
ne consistoit que dans les gestes et les pas, étoit toujours dirigée par ia musique, et
c est celle que Platon nomme chorée. iTa première étoit plus spécialement enseignée
a ceux qui etoient destinés au métier de la guerre, la seconde entroit dans l’éducation
de tous.
On feroit un traité très-complet de la musique des Égyptiens, si l’on vouloit
suivre Platon dans tous les détails où rif est entré sur la manière d’enseigner,
d etudier et d exercer cet art chez eux ; car on ne peut pas supposer que ce qu’il
dit des principes et des règles qu’on doit suivre en musique, il l’ait emprunté de la
musique des Grecs, dont il déplorpla dépravation et censure les ridicules abus, ni
de celle des Asiatiques, dont il rejette absolument tous les genres, si l'on en excepte
celui qui etoit connu sous le nom d harmonie Phrygienne, et qui n’étoit réellement
autre chose qu une espece de chant dithyrambique d’origine Égyptienne ; tandis
qu il parle toujours avec admiratioq de la perfection de la musique des Égyptiens.
Il est aise de se persuader que tout ce quil veut établir relativement à cet art,
il l’avoit appris en Égypte, où cela existoit, et non ailleurs ; et il pouvoit d’autant
mieux en juger, que lui-même avoit auparavant étudié cet art en Grèce sous un
excellent maître, et quil y avoit deja des Connoissances très-approfondies lorsqu’il
alla en Égypte.
Dans la méthode d enseigner cet art, de même que dans celle d’enseigner toutes
les autres sciences, les Égyptiens avoient soin de rappeler toujours l’attention vers
les phénomènes de la.nature ; et comme 1 astronomie étoit aussi une de leurs, principales
etudes, quelle l’êur etoit indispensable pour régler les travaux de l’iqjjri-
culture, lesquels sont, en Égypte, subordonnés au débordement du Nil., dont
1 époque, 1 accroissement, la hauteur et la durée, peuvent être présagés parifiob-
servation des astres, ils avoient aussi associé à,cette science la musique, en
faisant correspondre les principaux sons de leur" système musical aux troi^ysaisons
de l’année, ainsi que nous l’avons pu remarquer dans l’accord de la lyre de
Mercure. Il y a apparence aussi quils faisoient correspondre également aux, sept
planètes les sept sons diatoniques, quils dcsignoient par les sept voyelles, selon que
nous 1 apprend Demetrius de Phalere (i) en disant que les Égyptiens chantoient des
hymnes sur les sept voyelles ;■ ce qui signifie, selon nous, qu’ils avoient des hymnes
composées sur chacun des sept tons, et qu’ils les chantoient dans leurPtemples.
Cet usage de faire correspondre les sept sons aux sept planètes (a) avoit chez^les
Égyptiens un motif qu il ne pouvoit avoir chez les Grecs, qui l’avoient également*
adopté; et, en venant jusquanous (3), il est devenu absolument sans fondement
et sans raison.
Vraisemblablement les Arabes, qui ont fait aussi correspondre les sept sons
diatoniques aux sept planetes, n ont fait que suivre et perpétuer ce qui étoit établi
( 1 ) D e Elocutione, pag. 6$ , in-S." autres, cette correspondance; ils retendirent à tous les
(2) V o y e z le Tintée de Platon, et Plutarqu^ T r a it é d é * sons du diagramme musical, et ajoutèrent a u ? p o è t e s
a créûnon,4e l ame. les puissances célestes.-‘recon9ues par la religion, chré-
(3) Les Latins et les Français, jusque dans le douzième tienne, telles que les anges, les;archanges, les trônes, les
siecle, faisoient aussi correspondre les sons de leur système dominations, &c.
