
§. 12. LA BALANCE.
D a n s des zodiaques Égyptiens , la balance n’est point omise, ni remplacée par
les serres du scorpion, comme on auroit pu le présumer : elle occupe une des
douze places réservées aux signes du zodiaque, et elle est représentée avec deux
bassins.
Au grand temple d Esné, la balance est portée par une femme qui n’est pas la
vierge | |
Ce signe est un de ceux qui sont tombés avec une partie du plafond du petit
temple d’Esné.
Nous n entreprendrons pas de longues discussions pour prouver que la constellation
de la balance étoit connue des Égyptiens antérieurement aux siècles
d’Hipparque, d’Ératosthène et d’Eudoxe : la question nous semble résolue par le
fait de l’existence de cet astérisme aux plafonds des temples d’Esné et de Den-
derah; car, dans l’état actuel de nos connoissances relativement aux antiquités
Egyptiennes, il n est plus possible de croire que l'érection de ces temples soit postérieure
à Hipparque.
Néanmoins nous résumerons en peu de mots les opinions contradictoires
savamment exposées par Dupuis et par M. Testa, et nous y ajouterons seulement
quelques observations.
§ EucIoxe et Aratus ne font pas mention de la balance. Le commentaire que
ion a attribué à Hipparquè et même à Ératosthène, et dans lequel on trouve
une indication de la balance, n’est pas, dit-on, d’une authenticité bien démontrée
(2). Nous avons vu que, s’il n’est ni d’Hipparque ni d’Ératosthène, il
n en est pas moins d’une haute antiquité ; et peut-être le doute que l’on a eu sur
son authenticité, ne vient-il originairement que de la désignation qu’on y trouve
de la balance sous le nom de Çuyds ; ce qui contrarioit les idées que l’on avoit à
ce sujet.
A u temps de Varron, de Cicéron et de Manilius, on se servoit indifféremment
des mots de clieloe ou de libra.
On s est singulièrement trompé quand on a voulu voir deux constellations différentes
dans la balance et dans les serres. Il est évident que c’est la même constellation
quia changé de nom. Macrobe et Achille Tatius le disent positivement, et
1 on ne peut le nier sans admettre l’absurdité de treize signes du zodiaque.
L e changement du nom de j/nA » , chcloe, serres, en celui de Çuyo'ç, libra, balance,
s est fait dans 1 école d’Alexandrie ; cela n’est point douteux : mais il s’agit de savoir
si ce nom etoit tout-à-fait nouveau, ou si la constellation a seulement repris son
ancien nom Egyptien.
II est probable que les savans d’Alexandrie, soit en fréquentant les Égyptiens,
soit en consultant leurs manuscrits, ont retrouvé la balance avec sa figure ét sa
( l) A ’bd el-Rahman dit qu'on avoit aussi dessiné sur (a) V o y e z la Dissertmwn de M. Testa sur deux 7o-
quelques sphères, au heu d une balance isolée, la figure diaquesnmvellcmcn, dknuvms en Éuypte, pag. 62 et su iv '
d un homme portant une petite balance à la main. (Note de la traduction Française, Paris, f L communiquée par M. Sédillot.)
dénomination anciennes, et l’ont donnée comme une de leurs inventions, ainsi
qu’ils l’ont fait pour beaucoup de choses bien plus importantes.
D ’ailleurs on doit remarquer que la balance a deux bassins : cet instrument simple,
et tout-à-fait dans le goût Égyptien, est représenté de la même manière sur un grand
nombre de bas-reliefs, soit dans les temples, soit dans les hypogées et sur les papyrus
des momies. Elle est employée dans son sens propre, comme une représentation
de l’instrument.en usage, et dans un sens figuré et allégorique. Il étoit donc naturel
que les Égyptiens l’employassent dans leurs zodiaques, pour annoncer l’équinoxe.
§. 13. LE CENTAURE ET LE LOUP.
L e s zodiaques Égyptiens n’offrent rien qui ressemble au centaure, si ce n’est le
sagittaire. Mais le sagittaire des Égyptiens a la même forme que celui des Grecs,
dont il est évidemment le type. On ne peut donc y voir en même temps l’origine
du centaure, dont la place dans le ciel est d’ailleurs assez éloignée de celle du sar
gittaire : on remarque seulement qu’ils se regardent, et sont tous les deux tournés
du côté de l’autel et du scorpion.
II existe une tradition qui porteroit à croire que le centaure a pu être transporté
près des poissons, comme paranatellon de ce signe, qui se lève quand le centaure
se couche. Hygin (i) prétend que ce personnage , l’animal qu’il tient renversé
devant lui, et l’autel, sont les symboles d’un sacrifice. Suivant Ératosthène (2), le
centaure tient dans ses mains, près de l’autel, un certain animal qu’il paroît vouloir
sacrifier. En effet, dans le grand zodiaque de Denderah, on voit, près du verseau
et des poissons, un homme qui tient d’une main un couteau de sacrifice, et de
l’autre un animal ressemblant à un loup ou à un chacal, qu’il est prêt à immoler ; à
côté sont des victimes déjà frappées. Le zodiaque circulaire présente aussi à la
même place une scène semblable.
Le planisphère du P. Kircher renferme plusieurs figures analogues à celles
dont nous venons de parler. Sous le n.° 15, est un homme qui sacrifie un quadrupède
: cet emblème est parfaitement reconnoissable dans ■ les deux zodiaques de
Denderah; seulement sa place n’est pas la même. Sous le n.? 25, 011 v° it un
personnage qui frappe d’un coup de lance un animal Typhonien : cet embleme
rappelle l’homme menaçant une espèce de boeuf du grand zodiaque de Denderah;
mais il est dans une situation entièrement opposée. Ces transpositions résultent
peut-être des changemens faits par Kircher au dessin de Schalta.
Observation.
Nos principales inductions,dans quelques-uns des articles précédens, sont tirées
de la situation respective des constellations ; et nous avons eu recours sur-tout au
zodiaque circulaire, parce qu’il a, plus qu’aucun autre, l’apparence d’un planisphère
céleste. En effet, si l’on suppose la sphère projetée sur un cercle dont le pôle du
monde occuperoit le centre et dont les méridiens formeroient les rayons, on aura
( 1 ) H y g in . Poel. astron. lib. I I , cap. 38. (2) Eratosth. Cataster. XL.