
1 7 6 a b r é g é (Ch r o n o l o g i q u e d e l ’ h i s t o i r e
dignité avec Khalyl, on en comptoit deux qui avoient été élus, l’un, A ’iy-beyel-
Qarâouy, prince des pèlerins, et l’autre, O’tmân-bey Gorgâouy, prince du Sa’yd.
A ’iy Gendâly vouloit attirer A ’iy el-Qarâouy dans ses intérêts. Il s’en étoit ouvert à
un autre bey dit Hoseyn-bey-keclikech, qu’il ne savoit pas envieux du poste de
Qarâouy,qui le trahit, et qui le dénonça au cheykh el-belàd. El-Qarâouy fut exilé à
Gaza ; son dénonciateur eut sa charge. A ’iy-bey, qui vit par-là ses desseins avortés,
s’exila au village de Nouâçat, où il alla combiner de nouveaux plans qui le
rappelèrent au Kaire, mais pour peu de temps. Il fut attaqué au sein de la capitale
par les partis de Khalyl et de Hoseyn-bey-kechkech, et contraint, après
un combat sanglant et vaillamment soutenu, à retourner au Sa’yd pour y préparer
une nouvelle vengeance.
Les deux beys, débarrassés, au moins momentanément, d’A ’ly, remplacèrent
les beys qui avoient fui, par des Mamlouks de leurs maisons, et se réunirent
pour la perte d’O ’tmân-bey Gorgâouy, qu’ils accusèrent devant le pâchâ d’avoir
favorisé la fuite d’A ’ly, en l’accueillant dans son gouvernement, et demandèrent
sa punition. « Faites ce que vous voudrez, leur dit le pâchâ; je n’entre pas dans
» de pareilles affaires. Prenant cette réponse équivoque pour un consentement,
ils fondirent un jour de beyrâm sur O ’tmân, qui se rendoit à la citadelle pour
complimenter le pâchâ, et le taillèrent par morceaux, au milieu de la place dite
Qarâ-meydân, avec tous ses Mamlouks. Hasan-bey-Boukhyreh, soupçonné d’étre
son ami, éprouva le même sort.
Le massacre d’O ’tmân n’empêcha pas A ’Iy de s’unir à Sâlh-bey, Mamlouk de
Mostafâ el-Qerd, réfugié comme lui, et de venir avec lui demander raison à
Khalyl et à Hoseyn de l’affront qu’il avoit reçu d’eux. Les quatre beys se joignirent
proche du Kaire, et il y eut entre eux un,engagement qui tourna à l’avantage
d’A ’ly et de son allié. Ils poursuivirent leurs ennemis à travers la province de Qe-
lyoub, les atteignirent au village de Mesged cl-Khodrah sur les bords du Nil, les
combattirent de nouveau, et les obligèrent à s’enfermer dans Tantah,gros village
de la province de Gharbyeh. Pour les y forcer, A ’iy envoya Mohammed surnommé
Abou-dchcb, quijouera un rôle dans le chapitre suivant. Le village fut pris
d’assaut. Hoseyn-kechkech y fut fait prisonnier, et décapité. Quant à Khalyl, comme
il s’étoit réfugié dans la mosquée d’Ahmed el-Bedaouy, qui est en très-grande
vénération chez les Mahométans, il fallut en faire le blocus pour ne pas en
profaner le sanctuaire. Mohammed l’investit donc de toutes parts, et attendit que
le manque de vivres lui livrât Khalyl. Celui-ci se soutint trois jours; mais, la
faim le pressant, il hasarda une sortie dans l’espoir de s’ouvrir quelque passage.
Cette action de désespoir ne put le préserver de tomber entre les mains de
Mohammed Abou-deheb, qui fit décapiter tous ses Mamlouks et envoya leurs
têtes au Kaire. A ’Iy les fit promener dans toutes les rues, et exila Khalyl à Alexandrie
, où il le fit ensuite étrangler. Ces divers succès assurèrent à A ’iy une autorité
presque absolue.
