
Les momies remplies de résines aromatiques sont d’une couleur olivâtre ; la
peau est sèche, flexible, semblable à un cuir tanné ; elle est un peu retirée sur
elle-même, et ne paroît former qu’un seul corps avec les fibres et les os ; les traits
du visage sont reconnoissables et semblent être les mêmes que dans l’état de vie;
le ventre et la poitrine sont remplis d’un mélange de résines friables, en partie
solubles dans l’esprit-de-vin : ces résines n’ont aucune ordeur particulière capable
de les faire reconnoître; mais, jetées sur des charbons ardens, elles répandent une
fumee épaisse et une odeur fortement aromatique.
Ces momies sont très-sèches, légères, faciles à développer et à rompre ; elles
conservent encore toutes leurs dents, les cheveux et les poils des sourcils. Quelques-
unes ont été dorées sur toute la surface du corps; d’autres ne sont dorées que sur
le visage, sur les parties naturelles, sur les mains et sur les pieds. Ces dorures sont
communes a un assez grand nombre de momies, pour m’empêcher de partager
1 opinion de quelques voyageurs qui ont pensé qu’elles décoroient seulement les
■corps des princes ou des personnes dun rang très-distingué. Ces momies qui ont
été préparées avec beaucoup de soin, sont inaltérables, tant qu’on les conserve dans
un lieu sec; mais, developpees et exposées à 1 air, elles attirent promptement l'humidité
, et au bout de quelques jours elles répandent une odeur désagréable.
Les momies remplies de bitume pur ont une couleur noirâtre ; la peau est dure,
luisante comme si elle avoit été couverte d’un vernis; les traits du visage ne sont
point altérés ; le ventre, la poitrine et la tête sont remplis d’une substance résineuse
, noire, .dure, ayant peu d odeur : cette matière que j’ai retirée de l’intérieur
de plusieurs momies, m’a présenté les mêmes caractères physiques et a donné à
1 analyse chimique les mêmes résultats que le bitume de Judée qui se trouve dans
le commerce. Ces sortes de momies qu’on rencontre assez communément dans
tous les caveaux, sont sèches, pesantes, sans odeur, difficiles à développer et à
rompre. Presque toutes ont le visage, les parties naturelles, les mains et les pieds
dorés : elles paroissent avoir été préparées avec beaucoup de soin ; elles sont très-
peu susceptibles de s’altérer et n’attirent point l’humidité de l’air.
Les momies ayant une inGision sur le côté gauche, et qui ont été salées, sont
également remplies, les unes de substances résineuses, et les autres d’asphalte.
Ces deux sortes diffèrent peu des précédentes : la peau a aussi une couleur noirâtre
; mais elle est dure, lisse et tendue comme du parchemin ; il se trouve un
vide au-dessous; elle n’est point collée sur les os; les résines et le bitume qui ont
été injectés dans le ventre et dans la poitrine, sont moins friables, et ne conservent
aucune odeur; les traits du visage sont un peu altérés; on ne retrouve que très-
peu de cheveux, qui tombent lorsqu’on les touche. Ces deux sortes de momies se
trouvent en tres-grand nombre dans tous les caveaux: lorsqu’elles sont développées,
si on les expose à l’air, elles en absorbent l’humidité, et elles se couvrent
d’une légère efflorescence saline que j’ai reconnue pour être du sulfate de
soude.
z.° Parmi les momies qui n’ont point d’incision sur le côté gauche ni sur
aucune autre partie du corps, et dont on a retiré les intestins par le fondement,
j’en distingue aussi deux sortes ; celles qui ont été salées, ensuite remplies de cette
matière bitumineuse moins pure que les naturalistes et les historiens appellent
pisasphalte ( i ), et celles qui ont été seulement salées.
Pour parvenir à faire sortir les intestins sans ouvrir le bas-ventre, selon Hérodote,
on injectoit du cedria par le fondement; et pour les pauvres, on se servoit
d une liqueur composée_, appelée surmaïa, qui, au bout de quelques jours, entraînoit
les viscères. Comme on ne peut pas supposer que la résine du cèdre, qui n’est .que
balsamique, ait eu la propriété de dissoudre les intestins, non plus que cette prétendue
liqueur purgative désignée dans le. texte Grec par le nom de surmena, il
est beaucoup plus naturel de croire que ces injections étoient composées d’une
solution de natrum rendue caustique, qui dissolvoit les viscères ; et qu’après avoir
fait sortir les maderes contenues dans les intestins, les embaumeurs remplissoient
le ventre de cedria ou d’une autre résine liquide qui se desséchoit avec le corps.
Les momies salées qui sont remplies de pisasphalte, ne conservent plus aucun
trait reconnoissable ; non-seulement toutes les cavités du corps ont été remplies
de ce bitume, mais la surface en est aussi couverte. Cette matière a tellement pénétré
la peau, les muscles et les o s , qu’elle ne forme avec eux qu’une seule et
même masse.
En examinant ces momies, on est porté à croire que la madère bitumineuse
a été injectée très-chaude, ou que les cadavres ont été plongés dans une chaudière
contenant ce bitume en liquéfaction. Ces sortes de momies, les plus communes et
les plus nombreuses de toutes celles qu’on rencontre dans les caveaux, sont noires,
dures, pesantes, d’une odeur pénétrante et désagréable ; elles sont très-difficiles à
rompre; elles n’ont plus ni cheveux ni sourcils; on n’y trouve aucune dorure.
Quelques-unes seulement ont la paume des mains, la plante des pieds, les ongles
des doigts et des orteils teints en rouge, de cette même couleur dont les naturels
de l’Egypte se teignent encore aujourd’hui [avec le henné (2)] la paume des mains
et les ongles des doigts. La matière bitumineuse que j’en ai retirée, est grasse au
toucher, moins noire et moins cassante que l’asphalte ; elle laisse à tout ce qu’elle
touche une odeur forte et pénétrante ; elle ne se dissout qu’imparfaitement dans
1 alcool ; jetée sur des charbons ardens, elle répand une fumée épaisse et une odeur
désagréable; distillée, elle donne une huile abondante, grasse, d’une couleur brune
et d une odeur fétide. Ce sont ces espèces de momies que les Arabes et les habitans
des lieux voisins de la plaine de Saqqârah vendoient autrefois aux Européens, et qui
étoient envoyées dans le commerce pour l’usage de la médecine et de la peinture,
ou comme objets d antiquité : on les choisissoit parmi celles qui étoient remplies
de bitume de Judée, puisque c’est à cette matière qui avoit long-temps séjourné
dans les cadavres, qu on attribuoit autrefois des propriétés médicinales si merveilleuses
, cette substance, qui etoit nommee baume de momie, a été ensuite très-
recherchée pour la peinture : c’est pour cela que l’on n’a connu d’abord en France
( 1 ) Pisasphalte, bitumcn pîssasphaltum, bitume qui odeur forte et pénétrante ; les Égyptiens Femployoient
tient le milieu entre le pétrole et i’asphalte; ii a été nommé pour les embaumemens communs.
poix minérale, à cause de sa consistance molle et de son (2 ) Lawsonia inermis, Forsk. Flor. Ægypt.
odeur de poix. Cette substance a une couleur noire, une
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