
sa situation au fond d'une espèce de golfe connu des Grecs sous le nom d'Aca-
rharms en rendort I abord praticable pour lès vaisseaux, qui, après y avoir déposé
leurs marchandises, se rendoient dans un grand port peu éloigné, nommé Myos-
lormos (i). Une grande vallee ouverte au milieu des déserts montueux qui séparent
la mer Rouge de l'Egypte, conduisoit de Bérénice vers Coptos et vers Apollmo-
p°r,s parva,' jadis deux des principales villes de la Thébaïde; et au moyen des travaux
que 1 on y fit a cette epoque, elle offrit une route commode aux caravanes
qui venoient se charger des marchandises de l’Inde et apporter sur la côte celles
de l’Egypte (a).
L expérience, dit Strabon , prouva bientôt les avantages de cette nouvelle
voie (3), et le commerce s accrut considérablement dès le règne de Philadelphe.
Le troisième des Lagides, Ptolémée Évergètes, suivit avec ardeur les projets
e son prédécesseur; il poussa beaucoup plus loin encore scs conquêtes dans
Ethiopie et vers le midi de l’Afrique; il acheva de soumettre les nations barbares
qui habitoient la côte occidentale de la mer Rouge, comme le prouvent le monument
qu il érigea dans Adulis, et son inscription si célèbre parmi les savans.
Pour assurer la tranquillité du commerce de l’Inde, il équipa une escadre dans les
ports de la mer Rouge, fit une invasion chez plusieurs peuples de l’Arabie Heureuse,
entre autres chez les Homérites, imposa un tribut à plusieurs rois Arabes,
et sut les engager à veiller eux-mêmes à la sûreté de la navigation dans la partie
méridionale du golfe.
Sous ses successeurs, le commerce de l’Inde, négligé comme tout le reste, ne
reçut d’encouragement que par intervalles ; mais ce fut sous Ptolémée Physcon, le
septième des Lagides, qu’il éprouva les plus singulières vicissitudes : dans le cours
du même règne, on vit les négocians cruellement persécutés, le départ des flottes
suspendu, Alexandrie changée presque en un désert; puis, bientôt après, ces mêmes
négocians rappelés de toutes parts, protégés, encouragés avec des attentions
excessives, et toutes les villes commerçantes fleurir de nouveau.
On a peu de détails touchant l’état du commerce de l’Inde sous les derniers rois
de cette race. Strabon, qui ne laisse guère échapper l’occasion de flatter Auguste
et de vanter 1 administration des Romains aux dépens de celle des Ptolémées,
assure que, sous ces derniers, un petit nombre de vaisseaux seulement osoient
franchir le détroit et s avancer jusqu’aux Indes. Le savant évêque d’Avranches,
Huet, a conclu de là qu’immédiatement avant la conquête des Romains, le commerce
étoit beaucoup déchu de ce qu’il avoit été sous Ptolémée Philadelphe ;
mais cela nest guère croyable. A part quelques temps désastreux, et à ne considérer
que l’ensemble des événemens, on est en droit de penser, au contraire ,
(1) Strab. Geogr. lib. XVII, p. 815. Strabon nous en apprend la raison : c’etoit à cause des
(2) Quelque temps après, une partie de ces caravanes avantages qu’offroit le peu de distance de Bérénice à
commença à se rendre directement à Muris-siaiio * , la Coptos ( ob opportunitatem isthmi * ) ; . et par cette même
ville navale. Il pourra même sembler étonnant qu’on raison Bérénice ne fut jamais abandonnée, lors même
n a it pas. pris ce parti dès l’o rigine, et qu’on ait préféré que la ville navale fut devenue très-florissante.
deseTendre à une ville qui n’avoit point de port; mais . (3) Geogr. Jib. XVII.
