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se sont successivement occupées, avec plus ou moins de succès, de l’exécution
de cette belle entreprise.
^11 estsans doute inutile de s’étendre sur les avantages d’un canal, en comparaison
d une communication par terre, et d’observer que la partie de l’Isthme où celui-ci
fut projeté, étant, enÉgypte même, la moindre distance de la mer Rouge au Nil,
le commerce des pèlerins de la Mekke, soit pour Damas (1) et l’intérieur de l’Asie,
soit pour le Kaire, Alexandrie et les côtes d’Afrique, et enfin celui des caravane¡
de Qoçeyr à Qené, ne suivroient plus désormais qu’une même route. Un résultat
bien plus important encore, c’est que la voie de l’Égypte, qui est, comme on l’a
déjà dit, la plus courte des quatre principales que nous avons observées dans les diffé-
rens siècles, deviendrait, par ce moyen, aussi continue, aussi uniforme en quelque
sorte, pour les navigateurs, que celle du Cap de Bonne-Espérance, et en même
temps plus exclusive pour ceux qui en seraient les maîtres. Toutes les raisons qui ont
Eut préférer cette dernière depuis trois cents ans, s’évanouiraient donc entièrement,
en faveur des propriétaires de l’Égypte, auxquels on peut supposer d’ailleurs des
flottes et des ports sur la mer Rouge et en Arabie, la force nécessaire pour fonder
et maintenir des établissemens dans l’Inde, si le besoin s’en faisoit sentir, et enfin
toutes les ressources que possèdent communément les principales puissances de
l ’Europe.
Toutes ces considérations réunies en faveur de l’Égypte firent sans doute concevoir
au Gouvernement Français le projet d’y former des établissemens (2) ; nous
ne nous permettrons pas d’exposer les causes successives qui ont donné à cette
expédition toujours mémorable un caractère de conquête. A peine le général
B o n a p a r t e etoit-il maître de l’Égypte, qu’il porta ses regards et ses pas vers 1 Isthme de Soueys, où exista l’ancienne communication des deux mers; et il est
probable que, par un séjour prolongé en Égypte, il auroit enfin exécuté la construction
de ce canal fameux, dans laquelle ses prédécesseurs avoient échoué ou seulement
obtenu de foibles succès : il a prouvé du moins, par son empressement à en faire
lui-même la première reconnoissance, l’intérêt qu’excitoit en lui ce monument de
j ancienne industrie; il en découvrit le premier les traces au milieu du désert, et,
des ce moment, il nous chargea du travail qui fait l’objet de ce Mémoire.
C e sont les restes de ce canal, encore existans, que nous avons retrouvés sur
presque toute sa longueur; c’est la possibilité de le rétablir, et de rendre continue
la communication, par eau, de la mer Rouge à Alexandrie, et même plus directe
vers Péluse (3), que nous entreprenons de faire connoître.
Nous ne terminerons pas ce discours (4) sans observer expressément que les vues
( i ) Dm tch q . » les assurer. En effet, que de chances favorables n’offrent
^ PT anCe imre W s ' a France P°ssède ,es ” Pas d3 à i l’industrieFrançaise, et au débit de ses manu-
” " T , , 7 Ute5 CeS,C0nditi0ns! S o n c o m m e r c e » factures, la population, l’enfance desarts, et les besoins
" du Levant Ief |UI a ¡ ¡ ¡ S exclusivement depuis ses non- » qui naissent du luxe des Orientaux ! »
«velles acquisitions. La splendeur de Marseille o ffro it, (3) H h a iW , Tyneh
« avant la révolution, la preuve matérielle des succès qu’on (4) En renvoyant', pour de plus grands développe-
» d e v o .t obtenir de la seule force des circonstances, quand mens, aux ouvrages bien connus de MM . Ameilhon et
» ^ v e r n e m e „M ropoccupepeutr desspécu,ations Robertson , nous indiquons au lecteur les sources où
» lointaines, prenoit d ailleurs si peu de mesures pour se nous avons puisé.
politiques
politiques exposées dans ce Mémoire ne doivent porter aucun ombrage à celui des
Gouvernemens qui croirait y trouver des motifs d’inquiétude ; car on ne doit y
voir que l’expression des pensées qui durent naître pendant le cours de l’expédition
d’Égypte.
Le général B o n a p a r t e nous ayant demandé, lors de son départ du Kaire, ce
qu’on pouvoir espérer du rétablissement du canal de Soueys, nous l’assurâmes
qu’il paroissoit facile de rouvrir ce canal, et même avec plus d’avantages qu’il
n’en présenta jamais, ce Eh bien, nous dit-il, la chose est grande ! publiez un
» mémoire, et forcez le Gouvernement Turk à trouver, dans l’exécution de ce
» projet, et son intérêt et sa gloire (i). »
D I V I S I O N DE L ’ OUVRAGE. .
Ce Mémoire sera divisé comme la navigation elle-même qui en est l’objet,
et qui, considérée sous le point de vue le plus étendu, offre une communication
ouverte entre la Méditerranée et l’Océan Indien, par l’Égypte et la mer.
Rouge : il comprendra trois sections.
L a p r e m i è r e s e c t i o n traitera du canal de la mer Rouge au Nil, du
port de Soueys, et de la navigation de la mer Rouge.
L a s e c o n d e traitera de la navigation des diverses branches du Nil qu’on
devra parcourir p'our communiquer du canal de Soueys dans celui d’Alexandrie,
par les rivières ou canaux de Moueys, de Fara’ounyeh, et par la branche de
Rosette.
L a t r o i s i è m e donnera la description du canaj d’Alexandrie, qui complétera
la navigation intérieure de Soueys à Alexandrie : elle traitera, du rétablissement
de ce canal, et sera terminée par un Mémoire sur les villes et ports
d’Alexandrie.
Ayant à traiter, dans la première de ces trois sections, l’objet principal de
ce Mémoire, l’ancien canal des Rois, qui, du Nil à la mer Rouge, constituoit
la jonction des deux mers, nous lui donnerons tous les développemens dont
il est susceptible. Cette section contiendra cinq chapitres.
Dans le chapitre I.er, nous ferons l’historique de nos reconnoissances, et de
nos opérations; nous en donnerons les résultats, qui constatent la différence de
niveau des deux mers.
(1) C e Mémoire, rédigé à notre retour d’Égypte, fut
présente, le 24 août 1803, au Premier Consu l, qui en
ordonna* la publication. L’impression n’en a été différée
que parce que, devant naturellement se rattacher à
Ê . M .
I ouvrage de la Commission d’E gypte, dont.la première
livraison n’a pu paroître qu’en 1808, nous avons dû
accéder au désir que nous ont exprimé, à ce sujet, nos
collègues.
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