
sûreté de la navigation. Cet établissement, qui est sur la rive nord du canal, a pu
être considérable, à en juger par les décombres qui l’avoisinent. Nous y avons
trouvé plusieurs blocs de granit, dont un, que nous avons placé à l’angle N. E. du
bâtiment, nous a servi de repère dans le nivellement : la surface de ce bloc est,
de 8 pieds 2 pouces, supérieure au fond du canal. Du 16 au 20 [8-12 octobre],
nous prolongeâmes le nivellement en suivant la vallée par Saba’h-byâr; nous trouvâmes
sur cette direction, à son extrémité, un monticule portant à sa sommité
des ruines assez remarquables : elles consistent dans des débris épars de gros blocs
de grès et de granit polis, portant des moulures de corniche, qui ont dû appartenir
a une rotonde de iy a 20 pieds de diamètre. Nous motiverons, dans nos
considérations sur la géographie ancienne de l’Isthme, l’application que nous
Elisons de ces vestiges à un Serapeum.
En entrant dans le bassin des lacs amers, nous prîmes la direction présumée
du repère que nous avions établi le 16 pluviôse an 7 [4 février 1 7 9 9 ] , en
suspendant nos opérations. Parvenus dans les terres fangeuses et salines du
fond des lacs, nous résolûmes de remonter jusqu’au pied de la montagne, en
marchant sur le pic dont la position avoit été déjà déterminée dans la première
opération : arrivés à ce point, que nous trouvions plus élevé de 173 pieds que
le fond des lacs, nous pûmes plus facilement reprendre la direction du repère
auquel nous devions rattacher nos opérations. Nous étant, en effet, divisés et
rangés sur un front d’environ 1200 toises, nous nous portâmes vers la cunette
des lacs, étant convenus de signaler la découverte du repère par trois coups
de fusil : les ingénieurs du centre l’ayant signalée, et nous étant réunis pour
reconnoitre les piquets de repere, nous les trouvâmes dans leurs positions respectives
, et même avec les traces encore sensibles de la chaîne de métrage qui
y aboutissoit. Nous y reprîmes le nivellement, en nous dirigeant vers le point
de départ de la montagne (89.e station), où nous terminâmes cette seconde partie
du nivellement.
Il étoit bien important d’achever le jour même; car l’eau manquoit déjà, et nous
n eûmes que le temps d’arriver aux Byr-Soueys, pour étancher la soif de tout notre
monde, que la chaleur extrême, les difficultés qu’avoit présentées le passage du fond
marécageux des lacs, et une marche accélérée, avoient extrêmement fatigué (1).
Nous arrivâmes dans la nuit à Soueys. Nous nous proposions de retourner au Kaire
par la vallée de l’Égarement,, dont nous n’avions encore reconnu que les extrémités;
mais, ayant été forcés de laisser une partie de notre escorte et de nos moyens à
Soueys, nous retournâmes directement au Kaire.
(1) Les fatigues de la veille n’avoient pas été moins trouvions en effet sur un des points de communication
pénibles : nous étions sur pied dès les deux heures du de la haute Egypte avec la S y rie, pays entre lesquels i’enm
a tin , pour éviter la surprise d’un parti d’Arabes et nemi entretenoit des correspondances pendant que l’armée
de Mamelouks qui avoient campé près de nous. Nous nous Française étoit devant Saint-Jean-d’A c re [A 'h ka h ],
§. IV .
IH .‘ Opération de topographie et de nivellement.
Il nous restoit encore à prolonger le nivellement jusqu’à la Méditerranée, pour
connoître les hauteurs respectives des deux mers, et ensuite à le rattacher au N il,
près du Kaire, pour trouver la pente que nous présumions exister entre ce point
de son cours et le fond du golfe, à Soueys. La connoissance de ces données
étoit l’objet d’un dernier voyage; et quoique les circonstances devinssent toujours
plus difficiles, nous résolûmes de profiter du peu de temps que nous donnoit
encore l’ennemi, dont les mouvemens annonçoient qu’il devoir déboucher par
Qatyeh, où nous pouvions arriver sans avoir communiqué avec la garnison que
nous y avions.
Nous quittâmes le Kaire le 23 brumaire an 8 [ 14 novembre 1799]. De retour
à Belbeys, nous en partîmes avec une escorte qui fut portée à 130 hommes ( de la
13.' demi-brigade), y compris des sapeurs et cavaliers dromadaires; et quoique la
veille on eût détaché du camp quelques cents hommes pour secourir Soueys, que
Ion croyoit attaqué, cette circonstance augmentoit la crainte que nous avions
de ne pouvoir jamais terminer notre entreprise : mais, heureusement, nous n’éprouvâmes
que des fatigues et des contre-temps.
Le retour recent de plusieurs ingénieurs au Kaire nous avoit permis de porter
à huit le nombre de ceux qui étoient nécessaires pour accélérer les opérations,
et d en former deux brigades, dont l’une devoit descendre du Mouqfar vers la
Méditerranée, et 1 autre devoit remonter du même point par l’Ouâdy, Belbeys, 1 Abou-Menegy et le Nil, jusquau Meqyâs de Roudah (1) : nous nous séparâmes,
en conséquence de cette disposition, le 27 [18 novembre], au Mouqfar; nous
nous portâmes, MM. Gratien Le Père, Saint-Genis, Chabrol et moi, vers la
Méditerranée, et nous confiâmes à MM. Févre, Devilliers, Alibert et Duchanoy,
le soin des opérations à faire de ce point jusqu’au Kaire.
Cependant nous étions déjà à cinq lieues dans le désert, au nord du Mouq-
fàr, et nous venions de camper le 29 [20 novembre] au soir, quand quelques
soldats qui s’étoient éloignés, accoururent en criant aux armes : nous vîmes, en
effet, un détachement de cavalerie qui se portoit avec rapidité sur notre bivouac ;
mais, sur le qui-vive, nous reconnûmes bientôt des Français. L’officier, à la tête
de 30 dragons, nous avoit cherchés tout le jour, et nous portoit, de la part du
général Lagrange, auquel le général en chef Kléber l’avoit adressé, l’ordre de
nous replier de suite sur Belbeys : il avoit plus facilement rencontré la veille, dans
l’Ouâdy, les ingénieurs qui opéroient en remontant vers le Kaire.
Apres avoir établi des repères fixes du nivellement et un signal propre à la
reconnoissance de ce point- du desert, nous partîmes pour Belbeys, où nous arrivâmes
le 30 brumaire [21 novembre], en seize heures de marche forcée. Cette,
marche rétrograde etoit en effet nécessaire; car notre situation eût été difficile,
(1) Roudah, nom que l’on écrit encore Raoudliali.