
individus survivent ordinairement à cette maladie, le pronostic nen est pas
moins grave. Cette infirmité leur rend la vie insupportable ; et elle est sans ressource,
lorsqu’elle est parvenue à ce degré.
Elle ne paroît pas être contagieuse comme la lèpre : aucun de nos militaires
nen a ete affecte, et je la crois aussi moins endémique aux climats chauds; car
je 1 ai vue dans diverses contrées de l’Europe avec quelques différences.
Les moyens de guérison me paroissent être à-peu-près les mêmes que ceux que
nous avons indiqués pour la lèpre : cependant il faut insister davantage sur les
topiques, tels que les répercussifs dissolvans, les caustiques, sur-tout le feu et la
compression graduée.
Jai guéri, a laide de ces moyens, un capitaine âgé d’environ trente-huit ans,
attaqué d un elephantiasis commençant. Les circonstances ne m’ont pas permis
d entreprendre le traitement de cette affection parvenue aux deuxième et troisième
degrés; cependant je pense que, si elle se bomoit à l’un des pieds, et
qu’elle eut résisté au traitement suivi et bien administré dont je viens de faire
mention, on pourrait, comme dans les caries scrofuleuses anciennes de l’articulation
tibio-tarsienne, enlever la maladie par l’amputation de la jambe.
MÉMOIRE
S U R
LE S C O R B U T .
D a n s le mois de messidor an 9 [juin 1801 ] , le passage des vents au nord-nord-
ouest, et le débordement du lac Ma’dyeh, dont les eaux baignoient nos câmps,
firent succéder aux blessures, à peine guéries, une ophtalmie assez rebelle, qui
fut traitée avec le plus grand succès, mais que remplaça bientôt une affection scorbutique,
qui commença d’abord à se manifester sur quelques blessés, et s’étendit
ensuite sur une telle quantité des individus de l’armée, qu’on dut la regarder comme
épidémique.
L’ignorance de quelques personnes avoit fait croire qu’elle étoit contagieuse.
Pour dissiper les craintes qu’inspirait cette idée, et indiquer les moyens prophylactiques
, j’adressai une circulaire aux chirurgiens des corps. Mon opinion
sur le caractère non contagieux de cette maladie, étoit d’ailleurs partagée par
le médecin Savaresy, qui remplissoit alors les fonctions de médecin en chef, à la
place de M. Desgenettes, dont la présence étoit devenue importante au Kaire, à
cause de la peste qui y exerçoit ses ravages.
Je crois pouvoir présenter ici, avec d’autant plus d’exactitude, le tableau des
principaux symptômes qui ont caractérisé le scorbut, que cette maladie a particulièrement
affecté les blessés et les ophtalmiques confiés à ma surveillance. Je
ferai suivre cette description de l’exposition succincte des causes qui ont paru
déterminer l'épidémie scorbutique d’Égypte, et j’indiquerai les divers genres de
remèdes que nous lui avons opposés, selon les différens degrés sous lesquels nous
avons eu à la combattre.
Je passerai rapidement sur les variétés du scorbut relatives à l’idiosyncrasie des
sujets, à leur sensibilité physique ou morale, et à leur état de foiblesse primitive.
En général, j’ai constamment remarqué dans cette maladie scorbutique, comme
dans celle que j’ai eu occasion de voir dans l’Amérique septentrionale, trois degrés
différens.
Dans le premier, le soldat est inquiet, mélancolique; il a de la tendance à rester
assis ou couché ; il est inaccessible à tout ce qui pourrait exciter son moral ;
1 approche de l’ennemi, les mouvemens imprévus dans le camp, ne font sur lui
aucune impression ; il perd l’appétit ; le sommeil est pénible et interrompu par
des rêves désagréables; le visage se décolore et devient pâle ; les yeux sont tristes,
entourés d’un cercle bleuâtre ; les gencives douloureuses, pâles, et saignant facilement
à la plus légère pression. Les douleurs compressives se font sentir dans la È. M. v v v 1