
siècles avant la guerre de Troie (i), enseigna aux Grecs l’art de toucher les instrumens
à cordes/l Cet, art n’étoit donc pas encore connu en Égypte, car alors
Musée et Orphée en auraient adopté l’usage, au lieu que rien ne nous laisse même
entrevoir qu’ils en aient eu la plus légère connoissance ; à moins qu’on ne veuille
conjpndre avec l’art de jouer de la lyre le talent d’en faire sonner à propos telle
ou telle corde, pour donner le ton au chanteur, ou pour l’y ramener, si par
hasard il s en. étoit é c a r té ,’
Quant à la flûte, Homère n’en parle que dans la description du bouclier d’A chille,
au x v iii.' livre de son Iliade, où elle se trouve unie à la cithare pour
accompagner les danses d ’une fête nuptiale (a): mais, quand il s’agit des danses
qui »voient heu a 1 époque des vendanges, il ne fait plus mention que de la cithare
seule, qui guide alors la voix des chanteurs (3). Ailleurs, il parle encore d’une
espece de petite flûte qu’il nomme syrinx (4) , dont les bergers se servoient pour
se recreer en conduisant leurs troupeaux : ce; qui fait voir que cet instrument étoit
encore en Grece très-grossier et dans un état d’abjection qui ne permettoit pas de
lempioyer dans des circonstánces de quelque importance; tandis que chez les
Hébreux, en moins de deux siècles, ce même instrument s’étoit déjà tellement
ennobli, quil n avoit pas paru indigne d’accompagner le chant des prophètes, ou
au moins les danses et autres mouvemeiis par lesquels ils s’excitoient à la prophétie :
et c est précisément là ce qui fait sentir davantage'combien les anciens Grecs se
montraient plus circonspects dans l’usage des instrumens de musique que ne le
ient ies Hébreux, qui, d’ailleurs, étoient plus près de la source des innovations
, puisqu ils habitoient en Asie.
Pour se convaincre que cette remarque n’est pas hasardée, il suffit de comparer
ce que dit le poëte Grec de l’usage de la flûte, avec ce que nous en apprend
Hesiode, qui étoit né en Asie, et qui probablement a donné les moeurs de son
pays aux personnages qu’il fait figurer dans ses ouvrages : il n’y a qu’à lire ce qui est
relatif a cet instrument dans son poëme qui a pour titre U Boiîclier d'Hmule et
on verra que ce poëte le représente comme servant à accompagner la voix dans
les choeurs, ainsr qu’à régler, conjointement avec le chant, les mouvemens de la
danse. Cette différence, très-sensible quand on y fait attention, vient nécessairement
¿ e celle des-.moeurs propres au pays de chacun de ces deux poëtes contemporains^
et de ce "qu’en Asie on se livroit avec ardeur à la recherche de
nouveauxAmoyens d’exécution dont on enrichissoit chaque jour les instrumens
lorsqu en Grece on étoit encore retenu par lés principes qui y avoient été apportés
dhgypte, soit par les Egyptiens eux-mêmes, soit par Mélampe ou par Orphée
et qu on y toléroit difficilement les innovations qui venoient d’ailleurs
Nous pouvons donc encore inférer de là que si alors la flûte étoit connue en
Egypte et si les Grecs en avoient emprunté l’usage des Égyptiens , ce qui n’est guère
probable ,1 art den jouer ne devoit pas être encore bien avancé chez ces derniers,
puisqu il etoit encore très-récent chez ceux mêmes qui J’avoient inventé; car il y a
i ' ï 7 ) T ' ! K.d; P3g' 66'- R e™rques de Burette, ibid. (3 ) Id. ibid v . 560,
H Ilmd- ‘¿•*vni,v.4s>;. (4) Id ibid v. jJ .l
D E l ’ A N j T I Q U E E G Y P T E . 4 1 3
encore fort loin de 1 action de souffler dans un chalumeau de , paille ou dans un
roseau pour en faire sortir un son, comme le faisoient les b,ergers dont parle
Homère, à l’art d’accompagner le chant et de régler les mouvemens de la danse
avec cet instrument, ainsi que nous l’apprend Hésiode, et à plus forte raison à
savoir moduler des airs sur la flûte, comme Hyagnis (i) et son fils Marsyas (2), ou à
pouvoir accompagner la voix, comme le faisoit Olympe^). $
Jamais aussi les anciens poëtes Grecs 11e parlent de l’usajge d’accompagner la voix
avec la flûte, quand il s’agit des Grecs; ce qu’ils font au contraire, quand il s’agit
des peuples de l’Asie. Cet instrument étoit même si fort méprisé par les anciens
Grecs, que lorsqu’il fut introduit pour la première fois chez eux, ils l’abandonnèrent
à des esclaves Phrygiens (4) : c’est pourquoi les noms des premiers joueurs de'
flûte qui parurent en Grèce étoient en langue Phrygienne e t des noms d’esclaves ,
tels que ceux de Sambas, SAdon, dont parle Alcman (y),,et ceux de Kioit, de
Kodalos et de Babys, dont Hipponacte fait mention (6). Mais il y a tout lieu de croire
que ces premiers joueurs de flûte ne flattoient pas beaucoup l’oreille en Grèce,
puisqu’on y avoit mis en proverbe les noms de Kiomet de Babys pour signifier des
personnes qui ne s’accordent pas entre elles et qui font tout au plus mal à l’envi
les unes desiautres.
