
plus ancien et mieux conservé que toutes ces grottes sépulcrales qui ont duré plus
ong-temps que les palais pompeux et qu’un grand nombre de villes fameuses
dont on ne retrouveroit aujourd’hui aucune trace, si quelques-uns de ces tombeaux
n en mdiquoient encore l’ancienne' position.
Ce nest pas dans les grottes les plus apparentes, ordinairement placées sur le
devant et au pied des montagnes, ni dans ces tombeaux magnifiques qui frappent
dadmiration tous les regards, qu’il faut chercher aujourd’hui des momies entières
et bien conservées ; ces monumens, toujours soupçonnés de renfermer des trésors
ou quelques objets précieux, ont été visités et fouillés trop souvent, depuis que
1 Egypte a ete ravagée par les Arabes, qui, sous le prétexte de détruire les idoles
dont ils se disoient les ennemis, ont violé l’asile sacré des morts et saccagé les rameaux.
Il faut penetrer dans le sein des montagnes, et descendre dans ces vastes et
profondes excavations où l’on n’arrive que par de longs canaux dont quelques-uns
•on encombrés ; là, * « t a * . „ „ * , e!pices * pnits ¿ J - H
dans le roc, on trouve des milliers de momies entassées les unes sur les autres qui
paraissent avoir été arrangées avec une certaine symétrie, quoique plusieurs se
trouvent au,ourdhui déplacées et brisées. Auprès de ces puits profonds, qui servaient
de sépulture commune à plusieurs familles, on rencontre aussi d’autres
chambres moins p n d e s et quelques cavités étroites, en forme de niche qui
etoient destinees a contenir une seule momie, ou deux au plus.
Quoique le docteur Pauw (i) ait prétendu, sur les récits de quelques voyageurs
que plus on avance dans la haute Egypte, moins on trouve de momies, et que
celles qui ont ete découvertes dans laThébaïdepar Vansleb, étoient toutes très-mal
conservées , , ai remarqué que les momies de cette partie de i’Égypte avoient été
prepaiees avec le plus de soin. Les grottes de la Thébaïde, qu’on voit souvent
placées sur cinq a six rangs de hauteur, que Paul Lucas et d’autres voyageurs
avoient prises pour les anciennes demeures des anachorètes, renferment ausri un
grand nombre de momies mieux conservées que celles qu’on trouve dans les
canaux et dans les puits de Sacjqârah.
C’est sur-tout auprès des ruines de Thèbes, dans l’intérieur de la montagne
qui s etend depuis 1 entrée de la vallée des tombeaux des rois jusqu’à Medynet-
abou, que j ai vu beaucoup de momies entières et bien conservées.
me serait impossible d’estimer le nombre prodigieux de celles que j’ai
trouvées eparses et entassées dans les chambres sépulcrales et dans la multitude des
caveaux qui sont dans Jmtérieur de cette montagne ; j’en ai développé et examiné
un grand nombre autant pour m’assurer de leur état et pour reconnoitre leur
préparation, que dans 1 espérance d’y trouver des idoles, des papyrus et d’autres
objets curieux que la plupart de ces momies renferment sous leur enveloppe
Je n ai point remarqué qu’il y eût, comme Je dit Maillet (a), des caveaux spécialement
destines a la sépulture des hommes, des femmes et des enfans ; mais j’ai été surpris
de trouver peu de momies d’enfans dans tous les tombeaux que j’ai visités.
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Ces
Ces càdavres'embaumés, parmi lesquels on remarque un nombre à-peu-près
égal d’hommes et de femmes, et qui, au premier aspect, paraissent se ressembler
et avoir été préparés de la même manière, diffèrent cependant par les diverses
substances qui ont été employées à leur embaumement ,• ou par l’arrangement et
la qualité des toiles qui leur servent d’enveloppe.
Les historiens et les voyageurs ne sont pas d’accord sur l’espèce de toile dont
les Égyptiens faisoient usage pour envelopper leurs morts. Le byssus avec lequel
on faisoit les toiles, est pris, dans les diverses traductions d’Hérodote, tantôt pour
du lin, et tantôt pour du cotón. L examen dès toiles dont ces momiés sont enveloppées,
devoit suffire pour décider cette question. Le comte de Caylus et Je
celebre chimiste Rouelle ont prétendu que toutes les toiles qui enveloppoient les
momies étoient de coton : j en ai trouvé un grand nombre qui étoient enveloppées
avec des bandes de toile de lin, d un tissu.beaucoup plus fin que celui des toiles de
coton que 1 on trouve ordinairement autour des momies préparées avec moins de
soin; les momies d’oiseaux, particulièrement celles des ibis, sont aussi enveloppées
avec des bandes de toile de lin.
En examinant en détail et avec attention quelques-unes des momies qui se
trouvent dans les tombeaux, j’en ai reconnu de deux classes principales :
Celles auxquelles on a fait sur le côté gauche, au-dessus de l’aine, une incision
d’environ six centimètres [deux pouces et demi], qui pénètre jusque dans la cavité
du bas-ventre ;
Et celles qui nont point d ouverture sur le côté gauche, ni sur aucune autre
partie du corps.
Dans 1 une et dans 1 autre classe, on trouve plusieurs momies qui oiit les parois
du nez déchirées et l’os ethmoïde entièrement brisé : mais quelques-unes delà dernière
classe ont les cornets du nez intacts et l’os ethmoïde entier; ce qui pourrait
faire croire que quelquefois les embaumeurs ne touchoient pas au cerveau.
L ouverture qui se trouve sur lé côté de plusieurs momies, se faisoit, sans doute,
dans tous les embaumemens recherchés, non-seulement pour retirer les intestins
qu on né retrouve dans aucun de ces cadavres desséchés, mais encore pour mieux
nettoyer la cavité du bas-ventre, et pour la remplir d’une plus grande quantité de
substances aromatiques et résineuses, dont le volume contribuoit à conserver les
corps, en meme temps que 1 odeur forte des résines en écartoit les insectes et les
vers. Cette ouverture ne m’a point paru recousue, comme le dit Hérodote; lès
bords avoient seulement été rapprochés et se maintenoient ainsi par la dessiccation.
i.° Parmi les momies qui ont une incision sur le côté gauche, je' distingue
celles q.ui ont été desséchées par l’intermède des substances tanno-balsamiques, et
Celles qui ont été salées.
Les momies qui ont ete .dessechees a 1 aide de substances balsamiques et astringentes,
sont remplies, les unes d’un mélange de résines aromatiques, et les autres
d’asphalte ( 1 ) ou bitume pur.
(1 ) Asphalte, Bitmnen asphaltum, matière résineuse, qui lui a fait donner le nom de gomme des funérailles,
noire, sèche, d’une cassure vitreuse, presque sans odeur, et de baume des momies.
■Ce bitume étoit employé pour les embaumemens ; ce
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