
M É M O I R E S U R L E S I N S C R I P T I O N S K O U F I Q U E S
sacrée des Musulmans, tirée des inscriptions les plus anciennes du Niiomètre de
l’île de Roudah :
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Le fragment suivant, renfermant le même texte, a été recueilli dans un édifice
particulier du Kaire :
Quelques inscriptions Koufiques du moyen âge présentent une configuration
singulière et entièrement composée de lignes droites, s’assemblant entre elles par
des traits toujours parallèles les uns aux autres ou se coupant à angles droits, et
sans mélangé d aucun contour arrondi. J’ai trouvé des inscriptions de ce genre
executees en mosaïque, soit de bois, soit de marbre, en plusieurs endroits du
Kaire et à la mosquée de Deyrout dans la basse Ëgypte , au bord du Nil, sur la
rive gauche de la branche de Rosette.
Je joindrai ici pour specimen de ce genre d’écriture le fragment suivant, renfermant
le meme texte déjà cité ci-dessus et tiré d’une maison particulière du
Kaire :
§. IV .
Du Caractère Karmatique.'
L ’é c r i t u r e Karmatique suit la même marche que l’écriture Koufique ; elle
pourrait même n’en être regardée que comme une variante ou un perfectionnement
, et plusieurs auteurs ont confondu ces deux espèces d’écritures sous une
seule et même dénomination.
Cette dernière écriture offre des caractères plus ornés et plus contournés que
ceux des inscriptions du koufique véritable, et annonce à l’oeil même le moins
exercé une époque bien différente. Aussi son origine est-elle postérieure d’environ
trois cents ans à celle du caractère proprement dit koufique, et à qui seul on
doit en réserver le nom.
Cette espèce d écriture, dun trait bien moins mâle et moins simple, mais
beaucoup plus riche en formes variées, est aussi plus difficile à lire à cause des
ornemens étrangers dont les caractères sont le plus souvent surchargés/et dé la
liberté avec laquelle les caractères sont liés ou entrelacés ensemble : elle a été
appelée écriture karmatique, du nom des Karmates (1), qui, en effet, s’en sont
servis dans les monumens qu’ils ont élevés.
Les anciens Karmates étoient un peuple belliqueux et inaccessible à la crainte,
dont il paraît que descendent les modernes Ouahâbys, qui semblent avoir hérité
de leur ardeur pour les conquêtes, de leur fanatisme religieux et de leur ambition
immodérée.
Cette peuplade de sectaires turbulens et intrépides, qui commença à se faire
connoître vers l’an 278 de l’hégire [891 de l’ère Chrétienne], ravagea une grande
partie de l’Orient, et devint, sous les khalyfes Abbassides, le fléau de l’empire
des Sarrasins et la terreur du musulmanisme (2). Noueyry a écrit fort au long
l’histoire des Karmates dans la troisième partie de son ouvrage.
On trouve l’écriture Karmatique employée au Kaire, à la porte orientale appelée
Bâb el-nasr (3), aux mosquées d’el-Hâkem (4) et d’el-Hasan, en plusieurs endroits
de celle de Tayloun, et dans les inscriptions du Meqyâs, qui ont rapport
à la reconstruction de ce monument, exécutée par les ordres du khalyfe el-
Mostanser b-illah M . Ces-dernières inscriptions font partie de la planche b des
inscriptions du Meqyâs (6), et sont cotées I , II et III.
On doit aussi comprendre dans ce genre d’écriture les inscriptions que l’on
voit sur le pont du. petit canal voisin des pyramides, dans la province de Gyzeh.
Elles sont rapportées dans l’ouvrage de Niebuhr, déjà cité ; mais on n’en a
donné jusqu’à présent que des copies inexactes.
Les médailles et les pierres gravées qui offrent des caractères Karmatiques ;
sont toutes du moyen âge de l’islamisme. La collection que j’ai rapportée
d’Égypte, en offre un assez grand nombre, dont je donnerai par la suite une
notice descriptive.
Ce caractère a été très-répandu, et l’on trouve plusieurs inscriptions de cette
nature en Sicile, en Italie, en Espagne, et même dans nos provinces méridionales.
M. Millin en a recueilli deux à Aix pendant son voyage dans les départe-
mens du midi de la France, et l’on en voit encore une assez bien conservée à
Montbrun, dans les montagnes de l’ancien Dauphiné. J’en ai rapporté une très-
(1) El-Qorametah «JmIjKIÎ.
(2) Les historiens Arabes nous apprennent que les
Karmates, s’étant emparés de )a JVIekke, y firent un
massacre de vingt mille pèlerins.
(3) Bâb el-nasr <_jL [la porte de la victoire].
Suivant el-M aqryzy, cette porte, construite par Gioua-
her, étoit originairement au-dessous de celle que l’on voit
aujourd’hui : mais lorsque l’émyr Bedr el-dyn el-Gemâly < JU t sortit de la ville d’Acre en Egypte sous le khalyfe el-M ostanser b-piloluarh ê, tl’raen v 4iz6i5r
de l’hégire [ 1072 de l’ère Chrétienne], il construisit les
murailles du Kaire, et changea la place qui avoit d’abord
été assignée à cette porte pour la transférer où elle est
maintenant située : il y ajouta un chemin couvert.
est( l4e) siExli-èHmâe kkehmal ybfee- adme rl ai lldayhn astie des Fatim.i Ctees, p qruinic ae
. É. M.
gmoounvtear nséu r ll’eE tgryôpntee l’paenn 3d8a6n td eplr’èhsé gdiere [d9e9u6x dceeln’ètsre a Cnsh.r éIl
tienne], et mourut l’an 411 [ 1020 de l’ère Chrétienne].
(5) El-Mostanser b-illah abou-Temym Maa’d*el-
Fâtemy jj! Ce prince, le
huitième de la race des Fatimites en Ëgypte, succéda à
son père el-Dâher le-a’jidyn illah «xl ^ U J Î
l’an de l’hégire 427 [ 1035 Chrétienne]. Il avoit
alors neuf ans, et il en régna soixante avec une prudence
et une modération extraordinaires, qui lui firent
dissiper plusieurs conspirations. Il eut pour successeur son
fils Ahmed abou-l-Qâsem ^U Jl y t o-i*!, surnommé el-
Mosta’ly b-illah « iljçjjcu il, qui commença son règne
l’an 487 de l’hégire [ 1094 de l’ère Chrétienne].
(6) Voyez Ê. M. vol. II, Inscriptions, Monnaies et
Médailles.
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