
que plus grande, et par conséquent plus opposée à l’ancienne extension du golfe
Arabique. °
Ptolémée l’astronome, quoiqu’écrivant après Marin de T y r , nous a donné la
meme mesure quHérodote (de mille stades) (1),
Le plus ancien des historiens Grecs, Hérodote, évalue (2) la longueur du canal
qui conduisoit de Bubaste vers le golfe Arabique, à quatre journées de navigation
: « mais, un chemm beaucoup plus court, ajoute-t-il, pour monter de la mer
» septentrionale [la mer Méditerranée] dans la mer australe [ la mer Rouge ] est
» daller par le mont Casius, qui sépare l’Égypte de la Syrie; car il n’y a de ce
» point jusqua la mer australe que mille stades. »
C e passage peut donner lieu, je l’avoue, à quelques difficultés, d’abord parce
que 1 on ne commît pas avec assez de précision la valeur du stade employé par
Herodote, qui n est ni le stade Olympique, ni le stade Macédonien de cinquante-
une toises, comme l’a cru d’Anville; en second lieu, parce qu’en adoptant la position
du mont Casius telle qu’on la trouve sur les cartes de ce dernier, il y auroit
une contradiction très - grossière dans le sens littéral de ce passage, Hérodote
ajoutant que « ce chemin est la plus courte distance d’une mer à l’autre. » Cé
nest point, suivant d’Anville, à partir du mont Casius, mais seulement d’un
point intermédiaire entre cette montagne et Péluse, que se trouve la plus courte
distance des deux mers.
Je ne m’arrête pas sur ces difficultés, parce que j’aurai occasion de démontrer
ailleurs que le stade dont il s’agit est une ancienne mesure Égyptienne, qui diffère
sensiblement du stade Macédonien , et se trouve liée à un système de mesures
parfaitement ordonné, qui ne permet pas de se tromper sur sa valeur h ). Je ferai
voir aussi que le mont Casius devoit être situé plus près de Péluse, et dans la
plus courte distance des deux mers.
Au surplus, je ne veux tirer aucune conséquence de ces assertions, dont j’omets
es preuves; mais, sans assigner aucune position au mont Casius, sans attribuer
aucune valeur au stade d’Hérodote, ce passage ne sera pas moins décisif pour
notre sujet. 1
Regardons pour un moment le fond des lacs amers comme l’ancienne extrémité
de la mer Rouge; consultons la carte de l’Égypte, et cherchons, d’après cet état
es lieux, les quatre journées de navigation indiquées depuis cette mer jusqu’à
Bubaste; a peine trouverons-nous alors, d’un point à l’autre, deux journées de
(0 Posidonius, antérieur à Marin de T y r et à S trabon,
agrandissoit encore davantage l'intervalle des deux mers’
et ne lui donnoit pas moins de quinze cents stades.- Le
stade dont se serrait ordinairement Posidonius, étoit de
six cent soixante-six deux tiers au degré du méridien.
Strab on, qui nous rapporte cette mesure, observe lui-
même qu’elle est au-delà de la vérité.
(2) Euterpe, cap. 48.
(3) Je crois pouvoir démontrer que tout le système
des mesures Égyptiennes étoit fondé sur la division successive
de la circonférence de la terre en trois cent
soixante degrés; du degré en trois cent soixante parties,
et ainsi du reste; que chacune de ces grandes divisions
se partageoit ensuite en trois, en douze et en trente parties.
Outre les preuves qui appuient le système en général,
je fournirai, pour chaque mesure en particulier, des
preuves directes, indépendantes de toute espèce de système;
et de plus, ce qui pourra servir de confirmation,
on verra que l’on peut par-là résoudre une multitude de
difficultés sur les connoissances géographiques et astronomiques
des Egyptiens, lesquelles, jusqu’à présent, avoient
paru insolubles. ,
navigation : il faudra absolument faire reculer la mer jusqu’auprès de Suez, pour
trouver les quatre journées, et elles ne seront que médiocres.
Si nous examinons ensuite 1 autre condition indiquée par Herodote, nous voyons
que, loin d’être la plus courte, la route de la Méditerranée au fond du golfe seroit
au contraire presque deux fois aussi longue que le canal dérivé de Bubaste vers ce
point : ainsi il faudrait encore placer le fond du golfe comme il est aujourd’hui,
pour satisfaire à l’indication du père de l’histoire. Si l’on supposoit le golfe prolongé
jusqu’aux ruines d’Abou-Keycheyd, ce qu’il faudrait faire si l’on prenoit ces ruines
pour celles dHeroopolis, la contradiction nen deviendrait que plus manifeste.
Remarquez qu en général les mesures des autres écrivains sont toutes un peu
trop fortes ; elles portent 1 extrémité de la mer Rouge plus au sud que nous ne la
voyons aujourdhui : il seroit donc bien étrange qu’on partît de là pour la supposer
, du temps de ces auteurs, prolongée jusqu’au centre de l’isthme.
Strabon nous fournit une autre donnée pour cette question, lorsqu’il indique
le fond du golfe a mille stades du parallèle d’Alexandrie. Cette distance, qui
paraît empruntée dÉratosthene, est, a peu de chose près, celle qui résulte des
observations astronomiques de M. Nouet (Suez étant à 290 59 de latitude,
Alexandrie à 3 t° 13'). L ’évaluation de Strabon porte donc l’extrémité du golfe un
peu trop au sud, loin de le rapprocher vers le nord.
Le témoignage de Ptolémée sur la distance des deux parallèles est conforme
à celui de Strabon.
Tous les auteurs de 1 antiquité sont d accord a cet égard : bien antérieurement
à Strabon, sous le règne de Ptolémée Philométor, Agatharçhides, décrivant
la cote de la mer Rouge, indiquoit pour le point de départ des vaisseaux la
ville d Arsinoe, dont la position est bien connue près de l’extrémité actuelle du
golfe ; Diodore de Sicile fait la même chose.
Pline et plusieurs autres écrivains nous fourniraient encore diverses preuves ;
mais il devient d autant plus inutile d insister sur ce point, que toutes les questions
que nous traiterons doivent confirmer les précédentes.
C H A P I T R E VI.
Réfutation de l Opinion de d A nville sur la position d ’Héroopolis.
J e ne m arrête pas à combattre quelques écrivains modernes (entre autres, le
P.Sicard), qui, s appuyant de 1 autorité de Ptolémée, croient pouvoir placer Héroo-
polis dans 1 emplacement d’Ageroud, à deux myriamètres des bords de la mer. Ces
auteurs comparaient la latitude donnée par l’ancien géographe , avec les fausses
observations qu’on avoit de leur temps. Les observations récentes de M. Nouet,
en montrant 1 erreur des précédentes, ont détruit le fondement de leur opinion,
qui d’ailleurs se trouvera implicitement réfutée dans ce qui nous reste à dire.
Selon d Anville, « fi fàlloit sentir quelque répugnance à attribua; ainsi à cette
» ville, qui ne paraît pas de peu de considération dans l’ancienne Égypte, une