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Claudien (1) rapporte qu’à lu mort du boeuf Apis, 'les rivages du N il retentissaient
du bruit dcs ^ r e s et que la flûte Egyptienne dirigeait les chants qu’on adressait à
Isis dans l île du PI,me. Nous aurions beaucoup d’autres témoignages à citer s’il
sagissoit des tambours, des sistres ou autres crotales ; mais nous ne parlons’ ici
que des instrumens propres à ia mélodie, et npn des instrumens bruyans. Ceux-ci
furent les premiers découverts et les premiers en usage; dès la plus haute antiquité,
ils furent employés pour régler les mouvemens de la danse et de la pantomime,
et pour en marquer le rhythme dans les temples ou ailleurs, ou poinçon,
urer Typhon et l’éloigner du lieu des prières; ce n’étoit non plus que par ce
dernier motif qu on en faisoit quelquefois usage pour marquer la mesure des chants
qu on adressoit aux dieux.
Ce seront ici le lieu de placer tout ce que nous apprennent les poètes et les
philosophes anciens relativement au second état de la musique en Egypte - mais
nous nous sommes déjà beaucoup .étendus sur les causes et les conséquences de
cette derniere epoque de lart. Les faits que nous pourrions citer maintenant sont
connus de. tous les savans, et ils prolongeraient sans nécessité, comme sans fruit
cette discussion, que nous aurions voulu abréger, si, pour dissiper l’apparence de
paradoxe qu aurait pu avoir pour certaines personnes l’opinion qu’elle nous a fait
embrasser, il ne nous eût semblé indispensable d’entrer dans quelques détails jus-
qu ic, négligés par ceux qui se sont occupés de recherches sur la musique ancienne
La question que nous avions à résoudre étoit complexe : il s’agissoit de prouver
que les anciens Egyptiens avoient eu une musique; que cette musique étoit fondée
sur des principes qui assuraient leur bonheur; que ce qu’ils rejetèrent en cet art leur
e oit étranger et contraire a leurs principes ; "que c’étoit la musique instrumentale
ariee, que celle-ci prit naissance et reçut son accroissement en Asie -■ quelle
ne put penetrer facilement en Egypte avant que ce pays eût été conquis par
Cambyse, que, depuis, ses progrès y forent arrêtés ou retardés, et ensuite se déve-
opperent tout-a-coup avec une rapidité étonnante. Au défaut de preuves directes
pour démontrer que la musique instrumentale étoit inconnue aux Égyptiens nous
ayons établi notre jugement sur le silence de tous les auteurs anciens à l’égard
es instrumens musicaux, lorsqu’ils ont eu occasion de parler de la musique de
e peuples eu sur 1 état où se trouvoit cet art chez les Hébreux à leur sortie
hgypte. Afin de nous-faire une idée des obstacles qui durent pendant longtemps
en Egypte oter toute espèce d’accès aux innovations relatives aux insn-m
mens, nous avons.pris pour moyen de comparaison ia vigoureuse résistance que
leur opposèrent les anciens Grecs, dont les institutions religieuses et politiques,
ainsi que les moeurs ^voient une conformité très-grande avec celles des Égyptiens’
et nous nous sommes convaincus que ces innovations étoient repoussées en
Grece avec la plus rigoureuse sévérité, et les novateurs punis. Ensuite nous nous
sommes assures, par des faits constatés, que ia musique instrumentale passa
ccaarraaccttèèrre^ dde 1E 6a'r6t. ’ ^ “ E gm e ' * qU’e,le y dénatura absolument le 1premier
(0 D e I V cons. Honor. pan. v. 685 et seqq.
D E L ’ A N T I Q U E E G Y P T E . 4 2 5
Nous n’avons pas considéré notre travail comme un objet de simple curiosité;
nous nous sommes appliqués à en faire ressortir tous les résultats qui nous ont
semblé avoir quelque utilité, soit pour l’avancement de l’art, soit pour l’intérêt de
la société. Nous aurons atteint ce but, si nous avons réussi à prouver et à persuader
que ce n’est qu’autant que la musique sera rétablie dans la première direction qui
lui a été assignée par la nature, et qu’elle se rapprochera des principes du langage,
qu’elle tendra à une véritable perfection et produira d’heureux effets, comme elle
fit jadis ; qu’en suivant au contraire une marche opposée, elle ne peut que se
•dépraver' davantage et devenir encore plus nuisible. Ainsi respectée tant qu’elle
conserva son premier caractère, l’expression énergique et vraie de son éloquente
mélodie,'pénétrant jusqu’à l’ame, exerçoit sur le coeur toute sa puissance : telle
fut en effet, comme nous l’avons vu , la musique de tous les anciens peuples
dans leur premier et peut-être dans leur plus parfait état de civilisation, dans celui
où ils se contentoient de la tradition orale et chantée. Mais lorsque l’art musical
se borna à faire éprouver de pures sensations d un plaisir vague et superficiel,
lorsque la musique fut prostituée à tous les caprices d’un goût dépravé, elle
ressembla à ces femmes débauchées qui ne plaisent qu’aux libertins, tandis qu’elles
inspirent le plus profond mépris aux gens honnêtes : elle ne fot plus estimée que
par des princes et des peuples corrompus, tels que l’étoient les derniers Pto-
iémées, et particulièrement celui qu’on surnomma, par dérision, Photingios ou
A id tics, ainsi que les Alexandrins de ce temps; tels que l’étoient les Césars et
sur-tout Néron, ainsi que les Romains d’alors : mais elle fut constamment censurée
et rejetée par les philosophes et par les peuples soumis à des lois sages.
Cette dernière espèce de musique fot toujours le présage de la dissolution des
empires, ou du moins la précéda toujours. Née dans l’Asie mineure, les royaumes
de ce pays forent aussi les moins stables et le plutôt détruits. Peu de temps après
qu’elle eut passé en Grèce, l’ancien gouvernement changea ; ce pays fot agité par
des guerres intestines, assailli par des ennemis extérieurs, enfin envahi et conquis
par des peuple^ étrangers. La même chose arriva sous les derniers Ptolémées. Dès
que les Romains eurent conquis la Grèce, l’Asie etçi’Egypte, et que le luxe de
cette musique, déjà répandu en Grèce et en Asie, eut pénétré jusqu’en Italie,,on
vit l’immense empire Romain chanceler, s’ébranler de toutes pai|s, menacer quel
que temps le monde entier de sa ruine „et finir par crouler en défoi* aux premiers
- coups que lui portèrent quelques hordes barbares.
Les peuples qui subsistèrent le plus long-temps paisibles, forent aussi ceux qui
conservèrent davantage la musique dans son premier état de perfection. Platon
a donc eu raison de dire qu’on ne pouvoit toucher aux principes de la musique
sans porter une atteinte dangereuse au gouvernement d’un Etat. Avant lui, un
roi de Lydie, qui probablement en avoit fait la malheureuse expérience, Crésus,
paroissoit tellement convaincu de cette grande vérité, qu’il répondit à Cyrus, qui
se plaignoit de ce que les Lydiens se révoltoient sans cesse contre son autorité :
Faites - leur commander de porter un manteau sur leurs habits et de chausser les brodequins
; ordonnez-leur de j,aire instruire leurs enfans à jouer des instrumens de musique,
(li . Hhhi