
quil en résulte un nouveau corps plus solide sans être cassant, moins perméable
à l’eau, et presque inaltérable.
Avant de tanner les peaux, il faut d’abord les laver, puis les débourrer; et
pour celles dont on veut faire, en Europe, ce qu’on appelle des cuirs forts, il
faut les faire gonfler.
La première opération (le lavage) consiste, en Egypte comme dans tous les
pays, à les faire tremper, à les agiter, à les fouler dans une eau courante, aies
craminer, à les étirer sur le chevalet, à les laver enfin jusqu’à ce qu’entièrement
débarrassées de leur suint, de leur sang, et des ordures quelles ont amassées dans
letable ou à la boucherie, elles soient soûlées d’eau.
La deuxième opération (le débourrement) a lieu en Égypte, et seulement
par un des procédés pratiqués en Europe ; on y fait séjourner les peaux dans un
lait de chaux, jusqu’à ce que leur poil puisse être arraché facilement, puisse
céder, sur le chevalet, à l’action d’un couteau rond non coupant.
Ce débourrement par la chaux suffit en Europe, pour les peaux de vache et
de veau qu’on destine à être des cuirs à oeuvre; on s’en contente, en Égypte,
même pour les peaux de buffle et de taureau, attendu qu’on ne s’applique
point, dans ce pays, à en former des cuirs forts : mais en Europe, où l’on veut
ceux-ci et dans la plus grande perfection, on préfère, pour les obtenir tels |.de
débourrer les peaux des grands animaux, ou après les avoir mises dans des liqueurs
aigries, telles que l’infusion d’orge, le petit lait, le jus de tannée, ou dans le
produit aqueux et acide de la distillation de la houille et de la tourbe, ou
dans une eau acidulée avec l’acide sulfurique, ou après leur avoir fait éprouver
un certain degré de fermentation, soit en lès mettant en pile saupoudrées de sel,
soit en les enfouissant dans le fumier, soit en les enfermant dans une étuve où,
exposées à un' feu de tannée moitié sèche, moitié humide, elles reçoivent, à
une température de vingt-cinq à trente degrés, une fumée aqueuse, acide, anti-
fermentescible, qui les pénètre, les dilate, rend leur poil moins adhérent, sans
trop les altérer elles-mêmes.
La dépilation opérée par une de ces manières, on les lave, on les écharne ;
alors, en Egypte, toutes sont prêtes à être tannées, tandis qu’en Europe celles
qui sont destinées à former ce qu’on appelle des cuirs forts, ont encore besoin
de subir une troisième opération, qu’on nomme le gonflement, et qui a lieu, soit
par la chaux , si le débourrement a été effectué par ce moyen, soit par les divers
pâssemens qui l’ont déterminé, les tanneurs, dans ce pays, ayant pour cela .des
fosses à chaux qu’ils nomment pleins, ou des cuves à pâssemens aigris ou. acides ,
de differens degrés de force, dans lesquelles ils font passer successivement les
peaux jusqu’à ce qu’elles aient acquis la dilatation convenable.
Les Européens ont trois manières principales de procéder au tannage : ou ils
couchent les peaux presque à sec dans des fosses, sur des lits d’écorce de chêne
mise en poudre sous des meules, et qu’ils renouvellent trois fois dans l’espace
de quinze à dix-huit mois, abrégeant cependant quelquefois cette opération, les
uns en faisant couler peu à peu de l’eau dans les fosses, et les autres, qui veulent
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en meme temps s épargner la peine de démonter les fosses, en remplaçant cette
eau par des lessives de la quantité de tan qu’ils auroient employée en donnant
en nature la seconde et la troisième écorce ;
Ou ils cousent les peaux de manière à en former des sacs qu’ils remplissent
de tan et d’eah, et qu’ils plongent dans des baignoires contenant également de
la poudre de tan délayée : ce tannage, qu’on nomme clippage, se fait en deux
mois ;
Ou enfin ils tannent, dans quelques jours, les peaux de boeuf, et dans quelques
heures les peaux de mouton, en les arrangeant isolées dans un cuvier qui
contient une forte lessive de tan.
Les Égyptiens n’ont qu’un procédé pour tanner les peaux de taureau, de
vache, de chameau, de buffle, de chèvre, &c. Il consiste d’abord à charger, à
couvrir les peaux ramollies, distendues et débourrées, d’un mélange de sel et de
poudre des siliques du mimosa nilotica, et ensuite à les mettre, à les agiter, à
les fouler pendant quelques jours plus ou moins, suivant la grandeur et l’épaisseur
des peaux, dans une eau où ils ont délayé une quantité convenable de la même
poudre saline et astringente.
Les peaux sorties de ce coudrement sont etendues et séchées ; les unes sont
employées dans cet état, les autres passent entre les mains du corroyeur.
A R T D U C O R R O Y E U R .
L a r t du corroyeur consiste a donner la souplesse aux cuirs durcis par l’opération
du tannage. Toutes les espèces de cuirs qui ont subi cette opération, sont,
en Égypte, 1 objet du travail du corroyeur; il les dispose, par différens apprêts,
aux usages auxquels chacun d’eux peut convenir.
Prenons pour exemple un cuir de vache; il le ramollit avec de l’eau qu’il
fait pénétrer en foulant le cuir et le pétrissant avec les pieds; il le travaille sur
le chevalet pour l’échamer, le déborder; il le fait sécher, il le couche sur une
table, et verse dessus, du cote de la chair et beaucoup moins du côté de la fleur,
de 1 huile qu il étend avec les mains ; il le pend ensuite pour lui laisser boire cette
huile; il le foule, il le recharge d’huile, il le foule de nouveau ; il le dégraisse
avec une légère solution de natroun du côté de la fleur, afin de la disposer à
prendre la couleur npire quil lui donne à deux reprises, avec l’infusion d’un
mélangé de terre vitriolique et de siliques du mimosa, foulant le cuir à chaque
fois; ensuite il le pare, et enfin il lui applique une légère couche d’huile sur
fleur.
Les cuirs à repasser les rasoirs du barbier Égyptien sont faits avec des lanières
de peaux de taureau ou de buffle, tannées, et,ensuite corroyées et ramollies
dans l’huile.
On fait macérer ces lanières pendant huit jours dans de l’huile de lin , puis
pendant huit jours dans de l’huile d’olive ; on les foule, on les roule sur une
table pour les assouplir et leur faire absorber l’huile.