
Ce serait alors à cette unité de' mesuré que Pline auroit appliqué la dénomination
de jugère.
Quant à la coudée qui auroit servi à former la canne, si, comme il est permis
de le supposer, l’usagé du dupondium ou de la coudée Romaine étoit déjà introduit
en Egypte du temps de Pline, cet auteur a pu croire que la canne d’arpentage
dont on se servoit pour mesurer les terres de cette province, étoit composée
de sept coudées Romaines.
Admettant cette conjecture, et prenant, pour lalongueur de la coudée, le double
du pied Romain de om,2926, tel que nous l’avons déduit du pied philétérien et
des mesurés prises sur des étalons antiques par l’abbé Barthélémy, Je dupondium
se serait trouvé de om,j 852 ; et la canne d’arpentage, de 4'",0964: le’côté dujugère
de Pline de vingt cannes de longueur auroit été, par conséquent, de 8 im,928;
et cette unité de.mesure superficielle de 6712™, 19 carrés, quantité qui, répétée
huit fois‘‘ auroit produit 53697 mètres : or on sait que la surface de la base de
la plus grande des pyramides est de 54135 mètres carrés; il n’y a donc qu’environ
de différence entre la valeur exacte de cette surface et l’expression que
Pline en a donnée ; ce qui confirme ce que nous avons dit ailleurs de l’exactitude
de cet historien quand il parle des pyramides.
SECTION PV.
Des Mesures agraires des Egyptiens depuis la conquête des Arabes. _
Résumé de ce Mémoire.
L o r s q u e les Arabes firent la conquête de l’Egypte-^ils s’occupèrent peu de
1 administration intérieure du pays : les impôts en grains que cette province avoit
acquittés sous les empereurs de Constantinople, furent probablement diminués,
puisque les motifs de cette exportation avoient cessé d’exister. Les nouveaux
possesseurs de l’Egypte, ayant le pouvoir de mettre sur les produits de l’agriculture,
de 1 industrie ou du commerce, des contributions arbitraires, laissèrent aii peuple
ses habitudes, et à la caste qui étoit restée jusqu’alors chargée de percevoir les
tributs, la faculté de les répartir et de les lever comme elle le jugerait convenable.
Sous la domination Romaine, quelques agens venus d’Italie ou de Constantinople
dirigèrent toujours 1 administration des revenus de cette province (1). Les
Arabes 1 abandonnèrent entièrement aux Qobtes, qu’ils trouvèrent possesseurs de
construxisse produntur. Très vero factce anms L X V I I I
et menslbus IV . Qui de iis scripserint, sunt Herodotus ,\
Euhemerus , D u r is, Samius, Aristagoras , Dionysius,
Artemidorus , Alexander Polyhistor , Buthorides, A nti-
sthenes, DeinetriusffDemoteles, Apion. Inter oinnes eosnon
constat a quibus factce sim , Jusrissimo casu oblitérât is
tantes- vanitatis auctoribus. Aliqui ex his prodiderunt, in
taphanos et allium ac cce.pas mille sexcenta ta}en ta ero-
gata. A m p l i s s im a o c t o j u g e r a ô b t i n e t s o l i ,
quatuor angulorum paribus intervallis , per octingentos
octoginta très pedes singulorum■ laterum... (Plin. Hist.
natur. lib . XX X V I, cap. 12 , ) Le jugère Romain conte-
noix, comme on sa it, 28,800 pieds carrés; les huit ju-
gères auraient été par conséquent de 230,400 pieds. Mais,
suivant P lin e, le côté de la base de la pyramide étoit de
883 pieds; sa surfaéè étoit par conséquent deySOjôSç^ieds.
C e n est donc ni en pieds ni en jugères Romains que
Pline a donné les dimensions de la grande pyramide.
( 1 ) D e l’administration de l’Egypte sous les Romains,
par M. L. Reynièr, 2 / partie, chap, 4.
l’ancien cadastre ; et c’est probablement à dater de cette époque que ceux - ci
ont commencé à exercer l’influence qu’ils ont su conserver jusqu’à présent, en se
rendant en quelque sorte les fermiers de l’Egypte, dont ils exploitent les revenus
pour leur propre compte, sous la condition tacite de fournir aux maîtres de ce
pays, quand la demande leur en est faite, les sommes nécessaires à leurs besoins
ou à l’entretien de leur luxe.