CHA P ITR E XIV.
D B S M A M L O U IC S D ’ E G Y P T E . 1 7 7
CHAPITRE XIV.
A ’iy-bcy. Mohammed Abou-deheb. Jsma’y l.
Ce fut en 1 178 de l’hégire qu’A ’Iy-bey, délivre par Mohammed Abou-deheb
de ses plus mortels ennemis, fut proclamé cheykh el-belâd. Cette dignité lui assurant
une suprématie décidée, il voulut prouver par sa conduite qu’il la méritoit:
il rendit justice à tous, purgea les routes des Arabes voleurs, et s’appliqua à
faire le bien. Chacun le bénit comme un prince qui avoit fait succéder la tranquillité
aux horreurs d’une guerre de faction. Il avança ensuite ses créatures. Mohammed
Abou-deheb fut créé bey. Le jour où il reçut l’investiture, fut un jour de prodigalité.
Ce nouveau bey fit jeter au peuple des monnoies d’or de trente-neuf sous environ,
au lieu de parats qu avoit coutume de répandre chaque individu qui le devenoit.
C’est cette profusion d’un gejÿ-e nouveau qui lui valut le surnom d’Abou-deheb, qui
signifie père de l ’or.
A ’Iy, qui avoit ses vues, qui aspiroit à la royauté et vouloit devenir indépendant
de la Porte Ottomane, prit->es mesures en conséquence. Sous le moindre prétexte,
il destitua ou éloigna des emplois civils et militaires les chefs des corps des Ogâqlu,
et les remplaça par des gens à lui. Des sept corps Ottomans il ne toléra que celui
des janissaires, parce qu’il les craignoit; mais il les tint tellement sous sa dépendance,
quil les mit hors d état de remuer. Il retarda le paiement de leur solde
pendant des semestres entiers; et lorsqu’il ne put s’empêcher d’y satisfaire, il
lacquitta moitié en numéraire et moitié en rescriptions qui perdirent jusqu’à
quatre-vingt-dix-sept pour cent. Il en résulta un agiotage dont il profita : il les faisoit
retirer, et s en servoit pour le paiement de son myry. Cette manière d’acquitter ses
dettes avoit le double but de rembourser avec des valeurs idéales dés sommes réelles,
et de dégoûter les janissaires, qui, voyant leur paye réduite à moitié, cherchèrent
d autres moyens de gagner leur vie : les uns oublièrent dans l’exercice de leurs
professions le métier des armes; et les autres qui n’en avoient pas, allèrent servir
ailleurs.
Ayant diminué le nombre des soldats Ottomans, il augmenta celui de ses Mamlouks,
et enrôla une grande quantité de Barbaresques. Après cela, il envoya dans la
Bahyreh, province de la basse Égypte, un de ses Mamlouks, nommé Ahmed, pour
la purger des Arabes pillards qui l’infestoient. Ahmed en fit une telle boucherie,
qu elle lui valut le surnom de Gezzdr, c’est-à-dire, bouclier, et le titre de bey.
Dans le même temps, il chargea Mohammed Abou-deheb de l’assassinat de Sâlh-
bey , auquel il s étoit uni dans 1 adversité et dont il craignoit la concurrence.
Mohammed se prêta d’autant plus volontiers à cette action infâme, qu’il le regar-
doit lui-même comme un rival; et il se servit, pour l’assassiner, du bras d’Ibrâhym
qui devint dans la suite cheykh el-belàd. Ce fut au sortir d’une visite faite à A ’iy-
bey, que Sâlh, accompagné de Mohammed, tomba, dans le quartier du Kaire dit
Soueyqat cl-A 'sfour, sous le fer d’Ibrâhym, qui fut incontinent créé bey. Le meurtre
de Sâlh fut suivi de la destruction totale d’une maison puissante connue sous la
ü M. T OM E It. I