* Strab‘ Cfogr' IU>* XV11' r- 8,J- * Tj» « /¿9p . Strab. Ceogr. Jib. XVII, pug. 81 y.
que,
que, sous les successeurs de Philadelphe et d’Évergètes, le commerce de l’Inde se
soutint, et continua même de s’accroître par la seule force des choses, malgré
l’insouciance des princes, malgré les'troubles et les divisions intestines qui agitèrent
le règne de la plupart d’entre eux. On peut juger de son importance dans
les derniers temps, par le luxe inoui de la cour d’Alexandrie et par les richesses
immenses que les Romains transportèrent d’Egypte en Italie; richesses telles; si
Ion en croit Paul Orose (i), quelles firent doubler aussitôt, dans la capitale de
l’univers, le prix des denrées et celui des terres.
Peu de temps après la conquête des Romains, Strabon rapporte quêtant à
Syene, sur le point d’aller rejoindre Ælius Gallus, occupé dans une expédition
contre les Nubiens, il apprit que cent vingt bâtimens, faisant voile pour les Indes,
venoient de sortir en un seul convoi du port de Myos-hormos (2). Ce fait intéressant,
en ce quil donne quelque idée de l’étendue du commerce, confirme encore
ce que dit ailleurs le même écrivain, que, sous le règne d’Auguste, la ville de Myos-
hormos étoit la plus florissante de tout legolfe Arabique, et la seule employée par les
Egyptiens comme ville navale ; circonstance que j’engage à ne point perdre de vue.
La navigation de la mer Rouge continua de s’accroître sous les successeurs
d’Auguste. Trajan eut quelque temps l’intention de s’ouvrir une nouvelle route
dans les Indes et de pénétrer jusqu a l’Océan par les embouchures du Tigre et de
l’Euphrate : mais, ce projet n’ayant pu réussir, il s’occupa à accroître le commerce
de l’Egypte, et, pour le protéger, il entretint sur le golfe Arabique une escadre
formidable. C ’est à'cette époque qu’il faut rapporter les tentatives faites par les
Romains pour creuser au travers de l’isthme de Suez un canal entre le Nil et la
mer Rouge; ces travaux forent continués encore après la mort de Trajan, mais sans
succès, et le commerce continua de se faire par la voiede Coptos.
Sous Adrien, qui avoit une grande prédilection pour l’Egypte, le commerce de
cette contrée fut beaucoup favorisé ; mais ce ne fut encore que long-temps après
quil atteignit son dernier degré de splendeur. Aurélien, qui le regardoit comme
le plus important de tous ceux que Rome entretenoit alors, fit en sa faveur
plusieurs ordonnances utiles; il désigna, dans des réglemens fixes, la nature des
marchandises que l’on devoit tirer de l’Egypte, tant de celles que produisoit le
pays que de celles qu’on y apportoit des autres parties de l’Orient ; il entreprit
aussi divers travaux sur le Nil, dans la vue d’en rendre la navigation plus sûre et
plus commode.
A cette epoque, la ville de Palmyre, située au milieu des vastes déserts qui
s étendent entre 1 Euphrate et la Méditerranée, étoit devenue, malgré le désavantage
apparent d’une telle position, le centre d’un commerce considérable ; elle
rivalisoit avec Coptos et Alexandrie, et n’étoit pas moins célèbre dans l’Orient
par l’étendue de ses relations que par la magnificence de ses édifices: mais la
(1 ) Pau l. O ro s . Hist. lib . y 1 ’ c . 19. j ’ai découvert; c e que la version de X y la n d e r rend assez
( ) H n e i.e t la plupart des écrivains fo n t dire à S tra b o n ex a c tem en t par comperï. I I est m an ife s te , au surplus q u e
? 1 ,VU “ s vaisseau x; c 'e s t par un e fausse S t r a b o n , é tan t à S y è n e . n e p ou v o it v o ir des v a i s i e L
interprétation : le terme inpu, d ont se sert S tra b o n , s i - naviguant sur le golfe Arabique ,
g n ifie seu lem en t, dans le cas actu e l ^ ’ai eu connoissance,
A . F f