On compte cependant parmi les califes quelques hommes qui voulurent entrer
dans les détails de l ’administration de i’Égypte. On cite particulièrement le calife
Al -Mamoun, qui introduisit l’usage d’une nouvelle coudée appelée coudée noire ( i ). Il
est constant que cette coudée se retrouve dans le nilomètre actuel de Roudah (2).
Mais, quoique quelques auteurs Arabes annoncent que l’emploi en avoit été ordonné
pour 1 arpentage des terres, on ne s’en sert plus aujourd’hui ; on pourrait même tirer
la preuve qu elle n y a jamais été employée, de ce que, suivant un auteur de cette
nation cite par Golius, la canne ou qassâb des arpenteurs étoit composée de sêpt
coudées noires et un neuvième. Il est évident, en effet, que si la coudée noire avoit
servi à former une canne d’arpefitage, elle y auroit été comprise un nombre exact
de fois. En disant que la canne étoit composée de sept coudées noires et un
neuvième, on a voulu faire connoître la longueur de cette canne à ceux auxquels
l’usage de la coudée noire étoit familier, c’est-à-dire, aux Arabes venus
de l’Asie.
Quoi qu’il en soit, il résulte toujours de ce passage que, du temps de l’auteur
Arabe cité par Golius, la canne d’arpentage étoit de sept coudées noires et un neuvième.
Or la coudée noire du nilomètre de l’île de Roudah est de om,y4 i2 (3),
et, par conséquent, la canne est de 3"1,848, ou, en nombre rond, de 3m,8 5.
Il n est pas indiqué- de combien de cannes étoit composé Je côté du carré
qui formoit 1 unité de mesure agraire à cette époque ; mais ce point va bientôt
être étlairci.
Nous avons dit, dans notre Mémoire sur l’agriculture des Égyptiens, imprimé
au Kaire en l’an 7 , que l’on distinguoit en Égypte, sous le nom générique de
feddân,; deux unités de mesures agraires. Chacun de ces feddim; qui peut être
(1) Notte Jacobi Golii in Atferganum , Amstelodami,
1 6 % , pag. 75.
(2) Mém. sur le nilomètre d’EIéphantine, p . 44 et 45.
(3) J ai fait voir, dans mon Mémoire-sur le nilomètre
d’Elephantine, comment Fréret, Bailly et Paucton ont
été induits en erreur en confondant la coudée du Me-
qyas de l’île de Roudah avec l'ancienne coudée Egyptienne,
et dans quelle méprise ils sont tombés en supposant
cette coudée du Meqyâs de vingt pouces six lignes
du pied de France, tandis qu’elle n’est en effet que de vingt
pouces. J’ai avancé, dans le même Mémoire,qu’avant l’expédition
Française en Égypte aucun voyageur ne l’avoit
mesurée exactement, et que, par conséquent, sa véritable
longueur étoit restée' inconnue jusqu’à^l’upoque de cette
expédition. J’ai moi-même en cela commis une erreur
que je dois rectifier ici. En effet, M. Fourmont, interprète
du Roi pour les langues Orientales, rapporte dans
sa Description historique et géographique des plaines d’Hê-
liopolis et de Memphis, publiée en 1755, qu’après avoir
mesuré chaque draa ou coudée de la colonne du Meqyâs,
il trouva pour chacun vingt pouces de France; c.e
qui est parfaitement conforme avec les mesures qui en
ont été prises par les membres de l’Institut d’Egypte.
Cependant l’illustre auteur de l’Astronomie moderne, publiée
pour la première fois en 1775, a persisté dans l’opinion
erronée de Richard Cumberland et de Fréret, qui attri-
buoient vingt pouces six lignes de longueur à la coudée
nilométrique actuelle. Cette erreur de Bailly proviendrait-
elle de ce qu’il ne connoissoit pas le mémoire de Four-
mont î ou bien y auroit-il été entraîné parce que l’usage
d’une coudée antique de vingt pouces six lignes s’accordoit
mieux que Tusage d’une coudée de vingt pouces avec
son système sur l’existence de l’ancien peuple auquel il
faisoit remonter l’origine de nos connoissances!