
j’ai mis à les rassembler, il pourroit m’en être échappé qui serviroient utilement
soit à l’éclaircissement de quelque point d’histoire, soit aux progrès de la théorie
des fleuves, j’appelle sur le nilomètre de l’île d’Ëléphantine l’attention des voyageurs
de toutes les nations, qui seront à portée de le visiter.
S E C T I O N ¡¡g
Preuves de 1'antiquité de la Coudée d ’Éléphantine, tirées de sa division en sept
p arties, et de son emploi dans les Pyramides.
L es inscriptions retrouvées dans le nilomètre d’Ëléphantine prouvent évidemment
que, sous le règne de Septime Sévère, les coudées qui y sont tracées servoient
à mesurer l’accroissement du Nil : ces dernières of&ent donc, en vertu de ce
témoignage, 1 étalon le plus authentique des mesures usitées en Égypte à cette
époque ; mais est-on pour cela fondé à conclure qu’elles représentent d’anciennes
coudées Egyptiennes.' et puisque le rang que chacune d’elles occupe dans le nilomètre
est indiqué par des caractères Grecs, n’est-il pas permis de supposer que ces
coudées ont elles-mêmes une origine Grecque, et que les Ptolémées les introduisirent
en Égypte î
J entreprends d éclaircir tous les doutes qui pourroicnt s’élever à cet égard, et
de prouver que la coudée du nilomètre d’Éléphantine est la coudée antique des
Égyptiens; cest-à-dire, une unité de mesure dont l’usage remonte au-delà des
temps historiques.
Quelques hommes justement célèbres m’ont précédé dans la discussion où je
vais m engager ; mais, parce qu ils ont déduit de données incertaines la solution
du problème dont ils s’occupoient, ou parce qu’ils se sont laissé entraîner au
désir de la faire coïncider avec le système qu’ils avoient adopté, je me trouverai
rarement d’accord avec eux. Cependant, si, convaincu par l’évidence, je suis forcé
de m’écarter des opinions qu’ils publièrent, l’étendue de leur savoir, les services
qu ds rendirent aux lettres, et la réputation méritée qui leur a survécu, ne permettent
pas de rejeter leurs opinions sans examen : je les soumettrai donc à une critique
impartiale, ou plutôt je ferai voir comment ils n’ont pu éviter d’être induits en
erreur; ce qui me conduira à une digression sur les mesures modernes de l’Égypte,
par laquelle je terminerai cet écrit.
Dans le temps où les hommes n’avoient encore entre eux qu’un petit nombre de rapports
sociaux, et où les besoins de la vie n’exigeoient pas, comme aujourd’hui, une
uniformité parfaite dans les mesures usuelles, on rapportoit à la longueur de l’avant-
bras et de la main étendue toutes les longueurs que l’on vouloir déterminer;
procédé simple et naturel, auquel chacun pouvoit, sans embarras, recourir à
chaque instant, et que suivent encore les tribus d’Arabes pasteurs et la plupart
des paysans de l’Ëgypte.
Le travers ou la largeur de la main, que l’on désigna sous le nom de palme,
et les quatre doigts qui la composent, fournirent les divisions et sous-divisions de
la coudée naturelle. On avoit, en effet, reconnu qu’elle contenoit six palmes ou
vingt-quatre doigts (i); mais cette division, quoiqu’extrêmement commode, ne
fut pas la première employée.
Pour s’en convaincre, que l’on remonte au temps où l’on ne connoissoit point
encore de mesures portatives, réglées sur un étalon légal; et que l’on se représente,
pendant un instant, celui qui étoit obligé de rapporter à la longueur de
sa propre coudée les intervalles qu’il avoit à mesurer.
Lorsque ces intervalles avoient plus d’une coudée de longueur, il falloit appliquer
sur eux, plusieurs fois de suite, l’unité de mesure : ainsi, en partant de l’une
des extrémités de la ligne à mesurer, comme d’un point fixe, et posant le coude
sur ce point, on appliquoit le long de cette ligne l’un des avant-bras et la main
étendue ; ce qui formoit la longueur d’une première coudée naturelle.
L ’opération, pour être continuée, exigeoit l’application d’une seconde coudée
à la suite de la première ; il étoit donc nécessaire de rendre fixe l’extrémité de
celle - ci : or il est évident que le moyen le plus naturel d’y parvenir consistoit à
poser transversalement à cette extrémité un ou plusieurs doigts de l’autre main,
au-delà desquels on appliquoit la même coudée qui avoit été posée en-deçà ; on
rapportoit de nouveau les doigts transversaux à l’extrémité de cette seconde coudée,
et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on eût atteint la dernière limite de l’intervalle
dont on vouloit déterminer la longueur.
11 suffit de la moindre attention pour reconnoître, dans cette manière de mesurer,
un procédé indiqué par la nature elle-même, et le seul que l’on pût employer
avant 1 invention des mesures portatives ; mais on voit en même temps
qu en opérant ainsi, l’unité de mesure, au lieu d’être égale à la coudée naturelle
seulement, étoit cette même coudée augmentée de la largeur des doigts que
l’on avoit posés transversalement pour servir de point de départ à l’unité de mesure
suivante.
Observons ici que le nombre de ces doigts ajoutés à la coudée naturelle ne
fut point arbitraire. Il convenoit, en effet, que cette longueur additionnelle fût
constante et représentât une partie aliquote de la coudée ; et comme on savoit
qu elle contenoit six palmes, tandis qu’il auroit été peut - être difficile de dire
combien de fois la largeur de chacun des doigts, pris séparément, y étoit contenue,
on trouva plus simple et plus commode d’y ajouter un palme entier, que
d y ajouter un doigt seulement ou une fraction quelconque du palme.
Ainsi 1 unité de mesure primitive fut composée de sept palmes, ou de vingt-huit
doigts ; savoir, des six palmes de la coudée naturelle, e t du palme additionnel
que fournissoit le travers de l’autre main.
( l) Cubitumque animadverterunt ( anliqm ) ex sex pahnis constate, digilîsqiie viginti - quatuor. (Vitr. lié. I I I ,
cap. l . )