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par une rigole qui existe encore, et dont la pente totale, que nous avons trouvée de
9 io° io 1, depuis un piquet de repère dans la mare, jusqu’à la laisse de la haute
mer du 22 janvier, à Soueys, donne onze pouces de pente pour cent toises.
Ouatai. . . . Nous avons été reconnoître dans la montagne dite Attaka, à l’ouest-
sud-ouest et à trois lieues de Soueys, une gorge profonde et sinueuse, que les Arabes
nous ont désignée sous le nom de Ouatai\\a. fenêtre], dans laquelle des cailloux
roulés, quelques traces de végétation et des ravinages profonds annoncent que les
eaux doivent y être fort abondantes lors des pluies et des orages. A l’extrémité de
cette anfractuosité, qui peut avoir 3 à 4oo toises de profondeur, un bassin naturel
reçoit, à mi-hauteur, les eaux des montagnes à pic qui le dominent, et les
répand dans la gorge qui débouche à la mer, par nombre de ravins rapides et
sinueux, dont les lits sont couverts de galets.
Nous avons exposé la possibilité de fermer par un barrage l’entrée de cette
gorge dans la plaine, pour y retenir une très-grande quantité d’eau pluviale. Ce
sont les montagnes environnantes qui, élevées de 2 à 300 toises, rassemblent
les nuages qui y causent des pluies abondantes, et donnent lieu aux torrens qui
inondent la plaine de Soueys. Au tiers de 1 élévation de ces montagnes, la roche
calcaire offre des couches plus régulières; elle se colore d’un très-beau rouge,
et forme, dans une couche supérieure, une espèce de marbre, dont le ciment
calcaire qui enveloppe des cailloux quartzeux, ne manque que d’une plus forte
agrégation pour en faire une très-belle brèche.
El-Touâreq. . . . En tournant le golfe et longeant la côte occidentale de la
mer, on trouve, à neuf heures de marche de Soueys, et au pied de la montagne
Attaka, à l’entrée de la vallée de l’Egarement, des vestiges considérables qui sont
les indices d’un grand établissement analogue à celui des fontaines de Moïse; il
en a déjà été question dans notre reconnoissance de cette vallée : nous ajouterons
seulement que ces sources nous ont paru susceptibles de former une aiguade,
qu’il seroit facile de défendre dans ce site resserré, où la route pourroit être fermée
par des retranchemens de moins de 500 toises de développement, entre le pied de
la montagne escarpée et le rivage de la mer.
Cet exposé des sources qu’on trouve dans ces parages, doit assurer que l’industrie
peut en augmenter les produits par quelques dispositions faciles à prendre pour
les recueillir et les porter à Soueys.
§. V I I I .
Etablissement maritimes et Défense.
L es établissemens de la marine à Soueys, sans être considérables, paroissent
encore appartenir à un meilleur état de choses ; les magasins sont assez vastes, et •
leur distribution est assez bien ordonnée; le magasin de la marine, bâti dans le
genre des oqêls du pays propres au commerce, est un vaste bâtiment carré, avec
cour dans le centre et galerie au pourtour intérieur.
•Il existe deux petites cales où sè font les constructions et les radoubs; les
Turks y construisoient autrefois de gros bâtimens [kayasses] de y à 600 tonneaux.
Le peu d’eau qui se trouve .dans le chenal, et le site de ces chantiers sur
le rivage à Soueys, exigent que l’on remorque au large, sans mâts, sans canons
et sans agrès, les gros bâtimens qui y ont été lancés ( 1 ).
Le port ne permettant pas l’accès aux bâtimens de guerre, la défense du côté
de la mer étoit à-peu-près nulle ; elle consistoit dans quelques bouches à feu dont
on avoit armé la maison du gouverneur, qui, située à l’extrémité orientale de
la ville, étoit appelée le Château.
En arrivant à Soueys, du côté du désert, on trouve une porte de ville et de
mauvaises clôtures qui se rattachent à la mer, du côté du nord, et à l’enceinte,
du cote de 1 ouest; mais rien de plus misérable que ces murs, qui ne sont pas
meme à 1 abri d un coup de main de la part des Arabes, comme les habitans l’ont
éprouvé peu de temps avant notre arrivée en Egypte. II a été frit depuis quelques
retranchemens qui peuvent au moins préserver la ville d’une surprise.
Il n’existe aucun fort pour défendre l’accès de la rade et protéger les bâtimens
qui y sont mouillés : mais le râs ou promontoire d’Attaka, situé à quatre lieues au
sud-sud-ouest, sur la côte d’Afrique, et formé de récifs, seroit susceptible de
recevoir des batteries, sous le fèu desquelles les bâtimens seroient en sûreté ; elles
protégeraient encore l’entrée de la rade, que resserrent ce promontoire ainsi qu’un
banc de sable qui se rattache au rivage opposé, près des fontaines de Moïse, et
sur lequel on pourroit construire un autre môle pour y établir de l’artillerie.
§ . I X .
Industrie et Commerce.
S o u e y s , dénué de tout, n’offre aucun genre d’industrie en fabriques ou
manufactures; les déserts qui l’environnent, ne fournissent que quelques arbustes
et broussailles propres au chauffage et à la cuisson de la brique et de la pierre à
chaux: on trouve encore dans les ravins d’eau pluviale quelques herbages propres
a la nourriture des bestiaux.
La pêche, considérée comme branche d’industrie , est nulle à Soueys : la
grande difficulté des transports frit que les Arabes ne s’y livrent point. Le poisson
qu. ny est que de qualité médiocre, est peu abondant; mais on y pêche beaucoup
de coquillages et de coraux rouges et blancs.
(1) Les plus considérables de ces bâiimens sont aussi
eteves qu un vaisseau de guerre, quoiqu’ils ne soient pas
plus longs qu une frégate. Les bois viennent de la Syrie,
par eau, jusques au Kaire, et sont portés par le désert,
a dos de chameau , jusqu’à Soueys.
L e major Cooke dit qu’il arrive des Indes à Soueys
desbatimensde . aoo tonneaux, mais que la construction
en est fo.ble et défectueuse; ce qui est cause que ces bâti-
mens peuvent difficilement résister à la grosse ther: aussi
les patrons ont-ils 1 habitude de mouiller pendant la nuit,
pour ne pas s exposer au large, et de naviguera la vue des
cotes herissees d ecueils et de hauts-fonds. Ces vices de
construction et I imperitie des marins, ajoute ce voyageur,
ont encore contribué à accréditer davantage les dangers
de cette navigation ; mais il se trouve sur la côte beaucoup
de petites baies qui peuvent servir de refuge dans
les gros temps.