
4 1 2 OB S E RV AT IONS SUR LA FONTAINE DE MOÏSE.
que par la résistance dont sont capables les parois des conduits souterrains et
naturels qui l’amènent; en sorte que l’eau, étant parvenue à cette hauteur, a pu
rompre ses parois, se faire d'autres issues, et produire de nouvelles sources qui
auront été la cause du tarissement de la première, et qui par la suite auront formé
les monticules au sommet desquels elles sont aujourd’hui toutes placées.
Quoi qu’il en soit, il est très-probable qu’à une époque assez reculée la fontaine
de Moïse n’avoit d’autre source que celle qui depuis long-temps est tarie,
et que les huit sources qui maintenant donnent de l’eau et dont les cratères sont
moins élevés, ont été reproduites postérieurement, ou par la rupture des parois
trop foibles, ou par des fouilles qu’on aura faites pour diverses constructions,
dans le temps où la fontaine étoit fréquentée et où ses environs étoient habités.
Il eût été intéressant de reconnoître la forme et la nature des canaux naturels
qui amènent l’eau à la fontaine de Moïse au travers d’une grande plaine de sable,
et dans lesquels elle éprouve une pression capable de la faire monter de plus de
quarante pieds au-dessus de son niveau, et de nous assurer si cette eau vient de
la chaîne de montagnes qui de la Syrie va se terminer au mont Sinaï, et qu’on
aperçoit à environ quatre lieues à l’est de la fontaine : mais nous n’avions pas le
temps de nous occuper de ces recherches, qui n’avoient aucune utilité prochaine.
DESCRIPTION
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DE L’A R T
DE FABRIQUER LE SEL AMMONIAC.
H IS T O R IQ U E .
O n n’entreprendra point ici de rechercher si la substance que l’on appelle maintenant
sel ammoniac, a été connue des anciens Egyptiens; mais on croit devoir
rappeler quelle diffère beaucoup de celle à laquelle Pline et Dioscoride ont donné
le même nom (i). Cette similitude de nomenclature n’existoit point autrefois, et
elle n’a été produite que par l’obstination des érudits des derniers siècles à appliquer
ce que Pline dit du sel de la Cyrénaïque au sel ammoniac moderne ; leurs
écrits mêmes nous apprennent que ce dernier portoit le nom de sel Arménien [sal
Armeniacns] (2). Cette dénomination, à laquelle on doit rapporter l’origine du
mot armoniac, sous lequel cette substance étoit encore désignée dans quelques
ouvrages du siècle dernier, se retrouve en Perse, où le mot nonchâder et celui de
sel Arménien sont indifféremment employés pour désigner notre sel ammoniac (3).
Elle lui avoit, sans doute, été donnée, parce que ce sel faisoit partie du commerce
des Arméniens, et qu’on aura cru qu’il provenoit de leur pays, comme on
a long-temps supposé qu’il se fabriquoit à Venise, parce que les Vénitiens l’ap-
portoient du Levant, après l’avoir acheté peut-être des Arméniens.«
- En Egypte, cette substance porte le nom de nachâder (4); mot très-analogue
à celui de nonchâder, qui, d’après quelques recherches que M. Langlès a bien voulu
faire à ma prière, est employé avec la même acception dans l’Inde, où l’on sait
. (1) C ’étoit un sel gem m e, probablement fibreuse, comme on peut en juger par les passagàe s cdaess uceres deux auteurs que nous rapportons ici.
Sunt et montes nativi salis. . . . Postea inter Ægyptum
et Arabiam coeptus est inveniri, detractis arenis, quali ter et
per Africa? sitientia usque ad Hammonis oraculum. Nam
Cirenaici tractus nobilitantur H ammoniaco et ipso, quia
sub arenis inveniatur, appellato. Similis est colore alumini ç/W schiston vocant, Ion fis glebis, neque perlucidis, ingra-
tus sapore, sed medicina! utilis, Ù“c. Plin. I. X X X I , c a p . 7,
, t. X ,p . 354 et suiv.del’édit.in-q..0en 12 vol.Paris, 1778.
Sai fossi lis efficacior est, communiter si est candidus, cal-
culis vacans, et perspicuus, densus, ai quali compage. Pecu-
liariter Ammoniacum genere laudaiur, si modo findifacile
possi t, rectisque segni ini bus diduci. In marino sale ¿7c. dDei o1s5c2o9r.ides/Iib. v , cap. 117, de sale, p. 326 verso,, édir.
È. M.
(2) Seplasiarìi pariterque chymistai sai Armeniacum ap-
pellant, quòd fonasse existiment ex Armenia adferri, ubi
innumeri sunt camelorum greges. Sed isti ¿7c. M atthiol.
Comm., in Dioscor. Iib. v, cap. 88.
Barbari Armoniacum prò eo dixerunt, ut et Armonia-
cum gummi prò ammoniaco ; inde Armeniacum hunc
saleni Pandectarius appellai, quasi ex Armenia adferre-
tur. Salm asius, de homonymis hyles intricat, p. 193, in
Plinìan. Exercitation. t. II, edic. 1689.
(3) Si l’on consulte le Dictionnaire Persan intitulé
Ga^pphylacium linguee Persarum , à P. Angelo , anno 168a, on trouve que ce qui étoit appelé par les Italiens sale
a mio niaco, en français sel armoniac, se nommoit en
Perse nouchâder, ou bien L* melali Ermanyâ,
c’est-à-dire, sel Arménien.
(4) o L ii , prononcez nachâdre.