musical aux planètes : ils poussèrent même plus loin que les
chez les Égyptiens. Peut-être ont-ils emprunté dé ceux-ci les rapports qu’ils ont
établis entre les quatre sons de chaque tétrâcorde, les quatre 'élémens, le feu, l’air,
l’eau, la terre, et les quatre tempéramens, le bilieux, le sanguin, le flegmatique
et l’atrabilaire, en rapportant le son le plus aigu au feu et au tempérament bilieux;
le second, en descendant, à l’air et au tempérament sanguin ; le troisième, à l’eau et
au tempérament flegmatique ; enfin le quatrième et le plus grave, à la terre et au
tempérament atrabilaire. On pourrait en dire autant de la correspondance qu’ils
ont imaginée entre les douze tons et lesÙcfëuze signes du zodiaque (i), et de celle
des sept sons, plusieurs fois répétés , avec les' hèurës du jour et de ia nuit.
Si l’abbé Roussier, en expliquant le système musical des Égyptiens (2), eût eu
connoissance' de tous ces rapprochemens, il n’auroit pas manqué d’en tirer un
aussi grand parti que du bronze antique (de M. le premier président Bon).représentant
les sept planètes dans une barque, pour confirmer son opinion sur le rapport
des sons de la musique aux planètes, aux signes du zodiaque, aux jours de la semaine,
aux heures du jour et de la nuit, selon les Égyptiens. Il cite même, à l’appui
de l’explication qu’il donne de ce monument, tin passage de l’Histoire Romaine de
Dion Cassius(3), où cet auteur assure que les Égyptiens, de son temps encore, faisoient
correspondre les sept planètes aux heures du jour et de la nuit, de telle sorte
qu’en attribuant la première heure du premier jour à Saturne, la seconde à Jupiter, la
troisième à Mars, la quatrième au Soleil, la cinquième à Vénus, la sixième à Mercure,
la septième à la Lune,-et en recommençant et suivant toujours cet ordre jusqu’à ce
qu on soit arrivé à la vingt-quatrième heure, on trouve ensuite quéla première heure
ou second jour appartient au Soleil, qui étoit la quatrième planète dans l’ordre précédent;
et, en continuant ainsi pour lès autres jours, il arrive que la planète qui
répond à la première heure de chaque jour, est constamment à quatre degrés en montant
ou cinq degrés en descendant de celle qui répondoit à la première heure du jour
précédent. Ainsi, en faisant coïncider avec cette correspondance le rapport établi
entre les sept sons et les sept planètes, en attribuant à Saturne (c’est-à-dire, à la
première des planètes dans l’ordre où elles sont représentées sur le bronze), et en
même temps à la première heure du jour, la première note du système musical
des Grecs, laquelle répond à notre si, l’abbé Roussier a reconnu qu’en suivant de
même 1 ordre diatonique des sept sons si,, u t , r é , m i , f a , s o l , l a , et en recommençant
de nouveau, chaque fois qu’on est parvenu au septième son, jusqu’à ce
qu qn ait parcouru ainsi les vingt-quatre heures du jour et*de la nuit, le son qui
correspond à la première heure du second jour, est le mi, qui correspond au Soleil,
et qui forme la quarte en montant ou la quinte en descendant avec le s i, qui
(1) Les Arabes sont persuadés que chacun de ces
douze *ons a^une efficacité particulière.,Les tons plus
graves'sont sérieux’ , suivant e u x , et conviennent aux
u’ iemâ et aux gens de cabinet ; ilsinspirent le calme et le
recuéillement: les moins graves expriment le bonheur et
conviennent aux gens heureux. Ceux «qui suivent ces derniers,
expriment Iadoulçijr et conviennent aux malheureux
et aux mendians; les plus aigus conviennent aux
femmes déréglées et aux gens de plaisir. II n’y a pas de
rêveries que les Arabes n’aient débitées sur l’efficacité
des sons et H'es chants de leur musique; c’est ainsi qu’en
'outrant la vérité et en exagérant les faits, on les rend
ridicules et invraisemblables.
(2) Mémoire sur la musique des anciens, art, X e t x i .
(3) Lib. xxxvil, pag. 77 , vers. Xylandr. edît. Lugdun.
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