
qu il est traumatique par la nature de la plaie , la marche des premiers symptômes,
et en considérant l’époque de leur invasion, qui se fait du cinquième au quin-,
zième jour au plus tard : il paroît que c’est le moment où la mobilité nerveuse est
très-forte. Lorsque la suppuration s’établit, la stupeur se dissipe promptement,
les vaisseaux se dégorgent, les escarres se détachent, et les nerfs entrent dans un
état de liberté parfaite : alors leur sensibilité est extrême ; et ils sont susceptibles,
par les plus légères impressions, d’une irritation des plus grandes, qui se propagé
bientôt dans tout le système nerveux. Si, dans cette circonstance, la plaie est
frappée par un air froid et humide, ou qu’il y soit resté des corps étrangers piquant
íes parties nerveuses isolées de leurs escarres, le tétanos est inévitable, sur tout
dans les climats chauds. On doit ensuite s’attendre à le voir s’aggraver rapidement,
en sorte quen très-peu de temps toutes les parties du membre sont prises
et tous les nerfs irrités. Les effets dé cette première cause peuvent encore être
compliqués de la présence d’un vice dans les humeurs, ou de celle des vers dans
les intestins, comme j’en ai vu un exemple à Nice: mais, en suivant attentivement
les phenomenes du tétanos, on peut distinguer facilement les symptômes qui
caractérisent ces légères complications, et les combattre par les moyens indiqués.
La section du membre, faite dans les premiers momens de la déclaration des-
accidens, interrompt toute communication de la source du mal avec le reste du
sujet : cette division dégorge les vaisseaux, fait cesser les tiraillemens nerveux, et
détruit la mobilité convulsive des muscles. Ces premiers effets sont suivis d’un.
collapszts général qui frvorise les excrétions, le sommeil, et rétablit l’équilibre
dans toutes les parties du corps. 4 La somme de douleurs momentanées que cause l’opération, ne peut augmenter
1 irritation existante; dailleurs, les douleurs du tétanos rendent celles de l’opération
plus supportables et en diminuent l’intensité, sur-tout lorsque les principaux
nerfr du membre sont fortement comprimés. L’observation'suivante vient à
l’appui de ces assertions. '
• M. Bonichon . lieutenant au premier bataillon de la 2 1§ demi-brigade d’infanterie
légère, entra à 1 hôpital n.° 1, le 16 vendémiaire an 7 [7 octobre 1798] pour
un coup de feu qu’il avoit reçu au pied gauche, à la bataille de Sedment.
La plaie se dirigeoit obliquement d’arrière en avant, en traversant le tarse, dont
plusieurs os étoient fracturés ; le muscle court extenseur des orteils et les ligamens
articulaires correspondans étoient déchirés. Cependant, à son arrivée à l’hôpital, il
ne se présenta rien de fâcheux : les premiers pansemens avoient été méthodiquement
fans, la plaie étoit débridée, et l’on avoit extrait quelques esquilles.
Le même soir, le blessé éprouva de l’inquiétude ; le sommeil fut pénible : il ressentit,
dans la plaie, des douleurs aiguës qui allèrent en augmentant jusqu’à la visite
du matin. Les bords étoient alors boursouflés, entourés d’un cercle rougeâtre ;
la suppuration étoit supprimée; et le pansement, quoique fait avec douceur, fut
extrêmement douloureux : le blessé se trouva dans un état de mal-aise général.
Les boissons rafraîchissantes et anodines-, les' émolliens appliqués sur la plaie,
ne produisirent aucun effet;
Le 28 [19 octobre], le serrement des mâchoires commença à paroître, et le
29 [20 octobre], tous les symptômes du tétanos furent caractérisés ; les muscles de
l’extrémité blessée étoient entrés dans un état de contraction convulsive ; les parois
abdominales étoient rétrécies, la déglutition gênée, et le malade constipé.
Ces accidens allèrent toujours en augmentant, mais d’une manière lente et
graduée ; car le tétanos devint chronique. On s’empressa de débrider la plaie, pour
extraire quelques esquilles mobiles qui avoient échappé aux premières recherches.
On prescrivit l’opium aux doses convenables. Ce moyen parut d’abord apaiser
les accidens, qui se calmoient et se reproduisoient alternativement : mais les alternatives
furent de peu de durée; le 12 brumaire [2 novembre], la maladie étoit
à son plus haut degré. .
Une contraction convulsive s’étoit emparée de tous les muscles ; les jambes
étoient roides et fortement fléchies sur les cuisses, celles-ci sur le bassin ; les parois
du ventre étoient collées sur la colonne vertébrale, la tête fléchie sur la poitrine,
les bras et avant-bras fléchis les uns sur les autres, les mâchoires fort serrées, et
la déglutition difficile ; le pouls étoit petit et nerveux. Le malade étoit réduit à un
degré de maigreur extrême ; son corps étoit constamment couvert de sueur : il
éprouvoit des douleurs violentes et continuelles, qui luifeisoient demander la mort
comme un bienfait.
Après avoir vainement essayé tous les moyens qu’offre en pareil cas l’art de
guérir, tels que les opiacées sous toutes les formes, même unies au camphre
et au quinquina; les lotions d’eau froide, les dissolutions d’opium sur la plaie,
les cataplasmes émolliens, et par suite ceux de tabac ; après avoir, dis-je, épuisé
Ces moyens, je conçus l’idée de frire amputer la jambe. Le désespoir de cet
infortuné, et la certitude de la mort qui l’attcndoit, m’engagèrent, contre l’avis
de plusieurs officiers de santé que j’avois appelés à la consultation, à employer
promptement cette dernière ressource : on profita d’un moment de calme qui
s’établit le même jour. Cette opération fut frite avec dextérité, sous mes yeux,
par M. Assalini, chirurgien de première classe, et en présence de tous les consul-
tans. Le blessé, qui la desiroit, la supporta courageusement et sans manifester
de grandes douleurs. Une syncope légère, survenue peu de momens après l’opération
, fut le présage heureux de la cessation des accidens : en effet, il s’opéra
immédiatement une détente générale, qui permit au malade d’avaler quelques
liquides. La nuit suivante fut calme, et il dormit trois heures d’un bon sommeil.
Le lendemain je trouvai son pouls développé, les membres moins roides, les mâchoires
relâchées ; il avoit déjà rendu quelques selles à l’aide des lavemens. La
suppuration de la plaie s’établit à l’époque ordinaire , et tous les accidens disparurent
par degrés ; pourtant le moignon conserva pendant quelques jours des
soubresauts violons, qui augmentoient par les plus légers attouchemens extérieurs,
et sur-tout durant le pansement, quelques précautions que l’on prit pour ne point
irriter les parties. Je parvins à apaiser ces mouvemens convulsifs, par une compression
bien exacte que je fis frire sur le trajet du nerf sciatique.
Les forces se rétablirent assez promptement ; mais les organes digestifs restèrent