
n avons pu reconnoitre 1 objet qu’on a voulu représenter, quoique la constellation
y soit désignée sous le nom de Sulhafât [ la tortue]. La sphère en cuivre dernièrement
rapportée par le général. Andréossy, et celle du muséeBorgia, représentent
une tortue au lieu de la lyr.e.
Dans la région du sagittaire , les zodiaques Égyptiens ne renferment rien qui
représente une lyre, un vautour ou une tortue; mais, au point opposé du ciel,
ou, pour mieux dire, à celui qui se couche quand Wega se lève , on trouve des
emblèmes qui ont évidemment rapport à la tortue, au vautour, et même à la lyre.
En effet, ce point du ciel correspond aux gémeaux; et au-dessus des gémeaux
du petit zodiaque dEsné, on voit une tortue d’autant plus digne d’attention, que
cest le seul animal de cette espèce qu’offrent les quatre zodiaques. Dans le catalogue
donne par Scaliger, à la troisième division des gémeaux, on lit Vir testudine
canens. Il paroit, d après cela, qu’il existoit près des gémeaux une constellation de
la tortue, qui étoit paranatellon de la lyre, et qui se perdoit sous l’horizon quand la
lyre se levoit. Voyez ci-après, à l’article de la tortue. Cest l’origine de la fable relative
à l’invention de la lyre, que l’on devoit, disoit-on, à la destruction d’une tortue ;
car on raconte que les eaux ayant laissé à sec une tortue, elle tomba en putréfaction’,
à l’exception de ses nerfs, qui, étant touchés par Mercure, rendirent des sons (i).’
Beaucoup de fictions de la mythologie des Grecs s’expliquent de la même manière
Nous n’en citerons qu’une. Lorsque la lyre se couche, la vierge monte sur l’horizon.
De la est née la fable de la descente d’Orphée aux enfers avec sa lyre, pour chercher
Eurydice. Cette explication est de Dupuis. Il auroit pu ajouter.; Orphée perdit
de nouveau son épouse au moment de franchir la limite des enfers. En effet,
aussitôt que la lyre reparoît sur l’horizon, la vierge, qui alors est au méridien ’
commence à descendre, et se-précipite vers l’horizon occidental.
Dans les deux zodiaques de Denderah, on voit près des gémeaux un épervier
ou un vautour sur une tige de lotus.
, Enü’e les Semeaux et le cancer du grand zodiaque d’E sné, est un grand vautour
a tete de crocodile, les ailes étendues, et posé à terre. Il existe aussi au petit zodiaque
; mais il n est pas tout-à-fait à la place correspondante.
Cette partie du ciel où les Égyptiens ont représenté un vautour, se couchoit
quand la lyre se levoit. Il n’est donc pas étonnant de trouver au nombre des
noms de la lyre ceux de vultnr cadens (2) et de vultnr deferens psalterium.
Kircher définit ainsi la neuvième figure du planisphère qu’il a publié : Simulacnm
est tutulo msignitum, manibus instrumentum musicum portans, loco cujus Græei lyram posue-
runt. La lyre est en opposition paranatellontique avec Je personnage indiqué qui
se trouve près des gémeaux, comme la tortue et le vautour des zodiaques Égyptiens.
Le petit zodiaque d’Esné présente aussi, près de la tortue, un personnage
portant un instrument de musique : le même personnage se retrouve encore
au grand-zodiaque d Esné ; mais il est près des poissons, et, par conséquent, tota-
iement déplacé.
Le 2. décan des gémeaux de la sphère Persique donne l’indication suivante,
( i ) Germ. Cæs. Comm.in AratiPhoen. tom .II,p a g .6 S , (2} Ulugh-U-ig. Tab.cmn comm. Th. I-Iyde.,p ag . 18.
Homo tenais instrumentum musicum aureum, quo canit ;■ et le 3.' décan fait mention
d’un personnage analogue (1). Ces figures, qui rappellent parfaitement celles des
zodiaques d’Esné et du P. Kircher , se trouvent, comme on voit, assez près de la
tortue et des gémeaux.
§ . 2 4 . L A C O U R O N N E A U S T R A L E ,
L a couronne australe est jetée aux pieds du sagitaire : c’est un petit cercle
d’étoiles qui ressemble assez à une couronne.
Les zodiaques Égyptiens ne présentent rien de semblable à la couronne australe,
si ce n’est peut-être le petit vaisseau demi-circulaire qui est aux pieds du sagittaire,
ou le demi-cercle d’étoiles qui est au-dessous du taureau dans le petit zodiaque
d’Esné. En effet, lorsque le taureau se lève, la couronne australe se couche, et
réciproquement: c’est par une considération semblable que Ion a rapproché du
taureau la couronne boréale, ainsi que nous l’avons dit à 1 article de cette constellation.
Quelques Arabes nomment la couronne australe. el-Kubba (2), quon a traduit
par testudo, tabernaculum,2 cause de sa forme arrondie. El-Kubba veut dire proprement
le dame ou la voûte. Ce nom peut s appliquer aussi a la tortue, a cause
de la forme et de la solidité de son écaille.
Si l’on observe que la couronne australe se levoit en même temps que la lyre,
e t, par conséquent, lorsque la tortue se couchoit, on concevra facilement comment
elle a pu, de même que la lyre, porter un nom analogue à celui de la tortue.
§. 25. l ’a i g l e .
L ’ a i g l e que l’on voit au ciel est, dit la fable, celui qui enleva Ganymède. Il
voloit contre.le soleil sans en redouter les rayons (3).
Si l’on rapproche bout à bout les deux parties du petit zodiaque d’Esné, le ver-
seau, dont les Grecs ont fait Ganymède, se trouvant la dernière figure de l’un des
tableaux, et un grand oiseau qui vole en sens inverse de la marche des signes, étant
la première de l’autre tableau, ces deux figures seront à peu près l’une au-dessus de
l’autre. Le grand oiseau volant au-dessus du verseau est le seul emblème remarquable
qui soit tourné du côté du levant, c’est-a-dire, contre le soleil : ces circonstances
ne paroissent-elles pas avoir un rapport frappant avec la fable de 1 aigle et
de Ganymède î
L ’aigle étoit appelé vultnr volans (4 ), peut-être par opposition au vultnr cadens,
qui se couchoit quand l’aigle se levoit. Voyez ce que nous avons dit ci-dessus, à
l’article de la lyre.
§ . 26. LA F L È C H E .
L a flèche , dit la fable, est une de celles dont se servit Hercule pour tuer le
vautour.
(1) Scalig. N o ta in sp h . M a n ilii, pag. 338 et 339. (3) Eratosth. Cataster. XXX.
(2) Ulugh-beig. Tab. cum comm. T h. Hyde, pag. 68. (4)UIugh-beig. Tab. cumcomm. T h . H y de, p. 24 et 25.