
instrumens à cordes en usage parmi les Égyptiens : car non-seulement il emploie
ce mot au pluriel, mais il ne parle d’aucun autre instrument à cordes, et ne désigne
non plus en cet endroit les autres instrumens différens que par le nom de
leur espèce.
Le nom de psaltérion tire vraisemblablement son origine d’un mot ancien que
les Arabes prononcent santyr lequel désigne aujourd’hui, en Égypte, un
instrument de musique qui a la forme d’une harpe renversée et posée sur un corps
sonore ; c’est le même instrument que nous nommons tympanon (i). Les anciens
Égyptiens, qui joignoient ordinairement l’article à leurs noms, ainsi que nous
le faisons en français, et qui par conséquent durent ajouter au mot santyr l’article
du masculin p i, le prononçoient donc p'tsantyr.
Les Assyriens, chez lesquels cet instrument fut connu sous ce même nom, y
ayant joint la terminaison propre à l’idiome de leur langue, l’appelèrent pisanterin
ou phisanterin. Le prophète Daniel est le premier qui en ait fait mention dans la
Bible sous ce dernier nom, comme d'un instrument de musique des Assyriens ; et
l’on voit clairement que ce mot ne put appartenir ni à la langue Hébraïque, ni à
la langue Chaldéenne, puisque, dans ces langues, tout mot ne doit contenir que
trois lettres radicales, et que dans celui de pisanterin il s’en trouveroit quatre.
Ce même instrument ayant été, depuis, porté chez les Grecs avec son dernier
nom, ceux-ci, sans doute, en firent d’abord le mot pisanterion ; mais, comme
la seconde syllabe produisoit un son nasal, qui devoit déplaire à la délicatesse
de leurs oreilles, par un changement, assez fréquent dans toutes les langues, de 1«
en l (2), ils transformèrent ce mot en celui de pisaherion, e t , par contraction,
psaltérion.
Enfin les Qobtes, chez lesquels le mot santyr est revenu après avoir été ainsi
défiguré, et, en quelque sorte, travesti, lui ont derechef ajouté l’article du masculin
ns, et en ont fait (3) mcj>*-A'ZHpsoK [pipsaltêrion], nom par lequel ils désignent
encore un instrument de musique propre à accompagner la voix.
Ainsi, quoique le motpisantyr ait subi bien des changemens et des altérations,
on voit clairement qu’il a toujours été employé, par les anciens peuples Orientaux
, comme une épithète des tebouni, c’est-à-dire, des instrumens à cordes
propres à accompagner la voix, plutôt que comme le nom particulier d’un instrument
de musique.
(1) C e t instrument est monté de cordes de laiton, et dans les mots étrangers à leur langue, et que les Hé-
se bat avec de petites baguettes de bois. breux en contractèrent.l’habitude pendant leur captivité
(2) Vossius nous apprend que les Chaidéens avoient à Babylone.
coutume de substituer la lettre / à la lettre n , sur-tout (3) Kircher, Lingita Ægypt. restituta.
S E C T I O N i f
Des diverses espèces d’instrumens à vent des anciens Egyptiens ;
de leur origine, de leur usage, de leurs noms.
A R T I C L E P R E M I E R .
De l’Invention et de l’Origine des Flûtes en général.
U n accident à-peu-près semblable à celui qui fit inventer les instrumens à
cordes, tels que les harpes dont nous avons parlé au commencement de la section
précédente, peut aussi avoir fait imaginer la flûte. Le son que produit le
vent en s’introduisant dans un corps creux, aura pu donner d’abord l’idée de
souffler dans un simple roseau (1) pour en tirer un son. Chaque roseau de différente
longueur produisant nécessairement un son différent, on aura probablement
rapproché tous ces tuyaux, selon la proportion de leurs longueurs respectives,
pour n’en faire qu’un seul et même instrument, où tous les sons pussent
se trouver réunis et ordonnés; ce qui aura formé la flûte.à sept tuyaux, qu’on a
nommée flûte de Pan, c’est-à-dire, flûte de tous les sons, parce qu’en effet elle ren-
doit tous les sons diatoniques différens. Enfin, dans la suite, on se sera vraisemblablement
avisé de marquer, par ordre, sur un seul et même tuyau, les. diverses
proportions des différentes longueurs des sept tuyaux précédens", et de percer un
trou à l’endroit où se terminoit la longueur de chacun d’eux. Ainsi se sera formée
la flûte à un seul tuyau (2) ; et de là une seconde espèce de flûte appelée
monaule, de même que la première, qui n’étoit que d’un simple roseau; ce qui
aura occasionné quelque confusion, et fait naître les méprises ou les incertitudes
des auteurs à l’égard de l’origine et de l’invention des flûtes monaules, ainsi que
nous aurons bientôt lieu de nous en apercevoir.
A R T I C L E II.
De l’Invention et de l’Origine des Flûtes Egyptiennes.
I l est certain qu’on fit anciennement usage en Égypte de plusieurs espèces de
flûtes différentes. On en voit de peintes dans les catacombes de Gyzeh, dans les
grottes de la montagne située près de l’ancienne ville d’E/ethyia.
(1) Lucret. D e renrni nat. Iib. v , v. 1381 et seqq. encore là aujourd’hui la seule embouchure du tiay, ou
(2) II paroît que les flûtes d’un seul tuyau percé de de la flûte Egyptienne, connue aussi sous le nom de
plusieurs trous n’eurent pas d’abord d’autre embouchure Jlûte des derviches ; et nous la croyons d’une origine très-
que l’ouverture de l’orifice supérieur : du moins c’est ancienne.