
trouve quelquefois joint au nom de la trompette, qu’il n’ait point appartenu spécialement
au sistre. Puisque ce mot signifie en qobte le son ou la résonnance de
l’airain, il ne peut être regardé comme désignant le son de tout instrument quelconque
de musique ; car il y a eu un très-grand nombre de ces sortes d’instrumens
dans la composition desquels il n’est jamais entré d’airain.
Mais il suffisoit que le mot cencen signifiât le son ou le bruit résonnant et retentissant
que produit l’airain, pour qu’il put devenir le nom du sistre, et désigner
en ineme'temps le bruit sonore de la trompette. Il est même d’autant plus probable
que les Égyptiens employèrent ainsi ce mot, que les Latins, qui ont traduit
le nom du sistre par le mot c r e p i t a c u l u m , qui signifie un instrument bruyant qui
rend un son retentissant, se sont servis de cette même expression, ainsi que l’ont
fait les Qobtes, pour exprimer le son retentissant de la trompette d’airain. C ’est
ce qu'on peut remarquer dans ces vers de Virgile :
A t tuba terribilem sonitum procul are canoro
IN CREPU 1T . ........................................................... .
Æncid. Iib, IX, v. f o j tt joef. ' - - \ ■
Nous ajouterons même qu’à la manière dont les meilleurs auteurs Latins ont
traduit le nom du sistre, il est absolument hors de doute qu’ils le fàisoient dériver,
non du verbe mjv, agiter, ébranler, mais des verbes résonner, retentir, et qu’ils
attachoient au mot raVgjv [ seistron] le même sens que les Qobtes ont donné au
mot cencen. Or il est bien probable qu’une étymologie qui est fondée sur une
autre idée que celle que l’on a toujours attachée à l’acception propre du m o t,
telle que I est 1 etymologie par laquelle on fait dériver le mot de cte /<j v, est
tout au plus ingénieuse, mais dépourvue de fondement, hasardée et fausse.
On ne peut pas non plus raisonnablement conclure qu’il n’y a aucune analogie
entre cencen et niq-gjti [seistron] , parce que ces mots ne sè ressemblent pas ; car
il y a bien des mots, quoique dérivés d’une même racine, ou même ayant eu
dans le principe une seule et même forme, qui, après avoir passé dans une autre
langue, y ont reçu de telles modifications et éprouvé de tels changemens, qu’ils
paroissent être entièrement étrangers à la langue dont ils tirent leur origine.
Il est pour tous les peuples du monde un principe naturel, qui les guide dans
la composition et la dérivation des mots qu’ils forment ou qu’ils adoptent, soit
qu’ils les dérivent de leur propre langue, soit qu’ils les empruntent d’une langue
etrangere , cest celui de 1 analogie. Lorsque dans la composition des mots il se
rencontre des lettres et particulièrement des consonnes dont la prononciation ne
leur est pas familière, ou n’est pas conforme au goût et aux habitudes qu’ils ont
contractes, ils en substituent d autres du meme organe ou d’un organe analogue,
comme, par exemple, une consonne dentale à une autre dentale ou plus forte
ou plus douce, une consonne labiale à une autre consonne labiale, une linguale
à une autre linguale, une liquide à une autre liquide, &c. &c. (i)
( l) C est ce que nous avons fait nous-mêmes dans la fait tambour; flamber, dont nous avons fait flamme; apformation
ou la composition de beaucoup de nos mots: prouver, dont nous avons fait approbalioa;M ceux que nous
tels sont, pat exemple, ceux de taper,- dont nous avons avons empruntés du grec ou du latin, comme A eM .v 'o x ,
Il seroit donc encore possible que le mot trv/ç'gp», quoique très-différent en
apparence du mot Égyptien cencen, en fût cependant dérivé.
Pour résoudre plus clairement cette question, il ne sera pas inutile de nous
assurer si le mot cencen ne se reproduirait pas avec de légers changemens dans
d’autres langues, comme le nom de l’instrument que nous appelons sistre.
D ’abord ce mot se reconnoît sans peine dans le mot Éthiopien .ÇÇ/Wt [t^ena-
cel (i) ou cenacel] , qui signifie en cette langue un sistre; car il est évident que ce
mot ne diffère du mot Égyptien cencen que par le changement des lettres fortes
en lettres foibles, et parce que l’on a substitué la consonne linguale l qui finit
ce mot, à la consonne linguale « qui termine celui de cencen. Quant à la voyelle a,
qui se trouve dans le mot Éthiopien et qui n’est point dans le mot Égyptien, on
sait que dans les langues Orientales il n’y a que les consonnes qui soient regardées
comme les parties essentielles des mots, et que les voyelles n’en changent point la
nature et l’acception.
Par la même raison que les Éthiopiens ont pu substituer la consonne linguale
/ à la consonne linguale n , d’autres auront pu, en substituant deux / aux
deux n du mot Égyptien cencen, transformer ce mot en celui de celcel; et c’est
ce qu’ont fait les Hébreux ou plutôt les Chaldéens, en ajoutant à ce mot la
terminaison propre à l’idiome de leur langue, et en changeant les lettres fortes
en lettres douces. Ainsi, au lieu de cencen, ils ont d’abord eu le mot celcel ; et’
en adoucissant la première et la quatrième consonnes, ils ont formé le mot de
tçeltiplei ou ryltiflei. Il n’a donc fallu, pour opérer un aussi grand changement:
dans le mot Égyptien, que substituer une consonne linguale à une autre consonne
linguale et une lettre foible à une lettre forte.
Nous attribuons aux Chaldéens le changement de 1’« en l, d’après ce que nous
apprend Scaliger, qui remarque, dans son livre De emendatione temporum, que les
Chaldéens étoient dans l’usage de substituer le lamed au nun h.) dans les mots où
ce dernier se rencontrait; qu’ils prononçoient Labonassar pour Nabonassar, et
Labonidas pour Nabonidas. O r, comme les Hébreux perdirent presque totalement
l’habitude de leur langue par l’usage continuel qu’ils firent de la langue Chal-
daïque pendant leur captivité à Babylone, et qu’ils contractèrent l’habitude de
prononcer comme les Chaldéens, il est très-probable aussi qu’ils se seront conformés
à la manière dont ces derniers prononçoient le mot cencen.
Les Grecs, qui ont emprunté presque tous leurs instrumens des Asiatiques,
auront pu en recevoir aussi celui-ci, ou au moins son nom. Ils auront, suivant
leur usage, écarté du mot t^iltyelei tout ce qui leur en rendoit la prononciation
v o ix; depéJbv, rosa, rose; de xvk\oç} circulus, cercle; de le plus possible de la prononciation de ces mots, Iors-
jca.jnu'ti, cabane; de JutÆaMwf, cheval; de «taoc, titulus, qu’elle leur paroissoit trop dure, ne se faisoient aucun
titre ; d et7roçBAof, apostolus, apôtre ; episcopus, scrupule d’en retrancher les lettres dont la prononciation
en allemand bischoff, en italien vescovo, et en français les embarrassoit, ou d’y en substituer d’autres souvent
évêque. Mais les altérations deviennent bien plus grandes très-différentes.
dans les mots des langues Orientales qui ont été pronon- ( i) Nous écrivons toujours les mots Ethiopiens d’après
cés et écrits par les Grecs, et qui nous sont parvenus de la prononciation des prêtres Abyssins, et non d’après
cette manière. Les Grecs, qui sacrifioient tout à la déli- l’usage Européen.
catesse de leur oreille, loin de chercher à se rapprocher (2) C ’est-à-dire, la lettre / à la lettre n.