
Les persécutions religieuses d’Aménophis, les guerres, les révoltes, les invasions
étrangères qui en furent la suite, durent contraindre un grand nombre de familles
à chercher, avec leurs dieux, une nouvelle patrie. Aussi est-ce l’époque probable
de l’établissement de plusieurs colonies en Grèce; et si l’on songe qu’elles
n’eurent pas précisément la même religion que l’Égypte, on sera porté à croire
que leurs fondateurs étoient de la race des anciens pasteurs, qui tous, probablement,
n’avoient point adopté la croyance d’Osarsiph, et qui, originaires de
1 Orient et naturalisés sur les bords du Nil par une longue suite de générations,
devoient avoir dans leurs moeurs plusieurs points de ressemblance avec les Phéniciens
et les Égyptiens (i). Si la lettre d’Aréus, roi de Lacédémone, à Onias,
grand-prêtre des Juifs, n’est point apocryphe, elle vient à l’appui de cette
opinion en donnant aux Hébreux et à quelques nations dé la Grèce une origine
commune (2).
Enfin c’est sous le règne d’Aménophis que nous croyons devoir placer la naissance
de Moïse , et la première persécution contre les Hébreux dont il soit fait
mention dans la Bible.
La crainte de la puissance du Pharaon, et sans doute aussi le désir de se venger,
engagèrent Osarsiph à demander aux pasteurs de la Judée de se joindre à lui pour
marcher ensemble à la conquête de l’Égypte; il leur rappela qu’ils avoient autrefois
possédé cette riche contrée, et qu’ils avoient aussi des injures à punir. Les Jéro-
solymitains accoururent dans Avaris à la voix de leurs frères, et, réunis à eux, se
jetèrent sur l’Egypte. « Il n’y avoit point de cruautés qu’ils ne commissent, dit
» Manéthon : ils ne se contentoient pas de brûler les villes et les bourgs; ils met-
» toient en pièces les images des dieux, tuoient même les animaux sacrés, contrai-
(1) Il est peu probable .en effet que les Egyptiens
aient fondé les nombreuses colonies que généralement
on leur attribue, eux qui si long-temps fermèrent au commerce
leurs ports de la Méditerranée et eurent cette mer
en horreur ; eux enfin q u i, riches , policés et superstitieu
x, étoient attachés par tant de liens au sol natal. Mais
il n’en est pas de même des pasteurs : une nation composée
de différentes tribus reste difficilement réunie ; des
chefs inquiets ou mécontens s’isolent et veulent se former
des établissemens particuliers. Les pasteûrs qui conquirent
l’Egypte, ne tenoient pas à un pays plutôt qu’à un
autre : ils etoient nomades et guerriers , et ils durent
bientôt devenir navigateurs à la manière de ces Arabes
q u i, de même race qu’eux et sortis des mêmes déserts ,
apportèrent en Espagne, dans le huitième siècle, les arts
et les sciences dont ils avoient voulu peu auparavant
anéantir toute trace en incendiant la bibliothèque des
Ptolémées.
I l nous paroit donc hors de doute que ce furent
principalement les pasteurs qui portèrent en Grèce les
arts de l’Egypte, qu’une longue possession de cette contrée
leur avoit rendus familiers. Ce tte opinion est celle de
F ré re t, et elle n’enlève point à la docte Egypte la gloire
d avoir fourni aux Grecs les premiers germes de leur civilisation
, germes précieux sans doute , mais qui se développèrent
etse perfectionnèrent rapidement sous l’heureux
ciel de la G rè c e , dans cette patrie des Muses et des
Grâces, où l’espèce humaine s’éleva au plus haut degré de
noblesse, d’ indépendance et de bonheur.
(2) V o ic i cette lettre, telle qu’elle est rapportée par
—Joseph :
B A S IA E T 'S A A K E A A lM O N l'ï iN vA P E IO S ’O N fA I
XA'IPEIN. ‘Zytvxçytiç x e tfiï u n , àg iyàç fffy yintç
'I vJktoi x, AaxiJtufMYiot, xj ôk 7vç <5j€jV ACç^ A u, oixtioinivg.
Ai'xaiov a’y îçlr à A x y i ç ùuàg ormç, ÎJcanfAmAt] «©©Y
eor tti Houjov/S/j J ï x. yi/juSç t i twin, xj m n
v / x iit p o . I / l a v o p tv / û y , 5 to a ù 'ft T KCiiet <©e?Y v /m tç
A îi/m i îMiç 0 tptpcùi t o pfcçfUL/Aorn S la x if itn t îâ g ’éùiçihctç. T a
yc-^afiyÂya. ’<£} 7t'I&iywra, « opgjtjig ’¿h i d i t i g ty cim n g im i-
MfKfiklQÇ.
