
première destination 4 es instriïmens de musique; car,, quoique l’invention en remonte,
suivant noÿiiivres sacrés, aux temps qui précédèrent le déluge (i) il n’est
fait aucune mention qu’on en ait, en quelque pays que ce soit, augménté les
moyens dexecution plus de quatorze cents ans après cette funeste époqué.
A u temps de Sésostris, les Égyptiens ne connoissoient encore que quatre espèces
d mstrurnens : i l a lyre à trois cordes, dont nous venons de parler; 2.° le tambour
qurservoit à marquer le rhy.thme de la danse ; 3.» le buccin , pour annoncer
1 heure des prières, des sacrifices, les néoménies ou nouvelles lunes, pour convoquer
Je peuple dans les circonstances les plus ordinaires de la vie civile, ou pour
donner quelque signal dans les années; 4 ° la trompette, quand il s’agissoit de
quelque evenement important qui demandoit le concours de tout le peuple. Cette
trompette n étoit encore qu’un tube droit ou conique, et tout au plus foiblement
courbe a son extrmité (2), à l’imitation du bùccinl qui étoitfait tout simplement
dune cçrne de vache, avec cette différenc^que la trompette étoit de bois, d’argile
ou de métal.
„.Tels étoient a g io t a s les^istrumens que les H é b r lÇ à cette époque, emportèrent
avec eux en fuyant d’Egypte, où ils étoient restés pendant plus de quatre
cents ans (3) ; e t |d fut l’usage qu’ils en firent d’abord. On ne peut supposer que
ces mstrurnens leur fussent particuliers: car, dans l’état d’abjection où ils se trou-
voient réduits en,Egypte, on ne leur aurait pas laissé la liberté ni le loisir de
sen servny et si les Egyptiens en dhssenteu d’autres, il n’y a pas de doute que les
Israélites rite s g i fussent enmajés, de même qu’ils s’étoient munis' 3 è vases d’or et
d argen tappartènant aux i f p tiens (4). D ’ailleurs ils s’étoient tellement habitués
«aux moeurs et a k religion de ceux-ci, que pencfant long-teiiips encore après leur
sortie d Egypte ils y revinrent fréquemment, malgré les défenses que Moïse leur
en avoit faites au nom de Dieu ; et ce frit par un effet de cette tendance qu’ils
ne purent resis ter au désir de faire une idole du dieù Apis et de l’adore» M
en observant les cérémonies du culte que les Égyptiens avoient coutume de lui
6 * „ en “ eC.Utf nt Ies mêmes chants et les mêmes danses que ceux-ci lui
avoient Consacres (6).
fé lo n toute apparence, les quatre espèces d’instrumens dont notl'venons de
parler furent|es prf mieres connues et celle, qu’on employa le, premières, parce que
comme eHegetoiént plus simples que les autres, l’usage en fut plus fa cL et dus’
promptement-acquis , e.t'que leur utilité étant plus directe fut aussi piutôtlentie;
i ) une flûte dans Î f l b " de' de
1 1 d k ’u ' r n l * " n P B d e 1 I ^
celui de trompette qu’on a donné à la flûte chez les a n - , r j
ciens, c’estque l'une et l’autre étoient également formées tance W r û i " r V ’ " n VKW d'° r' La cd’un
tube et s’embouchoient de même-qu’elles ne diffé j ’ ■ p,en‘ “ 1’ llb’ l x > caP- IO) d,t te
roteh, que par leurs dimensions S i K ” g , ' ' Z I Z 1 ^
dans la flûte que dans la trompette • cW ne - , , , , ' ^2> v* » ' 9; Philon ju i f , au livre
les désigna également l’une comme l’autre par iT n om tume 7 e c l ' ™PP° r“ f S),ptiens avoient co“ -
de tuba eu la tin , et par celui de syri„x en g rec , avam ^ de c[lanter a« ° a ' ^ dieu
les anciens Egyptiens n’en .connoissoient pas encore d’autres au temps de Moïse.
