
une représentation tout-à-fait analogue au planisphère de Denderah. Cela est surtout
remarquable pour la bande zodiacale, qui, suivant cette méthode de projection,
doit être tracée entre deux cercles dont le centre commun est au pôle de 1 eclip-
tique; car, dans le bas-relief de Denderah, les douze signes sont situés de cette
manière par rapport au milieu du tableau. Si l’on cherche à tracer un anneau qui
renferme le plus exactement possible les douze signes, on trouve que son centre
doit etre sur un rayon passant par le cancer, cet astérisme étant au-dessus de la tête
du lion et plus voisin du pôle qu’aucune autre constellation zodiacale. Cette
disposition correspond évidemment à l’époque où le point solsticial étoit dans
la partie du cancer la plus voisine du lion.
En admettant que le zodiaque circulaire est un planisphère céleste, on peut s’en
servir avec avantage pour reconnoître les constellations, ainsi que nous l’avons fait
pour le centaure; mais on doit bien se garder de croire qu’une exactitude mathématique
a présidé à sa construction. Une circonstance prouve le contraire d’une
manière incontestable : c’est que le cercle dont le centre est au pôle du monde, et
qui seroit tangent intérieurement à l’anneau des signes, passe par le centre de cet
anneau, qui est le pôle de l’écliptique, .avec une telle exactitude, que l’on croiroit
qu il y a eu de 1 intention de la part de l’auteur. Cependant cela ne peut être exact,
puisque l’un des points est à 23 degrés et demi du pôle du monde, et que l’autre
est à y 1 degrés 30 minutes du même pôle, en supposant 30 degrés de largeur totale
à la zone de l’écliptique qui renferme les signes.
Les zodiaques par bandes sont aussi des planisphères : mais ils sont construits
suivant une autre méthode ; c’est simplement la zone zodiacale que l’on a développée
, en plaçant en haut le côté du nord. Les méridiens, dans ce cas, sont
représentés par des perpendiculaires à la ligne d’horizon du tableau, c’est-à-dire,
à celle sur laquelle les figures sont censées marcher.
§ . l 4 - L E S E R P E N T A I R E E T L E S E R P E N T .
L e serpentaire est représenté par un homme tenant dans ses deux mains un
serpent (i).L a sphère des Maures y représente une cigogne ou une grue placée
sur un serpent (2).
Dans le grand zodiaque de Denderah, on voit immédiatement derrière le taureau
un homme portant un serpent qu’il tient à deux mains : c’est le serpentaire et
le serpent, qui se levoient au coucher du taureau. Ce personnage ne se trouve
qu une fois dans le zodiaque Égyptien, et .l’on peut dire que par lui-même il est
aussi reconnoissable qu’aucun des signes du zodiaque. Quant à la situation qu’il
occupe sur le monument, elle vient de son aspect paranatellontique avec le taureau.
Son déplacement seroit tout-à-fait inexplicable sans cette considération.
A la place correspondante du petit zodiaque de Denderah, on a représenté un
homme qui tient quelque chose d’analogue à un serpent; mais, ce qui est plus
remarquable, on voit au-delà, sur le même rayon, passant derrière le taureau, un
grand serpent à tête d'ibis.
(1 ) Eratosth. Cataster. V I , {2) Dupuis , Orig. des cultes, tom, I I I , part. I I , pag. 129.
A S T R O N O M I Q U E S D E S É G Y P T I E N S . 4 5 9
Cet emblème est le même que la cigogne montée sur un serpent de la sphère
des Maures. Nous avons eu l’occasion de reconnoître plusieurs fois que les Égyptiens
, au lieu de représenter l’un au-dessus de l’autre deux animaux différens, ne
dessinoient qu’un seul animal, ayant la tête de l’un et le corps de l’autre. Nous en
citerons ici un exemple : près de la tête du bouvier du zodiaque circulaire, oh
voit l’un au-dessous de l’autre un éper-vier et un boeuf. Le dessinateur du grand
zodiaque a mis, comme pour abréger, à la place correspondante, un épervierà
tête de boeuf. Ces sortes d’abréviations devoient être fort communes dans l’écriture
hiéroglyphique.
A u coucher du quatrième natçhtron, correspondant au taureau, lequel a pour
symbole la couleuvre, est le serpent du serpentaire, qu’on trouve, dit Dupuis (i),
dans le zodiaque du P. Kircher et dans celui de Denderah, comme paranatellon
du taureau.
Près du taureau et de son opposé le scorpion, on voit dans les divers zodiaques
beaucoup de serpens, qui peuvent ainsi avoir rapport au dragon voisin du pôle,
dont le lever a lieu avec celui du serpent.
La trentième division du scorpion, dans le catalogue de Scaliger, porte la désignation
de serpens magno capite.
§ . 1 5 . L E S C O R P I O N .
L e scorpion se lève droit et se couche la tête la première. II a près de lui ,
suivant Firmicus (2), le renard et Ophiuchus à sa droite, et à sa gauche le cynocéphale
et l’autel.
Le scorpion des zodiaques Égyptiens est représenté de la même manière. Il
tourne la tête du côté de la balance ou du couchant ; mais il ne peut avoir Ophiuchus
à sa droite, à moins qu’on ne suppose qu’il a le dos tourné du côté opposé
au centre de la sphère. Cette hypothèse est sans fondement et sans probabilité. Il
est plus croyable que Firmicus avoit sous les yeux un globe céleste, d’après lequel
il a fait sa description, et qu’il n’a pas fait attention qu’il se trôuvoit ainsi dans une
position tout-à-fait contraire à celle de l’observateur. Les projections des Égyptiens
sont plus Commodes que des sphères, parce qu elles représentent les astres dans
la même situation où le ciel les offre à nos regards.
Ophiuchus, dont la position est bien connue, nous met à portée de rectifier
une autre erreur de Firmicus; et il est évident que, par la droite du scorpion, cet
auteur a voulu dire le nord, et que la gauche est le midi. Cela est encore démontré
par un second passage du même auteur (3). « A gauche du belier, dit-il, se lève
» Orion. » Or on sait qu’Orion est une constellation australe (4 ). Cette explication
étoit indispensable pour comparer le récit de Firmicus aux zodiaques
Egyptiens.
(1) Mémoire explicatif du \odiaque chronologique,
Page 7- .
(2 ) -F irn iic . Astronomie, lib . V I I I , cap . 26.
(3) lbid. cap. 6.
(4) Les auteurs Arabes, pour éviter les méprises du
genre de celle qui a été faite par Firmicus, ont soin, dans
leurs livres, de représenter deux fois chaque constellation
; une fois suivant la sphère, et une autre fois suivant
le ciel. On voit qu’une des deux figures est la cor.tre-
épreuve de l’autre,