Ce n’étoit pas que les Grecs manquassent de goût ou d’aptitude pour jouer de
la flûte ; car dans la suite ils s'y livrèrent avec autant de succès que de passion, et
regardèrent même comme un mérite très-honorable d’en savoir bien jouer. « L ’art
» de jouer de la flûte, dit Aristote ( 7 ) , ne s’exerçoit autrefois en Grèce que par de
» petites gens ; il n’étoit pas honorable aux gens de la classe libre d’en jouer : mais,
y> après les victoires'que les Grecs remportèrent sur les Perses, le luxe et l’abon-
» dance de toutes choses leur firent rechercher les plaisirs et les délices ; l’usage de la
» flûte devint si commun parmi eux, qu’il étoit honteux de l’ignorer (8). » Cornélius
Népos rapporte qu’on comptoit au nombre des grandes qualités d’Épami-
nondas de savoir danser parfaitement et de jouer habilement de la flûte. Il étoit,
dit cet auteur, plus habile en tout qu’aucun Thébain; il avoit appris d’Olympio-
dore à chanter au son des flûtes, et de Calliphron à danser (9).
( i ) Chronique de Paros. D . Joan. Marsham, Chro- . eut l’impiété de blasphémer, contre ce .dieu, et .que dans
nicus Canon, Ægypt. Hebr. Crcec. cum Disquis. nd un accès de folieujl se-dontaa la nïorti- Byzant. Corp.
seculum i x , edit. sup. Apui. Flor. lib. i , ubi suprà. Plu- tom. X X I I I , pag. 3 1 . Voyez aussi-à ce sujet Cedrenus,
tarque, Dialogue sur la musique ancienne, pag. 66. Compend. hist. pag. 69 , Corp. Byzant.' tom, V I I .
(2 ) lid.Abid. Ovid. Fast. lib. V I , v. 705 et seqq. (3 ) Lucian. ibid. Plutarque, ibid. P. Fabric. Ago-
Lucian. Hàrmonides, Jean Malala, q u i, da'ns sa Ch rond- pisticon, lib. 1 , cap. 4.
graphie, place l’existence d’Orphée au temps où Gédéon ( 4) Athen. Deipn.^ib. X IV , cap. 5 , pag.-624.
goüvernoit les Israélites, c’est-à-dire, vers la moitié du (5) Apud Athen. tibi Suprà.
X III,* siècle avant J. C . , nous apprend aussi que Mar- (6 ) ld . ibid. Hipponacte inventa la parodie. Athen.
syas florissoit au temps de T h o la , descendant et suc- Deipn. lib. x v , cap. 14. 1
cesseur de Gédéon vers la fin du x m . c siècle. C e t auteur (7 ) D e Republ. lib. vm, cap. 6.
nous représente Marsyas comme l’ inventeur des flûtes (8) C e témoignage, comme on le v o it, n’a rien cféde
roseau. II nous rapporte que ce lu i-ci, enorgueilli de quivoque, et devient décisif dans la question .dont il s’agit
son ta len t, s’arrogea le titre de dieu., qu’il perdit la en ce moment.
raison, et alla se jeter dans un fleuve, qui depuis a porté (9 ) Eruditus autem sic, utnemo Thebanus magis. . . .
son nom. Les poëtes, suivant ce même auteur, ont feint carmina cantate tibiis ab OlyiUpiodoro, saltare à Calli-
que Marsyas avoit combattu contre Apollon, parce qu’il phrone [dociusj.