneqo, en éthiopien, paroit être le nom générique des instrumens
à cordes (a), soit qu’on les fasse résonner avec l’archet, avec le plectrum, ou avec
les doigts; c’est pourquoi, sans doute, on a fait' quelquefois correspondre le mot
éthiopien massaneqo au mot organum de la Vulgate, lequel signifie toute espèce
d’instrument de musique.
( i ) Suivant L udolf, on devrait prononcer qatchel. Grammaùca linguoe Amharicoe, p. 4, et Lexicon Amharico- D ans son D ictionnaire, il écrit ce mot Voyez latinum, col. 37. Note de M. Silvestre de Sacy.
(2 ) Le m ot mas'faneqo a été pris aussi dans le sens de cithare par les Éthiopiens qui ont traduit la Bible. C ’est