
également leurs effets sur ces organes, et le résultat-paroît être le même-: aussi
vtens-je de remarquer que, lorsque le tétanos est parvenu à son dernier degré
les malades éprouvent une très-grande aversion pour les liquides; si on les forcé
a en avaler, ds entrent de suite dans les convulsions les plus fortes. Ge phénomène
a été particulièrement observé chez M. Navailh.
Maigre la certitude de ces faits, je ne me permettrai aucune réflexion sur l’analogie
des symptômes que présentent ces différentes maladies.
Lexperience a prouvé que, lorsque le tétanos est abandonné aux seules ressources
de la nature, les individus périssent promptement : l’homme de l’art doit
donc se hâter de remplir, autant que possible, les indications qu’offre cette maladie
; les principales sont de détruire les causés d’irritation et de rétablir les
excrétions supprimées.
On remplit la première par des incisions convenables faites à la plaie avant crue
les accidens de l’inflammation se soient déclarés ; car, si celle-ci étoit avancée les
incisions seroient inutiles et même dangereuses. II faut qu’elles comprennent, autant
que cela se pourra, tous les cordons de nerfs et portions membraneuses lésés parla
cause vulnerante : mais celles faites aux articulations sont pernicieuses, et paroissent
dans tous les cas, accélérer les accidens du tétanos; j’en ai vu des exemples..
L application des caustiques sur la plaie peut être faite avec avantage, dès
que les premiers symptômes se manifestent, si l’on suit le même précepte ’pour
eur emploi que pour les incisions. Ces opérations doivent être suivies de la saignée,
s il y a lieu, et de l’usage des topiques émolliens et anodins, quoique leur
effet soit en général assez foible.
Les remedes internes, quelles que soient leurs propriétés, sont presque toujours
mutiles, parce que le malade, peu de temps après l’invasion du tétanos,
tombe dans un état de strangulation ; mais, si celle-ci ne se développe que vers
a fin de la maladie et graduellement, on peut employer les remèdes dans lesquels
es praticiens ont le plus de confiance, .tels que l’opium, le camphre, le musc
le castoreum et autres antispasmodiques donnés à forte dose fet d’une manière
graduée. Nous avons usé de Ces moyens aveé quelque avantage pour les malades
qui font le sujet des observations exposées ci-après.
Un mamlouk de Mourâd-bey, nommé Moustapha, âgé de vingt-sept ans, d’une
constitution seche et bilieuse, reçut, le 29 germinal an 8 [19 avril ,8oo], un
coup de feu qui lui fracassa les premières phalanges des doigts de la main droite,
es os du métacarpe correspondans, et emporta le pouce à son articulation avec
le trapeze; plusieurs tendons ou ligamens lurent arrachés ou déchirés.
Mourâd-bey lui fit donner tous les soins possibles; mais, administrés sans
connaissance de cause, ils ne purent remplir l’indication qui se présentoit. Ainsi l’on
peut dire que cet individu resta sans secours jusqu’au 28 floréal suivant [ 18 mai!
epoque a laquelle Mourâd-bey, voyant lemauvais état du blessé, l’envoya aux chirurgiens
Français, en l’adressant au général Donzelot, pour qu’il voulût bien le leur
recommander. M. Cellières, chirurgien de deuxième classe à l’hôpital de Syout
lut invite par le général à se charger du traitement de ce mamlouk.
Tous
Tous les symptômes du tétanos étoient déclarés depuis trois jours; la suppuration
de la plaie étoit séreuse et peu abondante ; ses bords étoient rouges et
boursouflés, les muscles du bras déjà.contractés et dans un état de convulsion,
les mâchoires serrées; la déglutition se faisoit avèc peine; le blessé étoit constipé
et fort inquiet.
Le premier soin de M. Cellières fut de débrider la plaie et d’en extraire avec
précaution les esquilles détachées : il la pansa avec les émolliens, et fit prendre
au malade six grains d’opium, combinés avec quatre de camphre. Peu d’heures
après il y eut un peu de calme, et la nuit suivante fut moins orageuse. Cependant
le sommeil fut interrompu par des soubresauts dans le membre blessé et
par les douleurs vives qui les accompagnoient : la sueur s’établit dans la moitié
supérieure du corps ; les extrémités inférieures restèrent dans leur état ordinaire.
Cette amélioration engagea le chirurgien à continuer les mêmes remèdes, dont la
dose fut augmentée graduellement. Les accidens diminuèrent sensiblement jusqu’au
4 prairial [24 mai], époque à laquelle il fut conduit de Syout à Minyet. Les obstacles
de la déglutition étoient levés, et les excrétions en partie rétablies. La cha-'
leur brûlante du jour et le voyage l’avoient fatigué; ce qui contribua peut-être,
avec la fraîcheur de la nuit, à laquelle il s’exposa en couchant sur la terrasse de
l’hôpital, à rappeler les accidens du tétanos. On continua les mêmes moyens,
qui n’empêchèrent point le mal de marcher avec’sa rapidité ordinaire ; on essaya
les bains d’eau tiède : le deuxième bain produisit Une détente’générale, qui mit
le malade dans le cas d’avaler la moitié d’une potion composée de huit grains
de camphre, autant de musc, et de vingt grains d’opium dissous dans un verre
d’émulsion ; l’autre moitié fut prise dans le reste de la journée. Peu de momens
après, les douleurs se calmèrent, les mâchoires se relâchèrent; la nuit, le sommeil
fut assez tranquille. Le 9 [29 mai] au matin, on trouva une grande amélioration,
et la suppuration de la plaie s’étoit rétablie; les organes reprirent par degrés
l’usage de leurs fonctions. Peu de jours après, le mamlouk se trouva en voie de
guérison, à laquelle il fut conduit par les soins les plus assidus et l’usage varié
des médicamens énoncés; enfin, le 10 messidor suivant [29 juin], il fut rendu
bien portant au général Mourâd-bey.
Le général de division Lannes reçut, à la bataille d’Abou-qyr, un coup de balle
qui lui traversa la jambe à sa moitié inférieure, dans l’intervalle de deux os ; il fut
traité sous la tente pendant les cinq premiers jours ; on le transporta ensuite à
Alexandrie. Quoiqu’il fût porté dans une voiture couverte et suspendue, sa marche
fut pénible et douloureuse.
A son arrivée, il me fit appeler : je le trouvai inquiet, agité, et me témoignant
les plus grandes craintes sur les suites de sa blessure. La jambe étoit tuméfiée, les
plaies sèches et douloureuses; il éprouvoit des soubresauts, des tiraillemens vio-
lens dans la totalité du membre, et le pied étoit engourdi; la voix étoit rauque,'
les mâchoires, assez serrées, les yeux hagards, et la fièvre s’étoit allumée.
Je lui laissai prendre quelques momens de repos, qu’il demanda dans l’espoir
de dormir; mais il ne tarda pas à être éveillé par les douleurs et le mal-âise général.
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