
étoit un don céleste, dont l’ordre (i) et l’harmonie dirigeoient toutes les parties, et
qu elle s alhoit avec tout ce qu’il y avoit de bien (2), ou plutôt que tout ce qui étoit
bien rormoit une musique, c'est-à-dire, une chose parfaite ou l’ouvrage des Muses,
v Avec de te,les idées sur l’origine et la nature de la musique, il ne faut pas
s,étonner si les premiers Égyptiens eurent pour cet art une si grande vénération •
s ils furent si scrupuleux et si difficiles dans le choix de leurs chants (3) ; s’ils avoient
consacre par des lois ceux qui leur avoient paru les meilleurs, et défendu expressément
den exécuter d’autres; s’ils avoient fait une obligation indispensable à
chacun de faire son étude de la musique pendant un certain temps ; si la musique
faisoit partie de leur doenine sacrée et régloit tous leurs chants religieux;
si transportée en Grèce par des colonies d’Égyptiens qui civilisèrent ce pays (A ,
elle y produisit des effets si surprenans; si elle y excita l’admiration et le respect
pendant tout le temps qu’elle s’y conserva dans sa première pureté. Ce n’est donc
p ^ sans raison que Platon, qui avoit été témoin auriculaire de cette musique
sublnne, nen a parlé qu’avec un sentiment d’admiration et d’enthousiasme.
Mais ce qui, sans doute, semblera singulier aujourd’hui, et ne le paroissoit
sûrement pas alors, c’est que la ville où se fixa la première colonie d’Égyptiens
en Grece, se soit honorée du nom A’Argos (5), qui, en égyptien, s’écrit tpsiai, se
prononce erdjo et signifie musicien; c’est qu’on ait distingué par le nom A'Eumo/pe,
qui signifie agréable chanteur, le héros Égyptien qui vint disputer le trône d’Athènes
a Erechthée, qui institua dans ce pays une classe sacerdotale à l’instar de celle des
hiérophantes Egyptiens, et dans laquelle ses descendans, sous le nom d’Eumol-
pides, conservèrent le droit exclusif d’être admis. Il sembleroit par-là que ce qui
distmguoit éminemment les Égyptiens, étoit sur-tout le haut degré de perfection
auquel ils étoient parvenus en musique et particulièrement dans le chant, et qu’on
ne connoissoit point alors de titre qui fût pour eux plus honorable que celui de
musicien ou de chanteur (6).
A u reste, ce qui doit nous persuader que cet art fut cultivé en Égypte avec
un tres-grand succès, et qu’il y fut démontré par des principes sûrs, c’est que les
plus célébrés musiciens-poëtes de l’antiquité, Mélampe, Musée, Orphée, Homère,
Z bZ ° rdTe] P 'at° " emP.,OÎe ?OUVent Ie mot Je l’èpithète ' m j Ê k pour lignifier l'ordre ■
m iô u l 1 , 1 anC' enS P° eKS, T qUCS’ ‘ ra8i<IUeS et COJ Parfa!t avec lequel une chose quelconque étoit exécutée,
.iôn s e i Î r ™ W P | 1 B | aa“ P- H g H Pae « eo rp ie , pour exprimer l'ordre parfait qui
. . . . 'to it observe dans une armée rangée en bataille. T o u t
( . ) L a musique est tellement subordonnée à l'ordre, ceci deviendra plus clair quand nous expliquerons, an. IV
Tie ûi°”r t o T eÜ "e - em a “ a ° " 7 mé’°' “ 1"’™" lanti<Iue " ' “ «que des Égyptiens a ie m une bonne harmonie avec des sons dont les rap- mier état. dans son preports
ne peuvent s’ordonner entre eu x, mais encore qu’il ( 3 ) y oycz 1>art , y d . a ■
est impossible d employer musicalement des sons dont les (4 ) ÆschyJ. Suppl. init.
vibrations ne sont pas régulières et isochrones. Les Grecs ( y ) J ab lo n s li, Opuscule, ton,. I , pag. 56 v o ie
avoient distingue ces sons par le mot f«uixéf , qu’on "A P r o s .