11 n’en étoit pas de même en Asie ; à la même époque on s’y occupoit avec
' Une ardeur extrême à perfectionner les instrumens connus et à en inventer de
nouveaux. Par la date de ces inventions, il sera facile à chacun de faire le rapprochement
des événemens politiques qui eurent lieu en Égypte au même temps, et
de concevoir quand et comment ces instrumens auront pu y être introduits : car
il est probable que le germe de la musique Asiatique y aura été porté plusieurs fois
depuis les conquêtes de Sésostris, ou par les esclaves que ce conquérant y amena
avec lui, ou par les peuples d’Asie que diverses circonstances ou divers motifs
y attirèrent ; mais ce germe n’aura pu s’y développer avec succès que lorsque
les Egyptiens, subjugués par ies Perses, n’auront pu y opposer de résistance.,,^
Le Phrygien Hyagnis est, suivant la chronique de Paras, le premier qui inventa
les flûtes (i), qui chanta sur le mode Dorien , et en même temps l’auteur de plusieurs
autres chants en l’honneur des dieux Bacchus et Pan: Il vi-voit- dans le même
temps qu’Erichthon régnoit à Athènes, vers l’an 1487 avant l’ère Chrétienne, quatre
ans après que les Israélites furent sortis d’Égypte, et deux ans avant fëtrègne de
Sésostris. Nous remarquons ceci pour mieux faire sentir la concordance de tous
les faits qui tendent à confirmer ce que nous nous proposons de prouver.
Quoiqu’il paroisse peu probable que tant de choses aient été inventées par le
même homme, il est vraisemblable au moins qu’à cette époque on s’occupoit déjà
beaucoup à perfectionner l’art de jouer de la flûte, qui jusque-là étoit resté à
un degré voisin de la nullité, puisqu’Apulée, en parlant du même Hyâgnis (2),
observe qu’avant lui l’on avoit encore fort peu réfléchi sur la nature des_sons, et
qu’on ne s’étoit servi de la flûte que de la même manière dont on embouche la
trompette; qu’il n’y avoit pas autant d’espèces de flûtes, ni de flûtes percées d'autant
de trous ; qu’Hyagnis est le premier qui fit résonner deux flûtes à-la-fois (3), et qui
d’un même souffle produisit un accord de deux sons, l’un aigu, l’autre grave, au
moyen de deux tuyaux, l’un de droite, l’autre de gauche.(4) ; que c’ést lui enfin
qui le premier doigta cet instrument.
On voit par cette tradition qu’Hyagnis n’étoit pas réellement l’inventeur, de
la flûte, puisque cet instrument étoit déjà connu avant lui, mais qu’il étoit seulement
l’inventeur d’une nouvelle espèce de flûte, d’une flûte percée de plusieurs
(1) Joann. Marsham, Canon chronicus, Ægypt. Hebr.
Groec. ad^seculum i x , pag. 1 12 , Londini, 16 72 , in-fol.
LengletduFresnoy, Tablettes chronologiques, & c . Athénée
( Deipnos. Iib. x i v , cap. 1 1 , pag. 617 , C ) dit qu’un
roi de Phrygie ( probablement Hyagnis ) , faisant résonner
doucement les flûtes sacrées, fu t le premier qui
en inventa le chant, et le conforma au génie de la langue
Dorique.
(2 ) Florid. Iib. I , pag. 405, Lut. Paris. 1601, in-16.
( 3 ) 1 1 s’agit ici ae la flûte double : on l’appeloit flûte
oblique quand les deux tuyaux alloient en divergeant
l’un de l’autre, à partir du point où elles étoient jointes
près de l’embouchure. Pline ( His t. natur. Iib. v i l ,
cap. 56 ) en attribue l’invention à Marsyas. Euripide,
A .
dans sa tragédie de Rhésus, v . 9 2 2 , dit seulement que «
Marsyas étoit habile dans l’art de jouer de la flûte.
Callimaque (.Hymn. in Dian. v. 244) rapporte à Minerve
l’invention de la flûte faite dé l’os tibia de la jambe d’un
jeune ce r f, et percée de plusieurs trous. Ovide ( Fast.
Iib. v i , v. 606 et seqq.) a imité la même allégorie; mais
il ajoute que , cette flûte ayant été rejetée par Minerve,
qui s’étoït aperçue que cet instrument la faisoit grimaj
cer lorsqu’elle en jo u o it , un satyre ( Marsyas) s’en empara,
s’exerça à en jou er, y devint habile, osa défier lès
M u se s , et Apollon lu i-m êm e , q u i , pour le punir*
l’écorcha v if, après l’avoir vaincu. ' *!
(4) Vqy. le chap. V I , 2.cpart. de notre Description des instrumens
de musique des Orientaux, É. M. t . I.cr, p. 964. ■
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