R ex L a c e d æ m o n io r u m A r eu s O n iæ s a l ü t e m .
Incidiinus inquaindam sçnpturàm anliquam, in qua inveni-
rnus cognationem intercessisse. inter nostras origines, et
nostrum quoque genus non esse alienum à posteris A brahee.
Æ q u u tn igilurest u t, cùmfratres nostri s it is , peta t isà nobis
quæcumque libuerit. Idem nos quoque fa c ie i n u s , et res ves-
tras tanquam nostras existimabimus, nostras item vobiscum
communes habituri. Demoteles est q u i has vobis reddidit
litteras, in pagina quadrangula script as, et obsignatas aquila:
sigillo , draconem teneniis ungui bus. (Joseph, A n t iq . Jud .
lib. x i l , cap. 5.)
V o y e z aussi M a ch a b . Iiv ..I , eh. 12.
DE S . H É B R E U X EN É G Y P T E . 2 0 j
» gnoient les prêtres Égyptiens et les prophètes d’en être les meurtriers, et les
» renvoyoient ensuite tout nus.» .
Aménophis serait retiré au-delà des cataractes, sur la frontière de ses états ;
soutenu par les.Éthiopiens, il s’y maintint pendant treize ans contre les pasteurs.
A u bout de ce temps, il rassembla de grandes forces, descendit dans la basse
Égypte, battit Osarsiph, le. poursuivit, et chassa vers la Syrie les débris de son
armée.
Si l’on en croit Manéthon, Osarsiph seroit le même que Moïse, et l’on doit avouer
que la ressemblance est des plus grandes. Il suffiroit même de supposer que la
Judée avoit été envahie par d’autres tribus pendant que ses habitans ravâgeoient
1 Egypte, pour expliquer le long séjour des Israélites dans le désert, et les guerres qu’ils
eurenta.soutenir pour rentrer en Syrieaprès avoir été chassés delà terre de Gessen.
Mais, en convenant que , pour les faits principaux, cette opinion cadrerait assez
avec le Pentateuque, on doit dire aussi qu’en l’adoptant il y aurait dans le récit
de Moïse trop d’événemens à rejeter parmi les. fables. Il est d’ailleurs facile de
mieux concilier les livres Hébreux avec l’histoire profane. Ainsi, par exemple, on
est assez fondé à croire qu’une partie des pasteurs vaincus par Amqnophis restèrent
prisonniers en Égypte, où ils furent réduits au plus dur esclavage, et que les tribus
d’Israël sé trouvèrent de ce nombre.
Admettons donc que les Hébreux habitoient encore l’Égypte lorsque Sésostris
Le bonheur dont jouit l’Égypte sous ce prince célèbre, empêche de placer sous
son règne les fléaux qui ravagèrent ce royaume et amenèrent la délivrance du peuple
de Dieu. Sésostris étoit trop puissant pour craindre de malheureux esclaves qu’il
savoit utilement employer à élever des digues, à creuser des canaux, à bâtir des
villes ; travaux qui l’ont immortalisé plus encore que ses conquêtes.
Son fils lui succéda : Hérodote le nomme Phéron, et Diodore , Sésostris II ; il
n’hérita ni des vertus ni des talens de son père. L ’histoire le peint comme un
prince foible, superstitieux et cruel. La main de Dieu, au dire même des. historiens
profanes , parut s’appesantir sur lui. Le fleuve déborda extraordinairement
et ravagea les campagnes ; des tempêtes, des trombes, des tourbillons,
effrayèrent le peuple, et le prince fut frappé de cécité pour avoir méprisé ces
signes de la colère céleste (1).
C est sous son règne que nous croyons devoir placer la fuite des Hébreux dans
Fuite des Hébreux dans le. Désert.
monta sur le trône.
le désert.
A p r è s l’entier anéantissement de la puissance des pasteurs, les Hébreux avoient
été contraints de quitter la vie pastorale. De Bédouins ils devinrent_/i7/a// (2), furent
(0 Herodot. H i s t . Iib. n . Diodor. Sicul. B lblio th . quelquefois en Egypte parmi les tribus Arabes qui s’y
hist. iib. 1. sont établies. ¡Voyez mon Mém oir e sur les tribus
( 2 ) D e semblables changement arrivent encore Arabes des déserts de l'E gy p te , lL . M. tome i . cr,pag . J79.
A. ' Q , ,