
grandes cavités, aboutit, a-peu-pres a angle droit, sur leur direction commune,
une grande vallée qui porte ici le nom de vallée de Saba’h-byâr, et celui à'Ouâdy-
Toumylat en s approchant du Delta. Cette vallee, cultivée de temps immémorial,
et dont la pente est conforme a 1 inclinaison générale du terrain, recevoit les eaux
du Nil, avant le dessèchement de la branche Pélusiaque, par une dérivation ouverte
près de 1 ancienne ville de Bubaste; mais elle les reçoit aujourd’hui par un canal
dont l’embouchure est près du Kaire.
Dans les grandes inondations, les eaux du fleuve parcourent toute l’étendue de
cette vallée; et maigre les obstacles qu’on cherche à leur opposer, elles s’épanchent
jusque dans 1 intérieur de 1 isthme sur ce même terrain qui domine les lacs amers :
elles couleroient tres-probablement jusque dans le bassin des lacs, si une pente
plus rapide ne les entraînoit de préférence vers le nord.
Ainsi 1 on voit 1 isthme partage par trois cavités différentes, qui, prises ensemble,
offrent à-peu-près la figure d’un T , dont les trois branches sont dirigées l’une sur
la Mediterranee, 1 autre sur la mer Rouge, et la troisième sur une branche du Nil.
Si 1 on desiroit des détails plus circonstanciés sur la topographie de ces lieux,
on les trouveroit assurément dans le grand travail des ingénieurs des ponts et
chaussées sur le nivellement de 1 isthme (i) ; mais ce peu d’indications nous suffira
pour les discussions où nous devons entrer.
Par-là on entrevoit d’abord pourquoi il seroit facile d’établir artificiellement
une communication entre le Nil et la mer Rouge.
L hypothèse par laquelle on voudroit justifier l’opinion de d’Anville, se réduit
donc à supposer la moitié de l’opération faite naturellement, c’est-à-dire, la communication
établie seulement entre le golfe Arabique et le bassin des lacs amers.
Ceci na rien peut-être qui répugne, au premier aperçu; mais, en y réfléchissant,
on verra bientôt que-les choses n’auroient pu subsister dans cet état ; car, si les
eaux du Nil, malgré la pente qu’elles ont dû perdre en parcourant l’Ouâdy-Tou-
mylat et la vallee de Sabah-byar, viennent encore s’épancher jusque sur le plateau
qui domine et ferme vers le nord le bassin des lacs, à plus forte raison les eaux
de la mer Rouge, plus hautes que celles du Ni l , conservant leur niveau après le
remplissage du bassin, et montant encore de plusieurs pieds par l’effet des marées,
toujours très-sensibles à l'extrémité d’un golfe; à plus forte raison, dis-je , s’éleve-
ront-elles par-dessus ce même plateau pour s’écouler ensuite vers la Méditerranée,
et jusque dans le Nil par la vallée de Saba’h-byâr; d’où il faut conclure qu’à
moins de supposer un changement dans la disposition des lieux, le golfe Arabique
na jamais pu se terminer vers le centre de l’isthme : à quelques égards, la communication
directe des deux mers répugneroit moins. On m’objectera que quelques
obstacles, des dunes desable, par exemple, pourroient arrêter les eaux : mais c’est
encoie une hypothèse, tandis que 1 abaissement général du plateau au-dessous du
niveau de la mer est un fait positif, et le point vraiment essentiel pour la question;
en effet, quimporte le reste! Il ne pourroit en résulter d’état permanent : une
(0 B u ,e Mémoire sur le canal des deux mers, par M. Le Père.
seule tempête ouvrirait un jjassage au travers des sables ou des graviers, et établirait
pour toujours la communication des deux mers, puisqu’il y a une pente
continue depuis les bords du bassin jusqu’à la Méditerranée. Tel est donc letat
des lieux, que le fond des lacs amers n’a pu être d’une manière constante le fond
du golfe Arabique (ce qui sera développé davantage ailleurs) (i).
Si, passant à d’autres considérations, nous examinons le sol du bassin et celui
des environs, nous ne trouvons, jusqu’à d’assez grandes distances, qu’un terrain
formé par dépôt. D ’après la disposition des lieux, cela porte déjà à croire que
ce n’est l'ouvrage d’aucune des deux mers : et cette opinion acquiert de la certitude,
quand on fait attention à la nature gypseuse de ce dépôt; car assurément if
ne s’en forme point de semblable dans le fond des mers actuelles.
Si Ion supposoit encore subsistante alors la communication des deux mers, la
difficulté ne seroit pas moins grande, puisque, d’après l’excès d’élévation de la
mer Rouge sur la Mediterranee, il est évident qu’il eût existé dans ce détroit un
courant très-rapide, tel que celui qui existe dans le bosphore de Thrace; circonstance
bien impossible à accorder avec la précipitation d’une dissolution saline ou
gypseuse.
Pour abréger cette discussion, et résoudre à-la-fois toutes les objections fondées
sur les analogies qu’on a cru voir entre le bassin des lacs et un ancien fond de
mer, je ferai remarquer qu’en général il n’y a rien de vague comme cette assertion,
lamer a séjourné sur tel endroit, quand on n’indique aucune relation entre ce fait et
une époque quelconque, historique ou géologique (2). Par-tout on a trouvé des
preuves certaines du séjour des mers ; les dépouilles d’animaux marins, qui sont de
toutes les moins équivoques, ont été rencontrées dans presque toutes les parties
du globe, et cest une vérité sur laquelle on ne dispute plus aujourd’hui, qu’à
une cet taine epoque toute letendue de nos continens a été recouverte par les
eaux.
On sent bien que, dans le cas particulier que nous examinons, on ne veut pas
parler de cette époque si reculée, mais d’un temps bien plus rapproché de nous,
où, toutes choses étant déjà à-peu-près dans l’état actuel, il se seroit opéré cependant
un changement partiel et purement local à l’extrémité du golfe Arabique.
Ceci pose, pour démontrer un pareil changement, il faut donc commencer
par ecarter soigneusement tous les faits qui appartiennent au séjour général
des mers sur la surface du globe; et voilà ce qui rend la question bien plus
délicate à traiter quil n aurait semblé d’abord. Les dépouilles d’animaux marins
que Ion trouve par-tout, les masses de sel gemme qu’on rencontre en mille endroits
, qu on rencontre sur- tout aux environs de l’Égypte et jusque dans les
( i) Mémoire. sur les changemens arrivés dans l’état quences qu’on en tire ne sauraient cependant avoir de
des côtes voisines de 1 Egypte.- justesse qu’autant qu’on rapporte le fait à une époque
(-) En même Ie,"Ps rien de si propre peut-être à sé- déterminée, soit historique, soit géologique; ce que l’on
duire et à faire tomber dans des méprises même les per- fait bien rarement, et ce qui est cependant le point essensonnes
les plus circonspectes, parce que les preuves du tiel lorsqu’il s’agit de rendre compte de quelque changefait
considéré en lui-meme et indépendamment de toute ment opéré dans l'état du globe,
époque, étant ordinairement irrécusables, les consé