
si les causes politiques qui y mettent obstacle venoient à cesser! Question
curieuse aujourd’hui, importante peut-être pour l’avenir, déjà abordée bien des
fois par des écrivains distingués, et, malgré cda , ‘presque entièrement neuve à
traiter : il semble qu'on l’ait regardée plutôt comme un heureux sujet de déclamations,
que comme pouvant comporter des éclaircissemens précis.
D e quoi s’agit,il., en dernière analyse ! De faire entre les deux voies une comparaison
exacte. Pour cela, il faudroit, avant tout, connoître d’une manière précise
les différentes routes pratiquées par les anciens, et pouvoir distinguer celle qui leur
a présente le plus d’avantages. C ’est ce qui reste encore à faire, et ce que je me
suis propose dans ce travail, dont plusieurs voyages sur les bords de la mer Rouge
mont fourni les données, et dont les instructions particulières du chef de l’armée
<1 Orient mavoient imposé Tobligation.
Dans le cours de ces discussions, j’aurai souvent à combattre des autorités
graves peut-être de grandes préventions ; car, depuis les savantes dissertations de
Anville f i ) , on croît que les points fréquentés par les anciens sur les côtes de la
mer Rouge sont connus de manière à ne plus rien laisser à desirer. Moi-meme j’ai
parcouru ces bords, prévenu de cette opinion, et j’ai vu avec le plus grand
etonnement que les résultats de d’Anville netoient d’accord presque en rien avec
la disposition des lieux. Alors j’ai examiné avec le plus grand soin toutes les bases
de son travail : je me suis assuré que bien des données essentielles lui ont échappé,
que beaucoup d autres ont été mal appliquées ; qu’enfin les positions qu’il assigné
aux ports des anciens, les routes qu’il trace pour les caravanes au travers des déserts
, ne sont pas moins opposées aux renseignemens de l’histoire qu’à toutes les
vraisemblances ; et je n’ai pas désespéré de le démontrer assez complètement pour
que l ’on me pardonnât d’avoir combattu, sur un aussi grand nombre de points,
une autorité si respectable.
IM étant écarté de la marche suivie ordinairement dans les recherches de
géographie comparée, l’usage vouloit peut-être que je rendisse compte de celle
que j ai adoptée : mais ce n’est guère qu’en lisant cet écrit que le lecteur peut
bien saisir les raisons qui m’ont déterminé; ainsi je supprime des développemens
qui deviendraient mutiles ic i, et je me borne aux indications propres à faire saisir
l’ensemble des questions que nous avons à traiter.
4 ^ vant tout> 11 k « 1 se 4 ire une idée générale des lieux; il faut remarquer,
d abord, que la mer Rouge, ce grand golfe de l’Océan Indien, qui sépare presque
entièrement l’Asie d’avec l’Afrique, ne reçoit aucun fleuve dans toute l’étendue de
ses cotes, entourées généralement de déserts impraticables,
f Listhme Suez, qui s’étend depuis le fond du golfe jusqu’à la Méditerranée,
nest lui-même qu’un désert; mais il confine, du côté de l’Afrique, aux fertiles
plaines de la basse Egypte, arrosées par le Nil.
Il fkut observer que ce fleuve, qui descend de la Nubie pour verser ses eaux
dans la Méditerranée, coule, depuis son entrée en Egypte, suivant une direction
( i ) D A n v ille , Mémoires sur l'Egypte ancienne et sur le golfe Arabique.
presque
presque parallèle à la côte occidentale de la mer Rouge, dont il est éloigné
d’environ deux degrés à la hauteur de Syène, et d’un degré seulement sous le
parallèle de Suez. Enfin l’espace renfermé entre le fleuve et la mer est une longue
bande de déserts montueux, qui présente des espèces de cols ou d’isthmes coupés
transversalement par plusieurs grandes vallées praticables pour de nombreuses
caravanes; disposition qu’il faudra se rappeler pour la suite, et qui fait sentir déjà
pourquoi l’Égypte, dans les temps anciens, a pu être, dès qu’elle l’a voulu, l’entrepôt
principal du commerce de l’Inde.
Du côté de 1 Asie , l’isthme qui sépare les deux mers n’est pas borné immédiatement
par le pays cultive, comme du côté de l’Afrique; et les déserts se prolongent
de quelques journées de marche vers l’orient. Toutefois la Syrie, première
contrée habitée que l’on rencontre après les avoir traversés, se trouvoit
encore mieux située qu’aucune autre, après l’Égypte, pour faire le commerce
de la mer Rouge; et un golfe particulier, connu sous le nom de nier d'A'rfath, qui
se détaché du grand pour se diriger vers la Palestine, diminuoit beaucoup la
difficulté des communications.
Parmi les anciens peuples de la Syrie, nous voyons les Phéniciens, si versés
dans 1 art de la navigation, si célèbres par l’étendue de leur commerce, s’approprier
en quelque sorte celui-ci aux époques où les préjugés nationaux de l’Égypte,
ou bien ses institutions, l’empêchoient de s’y livrer ; et nous voyons aussi les
Hébreux commencer à y prendre quelque part dès le temps de leurs premiers
rais.
Les recherches sur la géographie comparée et le commerce de la mer Rouge
peuvent donc se diviser en deux branches.
La première, qui est la moins importante, et qui doit nécessairement renfermer
beaucoup de choses conjecturales, comprend les lieux fréquentés, sur les côtes
orientales, par les anciens peuples de la Syrie; mais, comme ces objets n’ont que
tres-peu de rapport avec l’état actuel de la navigation, nous remettons à en parler
dans un écrit sur la contrée renfermée entre les deux bras de la mer Rouge, et
que l’on désigne sous le nom de diserts de Sinaï.
La seconde, qui peut être traitée d une manière rigoureuse, et dont nous allons
nous occuper ic i, comprend la détermination des ports pratiqués sur la côte occidentale,
ainsi que celle des routes qui y conduisoient.
Les changemens arrivés dans la direction du commerce sous le second des
Lagides, ceux quelle éprouva lors de la conquête des Arabes, en partagent naturellement
l’histoire, depuis les premiers temps jusqu’à nous, en trois grandes périodes,
qui seront traitées dans trois sections distinctes, la nature de ces recherches exigeant
que Ion ait égard, dans cette division, moins à l’ordre des lieux qu’à celui
des temps (i).
(]) Je passerai sans m arrêter sur les points connus, point perdre de vue que les questions d'antiquité n'ont
pour m attacher principalement aux difficultés qui restent d'intérêt réel que par leur rapport avec ce qui peut avoir
à éclaircir, m'efforçant, dans ce dernier cas, de ne rien lieu aujourd’hui, et que leur principal objet doit être de
.laisser sans preuve; je tâcherai en même temps de ne nous approprier l’expérience acquise par les anciens.
A . ■ R