
viens de l’esquisser, et celle de ses maîtres inquiets et ambitieux. Quelle étrange
différence, en effet, entre ces Egyptiens craintifs, même pusillanimes et si faciles
à soumettre au joug, et ces Mamlouks entreprenans et guerriers, toujours rivaux
les uns des autres, ne connoissant aucun des liens du sang, redoutant ceux de
l’amitié, n’agissant absolument et directement que pour eux seuls, et dont toutes
les actions étoient arbitraires, capricieuses, et déterminées par les circonstances
du moment (i) !
(i) II n’ est peut-être pas inutile de dire ici que les
renseigriemens d’après lesquels ce Mémoire a été rédigé,
m’ont été donnés, pour chaque partie, par les hommes
qui y sont réputés les plus versés, et que je n’ai rien écrit
sans avoir toujours eu plusieurs réponses semblables sur
la même question. J’ai consulté les qâdy, les ejfendy,
les cheykhs les plus instruits du Kaire, les principaux
Qobtes, et sur-tout ceux dont la probité est la moins
suspectée. Les cheykhs, les serrâf de village ont été interrogés;
je n’ai pas non plus-négligé de questionner \es fe llah.
J’ajouterai (ce qui n’est pas sans quelque importance)
que j’ai toujours eu de très-bons interprètes. Enfin j’ai
eu occasion de vérifier les réponses que j’ai obtenues,
auprès des personnes qui se sont occupées de ces objets,
et sur les notes qu’elles ont bien voulu me communiquer.
Quelques soins que j’aie mis à prendre ces renseigne-
mens, quelque nombreuses qu’aient été mes informations
, je n’ose pas me flatter d’avoir toujours rencontré
la vérité; mais, s’il s’est glissé quelques inexactitudes dans
ce Mémoire, le temps et de nouvelles informations me
les feront découvrir.
L ’auteur de cet écrit se proposoit de le revoir et d’y faire
plusieurs additions ; mais les soins qu’i l donnait a la direction
de l ’ouvrage, et la fin prématurée qui l ’a ravi à ses
travaux, l ’ayant empêché d’accomplir lui-même ce dessein,
l ’on a fa it imprimer son Mémoire, tel qu’il l ’avoit lu à
l ’Institut d ’Egypte , le i.tr frimaire an p [2 2 novembre
1800], E. J.
SU R LE L A C M E N Z A L E H ,
D’APRÈS LA RECONNOISSANCE FAITE EN VENDÉMIAIRE AN VII
[SEPTEMBRE ET OCTOBRE 1 7 ^ ] ( l ) ;
P a r M. l e G é n é r a l A N D R É O S S Y .
L ’ É g y p t e a été le berceau des arts et des sciences. Leurs principes étoient
recueillis par les collèges des prêtres, ou consignés dans ces hiéroglyphes dont la
langue n’est plus connue. Les prêtres Égyptiens, occupés spécialement de l’observation
du ciel, faisoient moins d’attention aux faits naturels qui se passoient sous leurs
yeux : aussi, lorsqu’Hérodote fut à Memphis, il s’aperçut, en conversant avec les
prêtres, qu’ils ignoroient les causes des changemens qui avoient dû survenir dans la
partie inférieure de leur pays comprise depuis l’entrée de la plaine jusqu’à la mer.
Une circonstance remarquable, c’est qu’à l’époque où ce père de l’histoire
voyageoit en Egypte, on sortoit d’une longue guerre, pendant laquelle tout ce
qui tient à l’économie publique avoit été négligé ; l’entretién des canaux s’en étoit
conséquemment ressenti. Cette contrée gémissoit,en outre,sous un gouvernement
militaire pareil à celui des Mamlouks, et les parties voisines du désert étoient
infestées de brigands, comme elles le sont encore.
Hérodote trouva donc l’Egypte à-peu-près dans le même état où elle a été
depuis , et il ne put pas voir et recueillir un très-grand nombre de faits : ceux
que renferme son Euierpe, sont précieux; mais il nous laisse dans l’incertitude sur
beaucoup d’autres. Strabon et Diodore de Sicile ont ajouté peu de chose aux
récits d’Hérodote. Abou-l-fedâ, en nous faisant connoître la géographie de son
temps, et les autres écrivains du treizième siècle, en proposant des conjectures,
n’ont fait qu’augmenter les doutes. D’ailleurs l’Egypte, tant de fois asservie, après
avoir changé de dominateurs, devojt aussi changer de langage; et les diverses
dénominations d’objets qui avoient subi des modifications, ou qui ne subsistoient
plus, ne tendoient qu’à jeter de la confusion dans les idées.
Les auteurs de nos jours n’ont pu que compulser les anciens écrivains et les
voyageurs modernes. Il étoit résulté de leurs recherches, principalement de celles
de d’Anville, des dissertations savantes, d’après lesquelles ce célèbre géographe
avoit construit ses cartes de l’Egypte ancienne et moderne, qui étoient les seules
détaillées qui existassent avant l’arrivée de l’armée dans ces contrées. On s’étoit
(1) Ce Mémoire a deja été publié dans la Décade Égyptienne, imprimée au Kaire.
E . M . • N