Z : " T 0it Iie>" rC"dre “ lÊ k t ,u e par le n,0t mf‘°- 1 11 Paro!t quu u’étolt réellement cher les Égyptiens
v l u r ’ d " eStP,°,nt “ T reÇU e* " a P ° inI d’'îî ui- très-honorable, ’puisqu'il donnoit la préséance
ci ■se d é s h L ” 0Ire T " ' • S° " S C°mraireS à Parmi É hiérophantes, suivant que nous l'apprend Clé-
„ . . S ,Par le raot , v “ w > qu on ne pourrait ment d ’A lexandrie. II en étoit de même parmi les lévites
fa 1 Les an“ ' fe ^ ^ chez les Hébreux, parmi les druides chez 1 es S
Les anc,cns m K m Gr' “ te son, aussi servis quel- et sans doute alors par-tout.
Terpandre, Thalès et Pythagore, sont précisément ceux qùi ont été formés à
l’école des Égyptiens, et qu’aucun autre’ depuis ne paroît avoir ni mérité autant
d’estime ni joui d’une aussi grande considération qu’eux.
Peut-être les préjugés qu’a fait naître notre musique moderne, nous font-ils taxer
d’exagération dans ce moment; mais tout le monde ne sait pas, sans doute, que la
musique dont nous parlons étoit fort différente de celle que nous pratiquons aujourd’hui,
laquelle n’est réellement qu’un abus et une dépravation de l’art.
La vérité, la beauté, l’énergie et la grâce de l’expression faisoient l’objet essentiel
de l’antique musique ; l’imposante et sublime simplicité que lui donnoit un heureux
choix des seuls moyens nécessaires de l’art, rendoit toujours infaillible la puissance de
ses effets ; les ornemens et les difficultés y sembloient plus propres à favoriser la
vaniteuse ostentation de l’artiste qu’à atteindre au but de l’art. Dans notre musique
moderne, au contraire, les ornemens et les difficultés sont en quelque sorte ce qui
constitue l'art; sans eux l’artiste disparoît aux yeux du connoisseur vulgaire : la vérité,
1 énergie, la beauté et la grâce de l’expression sont des qualités auxquelles notre
goût est en général si peu disposé, qu’on n’en fait presque aucun cas aujourd’hui.
Dans la haute antiquité, tout porte un caractère de gravité et de raison; tout,
dans les siècles postérieurs et principalement dans les siècles modernes, offre un
caractère de frivolité ou décèle des recherches oiseuses et laborieusement futiles.
Nous n avons pas de musique de deux à- trois mille ans ; mais, si nous en avions,
il n’est pas douteux que nous sentirions et que nous serions forcés de convenir
que la plus ancienne étoit la plus belle et la plus parfaite. Nous pouvons cependant
encore en juger par la comparaison des productions des autres arts; de l’éloquence,
par exemple, qui a plus d’affinité avec cette antique musique. Qu’on examine seulement
ce qui distingue l’éloquence de Démosthène de celle de Cicéron, et l’on
verra que, dans le premier, la force des raisons l’emporte sur les figures et les
images, tandis que dans le second, au contraire, les figures et les images semblent
y dominer et mettre à découvert tout le mécanisme de l’art. En poésie, en peinture,
en architecture, en tout, nous trouverions une semblable différence. Combien
nos plus beaux chefs-d’oeuvre de sculpture ne sont-ils pas encore au-dessous de
l’Apolldn Pythien et du Laocoon !
Tout nous atteste irrécusablement que les arts se sont éloignés davantage de
leur véritable but, à mesure qu’ils se sont rapprochés des temps modernes, et que
Ion s’est plus occupé de leurs moyens que de leur objet; aussi sont-ifs devenus,
dans la même proportion, moins utiles, et par conséquent moins estimables. La
musique actuelle, déchue du haut'degré d’importance qu’elle avoit jadis , dénuée
de cette puissance qu’elle exerçoit sur les moeurs dans la haute antiquité
et particulièrement chez les Égyptiens, n’offrant plus, dans l’état de dépravation
qui l’avilit et la dénature aujourd’hui, ou n’offrant que très-peu de rapports qui lui
soient communs avec son ancien état ; la différence étonnante qui existe entre ce
qu’elle est et ce qu’elle fut dans l’antique Égypte, l’intervalle immense qu’il nous
faudrait franchir d’un seul élan pour nous transporter à une époque aussi éloignée
que celle où nous sommes obligés de remonter, et mille autres raisons encore, nous