
car on n’a que trop souvent tronqué les passages des anciens, pour les ajuster en
quelque sorte’ a un cadre imaginaire fourni par des relations inexactes.
I. D u Fayoum, e t du B a h r-Y o u se f, ou Canal de Joseph.
A u couchant de Beny-soueyf, et à deux myriamètres [quatre lieues ( i) .] environ
de cette ville, s’ouvre une gorge étroite dans la chaîne de montagnes qui suit la
rive gauche du Nil. Cette ouverture, dirigée du levant au couchant, ne s’élargit
quau hout de deux lieues; alors la chaîne s’écarte brusquement vers le nord et le
sud, pour former à 1 ouest de. 1 Égypte un vaste bassin qui a près de vingt-cinq
myriametres [cinquante lieues] de circuit. On ignore encore aujourd’hui si ce
bassin est réellement ouvert du côté de la Libye, dans l’endroit où toutes les
cartes marquent l’origine du Bahr-belâ-mâ, ou mer sans eau. Au nord-est et vers
Tamyeh, est une coupure qui mène au Kaire à travers le désert; vers le sud, la
chaîne s’ouvre encore, e t , par un contour qu’elle forme, donne naissance à un
nouveau bassin [2]. L espace compris dans ces developpemens de la montagne
constitue la province du Fayoum, la même que le nome d’Arsinoé, ville dont les
ruines se voient encore près de la capitale actuelle. Cette province reçoit les eaux
du Nil par le Bahr-Yousefou canal de Joseph, qui, à l’entrée de la gorge, fait un
coude à angle droit pour y pénétrer. Arrivé à Medynet el-Fayoum, il se divise en
un grand nombre de canaux qui, par une distribution bien entendue, vont arroser
et fertiliser tous les villages. Cette province est encore, comme chez les anciens,
une des mieux cultivées et des plus riches de l'Egypte; et les campagnes, à quinze
lieues du Nil, y sont aussi fertiles que les parties voisines du fleuve. Mais la négligence
apportée dans l’entretien des canaux a enlevé à l’agriculture une moitié des
terres cultivahles. Le bassin renferme plus de cent lieues carrées, e t, sur environ
soixante que l’on pourroit mettre en production, l’on en compte à peine trente
qui soient cultivées. Les terres abandonnées se sont peu à peu couvertes de sable •
et la partie occidentale du Fayoum, qui a dû autrefois être cultivée, puisqu’on y
voit des restes considérables d’habitations, est transformée aujourd’hui en un désert
absolu.
Le mauvais état des canaux et l’ensablement des terres ont amené un autre
changement non moins funeste à la culture. Il n’y a maintenant dans les trente
lieues cultivées qu’environ soixante villages. Vansleb, qui voyageoiten 16 73, en
a compté soixante-deux (3); et Granger, en 1730, n’en a compté que soixante-
un (4 ). Il n y a donc dans le Fayoum, depuis assez long-temps, que deux villages
par lieue carrée (5) ; tandis qu’il y en a trois dans les autres provinces fertiles de
(1) Je me sers, dans tout ce Mémoire, de la lieue de membre de la Commission des sciences et arts, éditeur
au eêre* des Recherches sur les costumes des anciens peuples.
(2) C e bassin renferme le lac appelé Garaq, dont les eaux (3) Relation d’un voyage en Égypte, par le P . Vansleb;
sont douces et servent à l’ irrigation ; elles lui viennent du P aris, 1 7 7 7 } page 277. -
Ni!, Voyei, dans l’Atlas géographique d’É gypte, la carte (4) Voyage de Granger, Paris$ 1 7 . page 149.
du Fayoum, où l’on a tracé la reconnoissance faite au (5) Sur les anciens registres, l’on compte qnatre-vingtnord
du lac et dans le sud du Fayoum par M. Martin, huit villages dans le Fayoum,
J’Ëgypte,
E gyp te, et en particulier dans celle du Kaire, où l’on compte, dans quarante*
quatre lieues carrées,, cent trente-six villages non moins peuplés que ceux du
Fayoum.
Malgré cette dépopulation, le territoire du Fayoum est encore un des meilleurs
de la contrée. Les champs sont couverts de grains, de légumes de tout genre, et
de cultures précieuses (i). Outre les arbres communs au reste de l’Égypte, on y
trouve abondamment de beaux oliviers, des figuiers, et les jardins fournissent des
fruits de plusieurs espèces. Tout le monde sait qu’il y a de grandes plantations de
rosiers dans cette province de l’Égypte, et qu’elle est la seule qui ait des vignobles.’
Elle différé aussi des autres par la variété de ses campagnes, par l’aspect assez pittoresque
du sol, souvent coupé de ravins et de canaux, ainsi que par ses villages
beaucoup mieux bâtis, et par un certain air . d’aisance qui est généralement
répandu.
Je najouterai rien de plus.sur le Fayoum, parce que d’autres personnes feront
connoître en détail létat de cette province , et que mon objet est seulement de
re voir qu’il y a encore quelques rapports entre son état actuel et celui du
nome Arsinoïte du temps de Strabon. « Cette préfecture, dit le géographe, sur-
» passe toutes les autres par son aspect, sa fertilité et sa culture. C ’est la seule qui
» produise de bonnes olives; et avec du soin, l’on y recueille de l’huile excellente ;
» elle fournit aussi beaucoup de vin, de bons fruits, de blé, de légumes et de grains
» de toute espèce (2). »
Cette description auroit fait retrouver à elle seule la position du nome Arsinoïte,
si on ne l’eût connue d’ailleurs.
Le canal qui arrose le Fayoum, conserve de l’eau toute l’année. Ses bords,
garnis de saules, de tamariscs et de plantes diverses, offrent une verdure agréable *
sur-tout aux environs dHaouârah el-Lahoun, où la proximité du désert donne
encore plus d’agrément aux rives du canal. Ce village, situé en dedans du coude
que fait le Bahr-Yousef pour entrer dans la gorge, est bâti sur les bords du canal.
Un peu au-dessus, l’on remarque un premier pont en pierre, de trois arches, par
ou les eaux s ecoulent, en formant une chute d’un mètre environ dans les basses
eaux ; au nord est une chaussée qui s’appuie sur la montagne à el-Lahoun, et le
long de laquelle s’écoulent en partie les eaux du canal dans le temps de /’inondation
: ces eaux continuent de longer, vers le nord, le pied de la chaîne Libyque,
et reçoivent, dans leur cours, divers canaux du Nil. Cette direction doit avoir été
celle d une ancienne branche du fleuve, comme on le verra plus tard. Ce qui
est digne de remarque, c’est qu’entre Haouârah et Medynet el-Fayoum on trouve
plusieurs points où le rocher sert de lit aux eaux du canal.
Arrive au village dHaouârah-el-Soghâyr, le canal de Joseph sedétournoit autrefois
vers le nord par une branche fort large, et il sè rendoit par Tamyeh dans le lac
... * ') Les. PrmclPa,es Plantes cuItivées sont le. co ton , l’opuntia s’y trouve en grande quantité, sur-tout près de
ind igo, le Un et le tabac ; et parmi les plantes ali-, Fydymyn, formant des haies de jardin, ainsi quele grand
mentaires, le doura et les autres grains, le sucre, les , asclépias appelé giganlea, en arbrisseau,
feves, le lupin, les lentilles, et le guilban (espèce de gesse): (a) Strab. /. XV u . (V o y e z , in/ni, p . ,,2 .)