
entre les dents. Au reste, ils témoignent beaucoup de mépris pour la manière
dont les Égyptiens .parlent et .prononcent l’arabe.
L e s o b s e r v a t io n s <jui font le sujet de ce Mémoire, faites primitivement dans
le pays avec le seul dessein d’étudier les Arabes et leurs moeurs, pourroient paroître
sans but, si elles ne se raitachoient pas à un lien commun, et si elles ne four-
nissoient quelques conséquences qui auront déjà frappé l’esprit du lecteur judb
cieux. Pour se borner ici à la plus importante de toutes, il est aisé de conclure de
ce qui précède , que les Arabes établis en Égypte s’accroissent de plus en plus
en nombre et en puissance, et qu’ils s’empareront un jour de l’autorité, si l’on
ne met un frein à leurs invasions. Quelles que soient en effet l’origine et la con,
dition de ces Arabes, soit qu’ils habitent des tentes ou des villages; soit qu’ils
cultivent et fassent cultiver des terres, ou bien qu’ils ne s’occupent que des caravanes
et du commerce des bestiaux et des bêtes de somme ; soit qu’ils appartiennent
aux anciennes tribus de l’Asie, ou qu’ils viennent de l’Afrique et des
bords de la Méditerranée ; soit enfin qu’ils vivent en paix ou en guerre avec
les maîtres du pays, on voit qu’ils sont tous animés du même esprit, qu’ils se
croient supérieurs aux naturels et nés pour commander sur les bords du Nil, et
qu’ils regardent l’Égypte comme leur bien propre. Le salut du pays -est dans la
division actuelle de toutes ces tribus, et tient uniquement à l’absence d’un chef
assez puissant, assez habile, pour se mettre à leur tête. Si quelque événement
important venoit à distraire l’attention des souverains de l’Égypte, le premier
signal suffiroit pour allumer l’étincelle ; et s’il est permis de peser les vraisemblances
quand il s agit de fia venir, on doit regarder cette révolution comme une
des plus probables dont l’Orient soit menacé.
Quant au caractère des Arabes, -tel que je l’ai représenté, on pourra trouver
que cette peinture s’accorde peu avec la réputation de loyauté et de franchise
qu ont donnée a cette nation la plupart des voyageurs; mais j’ai voulu transmettre
au lecteur, avec fidélité, l’impression même que j’ai reçue au milieu de leurs
camps. J ai dû montrer les Arabes tels que je les avois vus en Égypte, non comme
ils sont ailleurs : les réflexions qui me sont venues à la pensée en les voyant agir,
les expressions mêmes qui m’ont servi à retracer ces réflexions, je les ai conservées,
persuadé qu un voyageur a un autre but qu’un historien, et qu’il doit, avant
tout, rendre un compte naïf des sentimens qu’il a éprouvés. Sans doute les Bédouins
du désert proprement dit, et sur-tout ceux de la presqu’île Arabique,
présentent des traits un peu différens; et je veux croire que non-seulement ils
sont moins avides et de moeurs plus douces, mais qu’ils pratiquent l’hospitalité,
la foi à leurs engagcmens et d’autres vertus : ceux mêmes que j’ai vus en Égypte
ne manquent point des vertus domestiques. Mais ceux-ci se trouvent dans une
situation différente de celle des premiers : la richesse du pays qu’ils fréquentent,
en opposition avec le dénuement du désert, excite chez eux davantage la cupidité
et 1 avarice, meres de la perfidie et de tous les crimes. D ’un autre côté,
l’exemple des Égyptiens et des Mamlouks n’a fait qu’ajouter à leurs vices ; il a
fait naître parmi eux des besoins qu’ils ignoroient dans leurs déserts, et des goûts
étrangers à ces moeurs simples et patriarcales qui forment le caractère distinctif
des Arabes : caractère d’autant plus remarquable, qu’il s’est conservé avec peu
d’altération depuis un temps immémorial, quoique la religion de Mahomet ait
fait asseoir cette nation sur plusieurs trônes de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe.