
de son cours, les bords dii lac Menzaleh, et s’en approcher bien plus que la
branche Canopique , de la Méditerranée! Enfin, depuis Kafr - Abou - Yousef
jusquau boghaz au-dessous d el-E’zbeh, le Nil ne court-il pas, entre la mer et le
lac Menzaleh, sur un terrain qui semble ne pouvoir lui présenter aucun obstacle
pour l’empêcher de se jeter à la mer ou dans le lac par la ligne la plus courte !
De la Branche Bolbitine.
L a branche Bolbitine,selon Hérodote, fut creusée de main d’homme. Strabon
la compte immédiatement après la Canopique, en allant vers l’est, et il est en
cela d accord avec Diodore, ainsi qu’avec Ptolémée, qui la désigne sous le nom de
fleuve Tall, en conservant à son embouchure la dénomination de Bolbitine. Nous
retrouvons cette ancienne branche dans le cours actuel du Nil depuis Rahmânyeh
jusquau boghaz de Rosette (i) : dérivée autrefois de la Canopique, et d’abord
moins considérable, au rapport de tous les historiens, elle s’agrandit insensible-'
ment aux dépens de cette branche, et finit par la faire disparoître. La distance
de Rahmânyeh à la bouche de Rosette ( 2 ) étant moindre que celle de Rahmâ-
nyeh a la mer près d Abouqyr, et le lit de la branche Bolbitine étant moins tortueux
que la partie inférieure de la branche Canopique, les eaux du Nil doivent
toujours avoir eu une grande tendance à suivre le cours qu’elles ont aujourd’hui.
Il aura donc suffi que, vers le point de séparation des deux branches, quelques
atterissemens se soient formés dans cellç de Canope, ou que le Nil ait creusé
davantage la Bolbitine, pour déterminer les eaux à se porter à la mer par la
ligne de plus grande pente, et cela avec d’autant plus de facilité, que le terrain
d alluvion qu elles traversoient, ne pouvoit opposer qu’un foible obstacle à l’agrandissement
de leur lit.
De la Branche Sébennytique,
I l paroitroit, d après un passage d’Hérodote (3 ) , que de son temps l’origine
de la branche Sébennytique étoit à la même hauteur que celle des branches
Pélusiaque et Canopique. Il est vrai que la division d’un fleuve en trois
branches, précisément au même endroit, est peu probable, et que Strabon dit positivement
que la troisième branche du Nil (4 ) commence un peu au-dessous
des deux premières ; qu’enfin Ptolémée est d’accord en cela avec Strabon : mais,
dun autre côté, il est cependant possible que quelques attérissemens aient changé
la forme de la pointe supérieure du Delta dans l’espace de temps qui s’est écoulé
entre les voyages d’Hérodote et ceux de Strabon (5); et il existe entre l’ancien
(1) L a ville de Bolbitine doit avoir existe un peu au Rahmânyeh à ces deux points devoit encore être autre-
sud de Rosette, près de la tour d’Ahou-mandour. On fois plus considérable qu’aujourd'hui,
y a trouvé enfouis sous terre de belles colonnes et (3) His t. Iib. I l , S- 17.
d’autre? débris d antiquités. (4) Par troisième branche du N i l , j’entends ici la
( -) L a bouche de Rosette doit s’être avancée dans troisième en allant du sud au nord,
la mer depuis le temps dont nous nous occupons, et ( j) Strabon écrivoit environ quatre cent cinquante ans
la mer a d û , au contraire, gagner du côté de l’ancienne après Hérodote,
bouche Canopique : ainsi la différence des distances de
et le nouveau sommet du Delta plusieurs îles qui, en divisant en quelque façon le
cours actuel du Nil en deux canaux, permettent de concevoir le récit d’Hérodote..
La branche Sébennytique couloit presque au nord, à travers le Delta; elle
devoit passer devant la ville de Scbennytns, puisqu’elle en prenpit le nom, et-
elle se jetoit dans la mer un peu au-dessous de là ville de Buto, auprès de laquelle
étoit un grand lac (1).
D ’après tout cela, la branche S'ébennytique d’Hérodote doit se composer de la
partie du cours du Nil comprise entre l’origine du canal d’Abou-Meneggeh et le
Batn-el-Baqarah ; dé la branche actuelle de Damiette, depuis le Batn-el-Baqarah
jusqu’au-dessous de la ville de Semenhoud, autrefois Sebennytus (2); 'et du canal
de Tabanyeh , depuis son origine auprès de Bahbeyt (3) jusqu’à son embou-
chupe dans la mer, après avoir traversé la partie orientale du lac Bourlos. Ce
lac s’étendoit probablement, moins de ce côté, avant que l’affoiblissement de la
branche Sébennytique eût occasionné le refoulement des eaux de la mer dans
l’intérieur des terres ; et quant à son identité avec le lac Butique, elle est reconnue
de tous les critiques, Je ne m’attacherai donc4 point à la prouver; j’ajouterai-
seulement que l’on trouve sur les bords du lac, vers la partie inférieure du-canal
de Tabanyeh, des ruines qui sont probablement celles de Buto, d’après la position
qu’Hérodote donne à cette ville.
Le cours que je viens d’assigner à la branche Sébennytique d’Hérodote, est
encore commandé par ce que nous apprend cet historien des branches Saïtique
et Mendésienne ; car il dit qu’elles dérivoient de la Sébennytique. Toute autre
supposition pour le cours de celle-ci ne satisferoit point à cette condition.-
De la Branche Tanitique ou Saïtique.
L a branche Sébennytique donnoit donc naissance à la Saïtique : mais Hérodote
ne dit point que celle-ci coulât à> l’ouest de la première, comme l’a cru
M. Larcher (4 ), qui a voulu, en conséquence, trouver une branche Saïtique
passant près de Sais et se jetant dans la mer entre les bouches Sébennytique
et Bolbitine. Il n’a pas fait attention qu’il n’existe aucun canal qui satisfasse
à toutes ces conditions, ni aucune bouche entre celles 'de Rosette et de
Bourlos. Un passage de Strabon auroit dû le guider pour retrouver la branche
Saïtique : c’est celui où cet ancien géographe, après avoir parié de la branche
Tanitique, ajoute que quelques-uns la nomment Sàitiquc. Il me paroît même qu’il
( i) Herodot. His t. Iib. i l , §. 155 et 156.
( -) Cette v ille , comme on le v o i t ,,a conservé dans
sa dénomination Arabe des traces de son ancien nom.
Elle est aujourd’hui une des plus considérables du Delta,
et les ruines de l’ancienne ville consistent en décombres
et en débris granitiques couverts d ’hiéroglyphes.
(3) Le canal de Tabanyeh est dérivé du N il par deux
ouvertures différentes, l’une près de Tab anyeh, l’autre à
une demi-lieue à l’est-sud-est de Bahbeyt. Si j’ai choisi
eue dernière dans la description que je donne de -la
branche Sébennytique, c’est que la dérivation près de T a banyeh
court de suite trop directement à l’ouest, l’espace
d ’une lieue, pour se lier naturellement au cours supérieur
de la branche de Damiette. Auprès de Bahbeyt
sont des ruines remarquables, q u i, selon d’A n v ille , seraient
celles de la ville d’ Isis, dont il est question dans
P lin e, H is t. nat. Iiv. v , ch. 10. Voyez le chapitre xxv-
des Antiquités-Descriptions, par M M . Jollois et du Bois-
Aymé.
(4) Traduction d*Hérodote', toni. II-, note 5-5.