
sortes de drogues se préparent comme les médicamens, et se prennent préfera-
blement dans les bains. Il s’en fait une si grande consommation au Kaire et dans
toutes les villes de l’Egypte, que les substances qui entrent dans leur composition
font la partie la plus considérable du commerce des droguistes du pays:
aussi leurs magasins en sont abondamment fournis ; et l’on peut dire, à ce sujet,
qu’il leur arrive plus souvent de vendre des drogues capables de détériorer la santé
que des médicamens propres à la rétablir.
3.° Les Egyptiens emploient une infinité de cosmétiques, qu’ils composent eux-
mêmes, et qu’ils n’obtiennent que par des procédés longs et pénibles; tandis qu’ils
évitent avec soin tous les procédés difficiles, quand ils préparent des médicamens.
Parmi leurs cosmétiques, on distingue ceux qui sont destinés à blanchir et à adoucir
la peau, à lui donner de la souplesse ou à la resserrer; ceux qui doivent faire croître
ou faire tomber les poils; enfin, ceux qui servent à teindre la peau, les cheveux et
la barbe. Ces compositions se font ordinairement avec des huiles douces, des
graisses de différens animaux, des résines odorantes, des savons alcalins et métalliques.
Les essences et les parfums sont très-estimés des Égyptiens. Leurs parfumeurs
préparent des eaux de plantes aromatiques et de différentes fleurs, des baumes,
des huiles essentielles, des pommades, et plusieurs autres.cosmétiques dont le sexe
fait usage pour la toilette. Ils composent aussi diverses sortes de pastilles odoriférantes,
quon brûle dans les mosquées, autour des tombeaux, dans les maisons des
riches, mais qui sont particulièrement destinées à parfumer les appartemens des
femmes.
L’embaumement, cet art religieux qui prit naissance en Égypte, qui y fut pratiqué
pendant une longue suite de siècles, y est aujourd’hui inconnu. Les Égyptiens
modernes, n’ayant pas conservé la coutume d’embaumer leurs morts, ont négligé
tout ce que la tradition auroit pu leur apprendre sur les embaumemens des anciens.
Lorsque je ferai l’histoire des momies que j’ai vues dans plusieurs endroits
de l’Égypte , j’indiquerai leur préparation présumée; j’y ajouterai ce que les Égyptiens
croient savoir sur cet ancien usage, et ce qu’en rapportent plusieurs manuscrits
Arabes qui m’ont été communiqués par des cheykhs du Kaire.
Ces détails sur les médicamens usuels des Égyptiens diffèrent des récits des
voyageurs qui ont traité de la matière médicale de l’Égypte. Us ont confondu les
médicamens des Européens qui restent momentanément en Égypte, avec ceux des
naturels du pays. La plupart nayant habité que le quartier des Francs, n’ayant vu
et fréquenté que les Chrétiens qui y demeurent, ont été induits en erreur, et ont
décrit les habitudes et la manière de vivre de ceux-ci pour celles des Musulmans.
On trouve, à la vérité, au Kaire (dans le quartier des Francs), trois pharmacies
montées à-peu-pres sur le pied de celles d’Europe. L’une est dirigée par des Grecs,
et les deux autres appartiennent a des Vénitiens qui habitent depuis long-temps en
Égypte. Ces trois pharmacies ne servent qu’aux Européens qui demeurent au Kaire
et aux Chrétiens de l’Asie qui y sont établis pour leur commerce : les Musulmans,
les Qobtes, les Juifs nés dans le pays, ny ont recours que lorsqu’ils consultent
des médecins étrangers , qui formulent comme en Europe, et les forcent de
s’adresser dans les pharmacies tenues par les Européens, qu’on désigne en Égypte
sous le nom de Francs.
G est dans une de ces pharmacies que ForskaI a composé un catalogue intitulé
Materia medica ex officina phàrmacenticâ Kahiroe descripta : c’est sans doute pour
cette raison qu il a compris dans ce précis de matière médicale un grand nombre
de médicamens simples et composés dont l’usage est inconnu aux Égyptiens, et
qu il en a omis quelques-uns qu’ils emploient journellement.
M étant proposé de ne parler que des médicamens usuels des naturels de l’Égypte,
pour ne pas repeter beaucoup de choses déjà dites par ceux qui ont écrit sur ce sujet,
j ajouterai seulement a cette Notice une liste des principales drogues simples que
les Égyptiens emploient plus particulièrement.
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