
Chap. 10: 1. « Le Seigneur parla encore à Moïse, et lui dit :
2. » Faites-vous deux trompettes d’argent battues au marteau, afin que vous
» puissiez assembler tout le peuple lorsqu’il faudra décamper.
3. 33 Et quand vous aurez sonné de ces trompettes, tout le peuple s’assemblera
»3 près de vous, à l’entrée du tabernacle de l’alliance. 33
On ne peut certainement pas trouver d’analogie plus grande entre les usages
de deux nations pour la marche de leurs troupes.
Plusieurs autres prodiges peuvent s’expliquer aussi naturellement que les pré-
cedens. Ainsi les cailles, fatiguées d’un long trajet, se laissent encore prendre à la
main sur le rivage de la mer, aux mêmes époques où elles servirent de nourriture
aux Hebreux; et nous lisons dans Diodorc de Sicile, que, sous le règne d’Acti-
sanès, des Égyptiens exilés, pour vol, dans le désert de l’isthme de Suez, se
nourrirent de la meme maniéré. La manne continue encore de se récolter sur des
arbrisseaux qui pouvoient etre autrefois très - multipliés aux environs du mont
Sinai ; ët le feu grégeois est un exemple de l’emploi terrible qu’à diverses époques
les Orientaux ont su faire du feu.
Mais toutes ces explications ne contrarient en rien l’opinion où l’on peut être
que Dieu vint au secours de son peuple : la rencontre fortuite d’événemens
heureux peut, nous ne saurions trop le répéter, être toujours envisagée comme
miraculeuse. Au surplus, je ne m’y arrêterai pas davantage, et j’arrive de suite'au
moment où les Israélites, après avoir défait les Amalécites à Raphidim, séjournèrent
tranquillement dans le désert
L a Loi est donnée sur le mont Sinai (1),
T o u s les peuples qui Iiabitoient aux environs du mont Smaï, étoient persuadés
que Dieu y demeuroit Les hautes montagnes ont presque par-tout été
regardées comme le séjour habituel des dieux, et cela est bien naturel ; il n’est
aucun de nous qui, au pied de ces masses énormes, n’ait éprouvé le sentiment de
sa foiblesse, et il en résulte un recueillement qui dispose l’ame aux idées religieuses.
Les montagnes sont d ailleurs le théâtre d’une foule de phénomènes effrayans,
qui semblent etre 1 appareil formidable d’une Divinité puissante ; et la peur, autant
que la reconnoissance, a donné aux hommes les premières notions de la
Divinité. C est de leur sommet que se précipitent les torrens dévastateurs ;
c est dans leur sein, au bruit des détonations qui ébranlent et bouleversent la
terre, que se préparent les pierres rougies, les minéraux fondus qui, en pluie de
feu, en fleuve de lave, viennent engloutir et renverser les cités; c’est sur leur
cime que les vents mugissent avec plus de force, que les sombres nuages s’amoncellent
sous des formes terribles, et que le tonnerre éclate avec plus de majesté
au milieu des éclairs dont il semble foudroyer les vallées (2 ).
( 1 ) Les Arabes nomment cette montagne Gebel maire an 9 , mon Mémoire sur le passage de la mer
JWousa, montagne de Moïse. Rouge par les Israélites, et sur leur séjour au pied du
(2 ) Lorsque je lus à I Institut du Kaire, le 16 bru- mont Sinai', j’annonçai que cette montagne pouvoir être
C ’est
C’est du spectacle d’un pareil orage que.Moïse voulut frapper l’imagination des
Israélites, pour achever de les convaincre du commerce qu’il avoit avec Dieu. Le
ciel de l’Égypte ne leur avoit jamais offert rien de semblable : étincelant de lumière
pendant le jour, du plus bel azur durant le calme des nuits, jamais il n’est
obscurci d’aucun nuage : dans le printemps seulement, on en voit quelques-uns
fort élevés, que le vent du nord pousse avec vitesse ; ils passent rapidement, et vont
s’amonceler sur les hautes montagnes de l’Abyssinie, s’y résolvent en pluie, et
donnent naissance à une foule de torrens qui se jettent dans le Nil et occasionnent
les débordemens de ce fleuve. Le khamsyn ou vent empoisonné, avec ses tourbillons
de poussière brûlante et ses trombes de sable, trouble seul quelquefois la
sérénité de l’air ; mais, outre qu’il ne souffle en Egypte qu’une ou deux fois dans
le courant d’une année, il y est encore plus pernicieux qu’effrayant; il exerce
sur les animaux et les plantes ses principes malfaisans, les rend malades, les tue
même, mais le plus souvent à la manière du poison, qui agit sans bruit, sans violence
apparente : à ses tourbillons, on le juge, d’ailleurs, plutôt un enfant de la terre que
du ciel ; aussi croit-on que les anciens Égyptiens en avoient fait l’emblème de leur
mauvais génie. II étoit donc facile de prévoir que les Hébreux seraient frappés
d’une terreur religieuse, la première fois qu’ils verraient les éclairs sillonner les
sombres nuées, et qu’ils entendroient gronder la foudre sur des monts élevés,
dont les échos augmenteraient et prolongeraient les éclats ( 1 ). Les nuages présentent
en effet à celui qui les fixe, les formes des monstres les plus bizarres ;
et leur mobilité, leurs métamorphoses, ont souvent effrayé ou enflammé l’imagination
des hommes foibles ou ignorans : les uns y ont vu des signes de la
colère céleste ; d’autres, leurs dieux mêmes, ou les ombres de leurs ancêtres. Quant
au tonnerre, tous les peuples en ont armé le maître de l’univers, et nous voyons
que, malgré le progrès des sciences et les secours de l’éducation, beaucoup de
gens encore le craignent plus que des dangers bien autrement imminens : la
raison en est simple ; on peut lutter contre ceux-ci, et l’on n’a aucune résistance à
opposer au premier. D ’ailleurs, tout bruit considérable fait naître l’idée d’unë grande
force, l’imagination en fait le cri de colère d’un être puissant et irrité.
Moïse avoit long-temps gardé les troupeaux de son beau-père sur le mont Sinai ;
il y avoit été témoin des scènes sublimes que les orages forment sur cette haute
montagne; et le souvenir de ce qu’il avoit éprouvé, engagea sans doute cet
homme habile à s’en servir pour ses desseins.
Je vais rapporter la traduction littérale d’une partie du chapitre 19 de I Exode:
1 et 2. « Les Israélites étant partis de Raphidim, arrivèrent au désert de Sinaï,
3> et dressèrent leurs tentes vis-à-vis de la montagne.
un volcan éteint; les grosses pierres volcaniques que j’a- nitique et ne présentoit aucune trace de ^ volcan. U n
vois vues dans le lest des bâtimens de la ville de T o r qui orage, au surplus, s’accorde aussi bien qu’une éruption
arrivoient à Suez et à Cosseyr, et la description que volcanique avec le récit de Moïse. ^ ,
donne Moïse de l’apparition de D ieu sur le mont Sina ï, (0 Pendant près de quatre ans que j ai passés en Egypte,
m’avoient suggéré cette opinion. Depuis la lecture de je n’ai entendu qu’une seule fois un coup de tonnerre;
mon Mémoire, deux de nos compagnons de voyage, encore étoit-ii si foib le , que plusieurs personnes qui
MM. Coutelle et de Rozière, allèrent au couvent du étoient avec moi ne s en aperçurent pas.
mont Sinaï; ils reconnurent que la montagne étoit gra