
Ce n’est qu’aux environs d’Esné que l’on commence à cultiver ce grain dans
des champs inondés naturellement par des canaux dérivés du Nil ; mais il n’y a
qu’une partie des terres de ce canton qui soit susceptible de ce mode de
culture, tandis qu’en descendant dans la plaine de Thèbes • et dans les provinces
de Girgeh, de Syout et de Minyeh, l’orge ..n’est semée, comme le blé, que dans
des terres qui ont été couvertes par l’inondation.
Lorsqu’on ne laboure point la terre avant l’ensemencement, on sème deux tiers
à’ardeb et quelquefois un ardeb entier par fcddân. Lorsqu’on la prépare par un
labour préalable, on n’en sème que la moitié. Le produit de la récolte varie
de 6 à 10 ardeb, suivant les années.
Cette culture de l’orge cl-bayâdy est entièrement semblable à celle du blé. Il faut
quatre hommes pour arracher en un jour le produit à’\xn feddân. Ces moissonneurs
sont payés en nature, et reçoivent chacun f ¡ & ardeb : le prix de l’orge est
communément d’une pataque l'ardeb dans les provinces de Girgeh et de Syout.
En général, le prix de l’orge en Egypte est la moitié de celui du blé.
Les arrosemens artificiels, qui sont inutiles à la culture de l’orge dans la vallce
du Nil, depuis Girgeh jusqu’au Kaire, sont indispensables dans le Fayoum, où les
eaux de l’inondation restent trop peu de temps sur les terres.
On y sème deux tiers à’ardeb d’orge par feddân ; on l’arrose trois fois pendant sa
végétation: on retire d’un feddân y ou 6 ardeb de-grain et autant de charges
de chameau de paille hachée.
L ’orge,que l’on cultive dans les différentes parties du Delta, est arrosée, comme
le blé , deux ou trois fois, depuis les semailles jusqu’à la moisson. La quantité de semence
employée sur un feddân de 24 qirât varie de.-í- à -j- A’ardeb. Le produit
varie également suivant les localités : il n’est que de 3 ardeb dans les environs
de Menouf; il s’élève jusqu’à 7 près de Tantah; il est quelquefois de 8 et 10
ardeb dans les provinces de Rosette et de Mansourah. La paille de l’orge du
Delta est plus courte que celle du blé : aussi n’en retire-t-on en charges de chameau
qu’un nombre égal à la moitié du nombre à’ardeb de grain qu’on a récoltés sur
une surface déterminée. C’est d’ailleurs un fourrage moins estimé que la paille
de blé, et qui est presque toujours consommé sur les lieux.
Quelques petites portions de la langue de terre étroite qui sépare le lac Bourlos
de la mer, produisent un peu d’orge; on la sème dans des sillons tracés à la
houe, et qui sont rabattus avec le tronc de palmier qui fait l’office de herse
et de rouleau. La perméabilité du sol, sous lequel l’eau douce du lac s’écoule toujours
pendant la crue du Nil, à une très-petite profondeur, e t les pluies, qui
sont assez fréquentes sur cette côte pendant les quatre mois d’hiver, suppléent à
l'inondation et aux arrosemens artificiels. Cette culture de l’orge, dans le village
de Beltym, exige, comme on voit, très-peu de dépense: mais aussi elle est très-
peu productive; elle ne rapporte communément que 3 ou 4 pour t.
L ’orge n’est employée généralement en Egypte que pour la nourriture des chevaux:
elle tient lieu de l’avoine qu’on leur donne dans quelques parties de l’Europe.
Une partie de l’impôt en nature auquel les terres de la haute Égypte sont
assujetties, est^acquittée en orge, que l’on vend sur les marchés du Kaire; c’est
aussi l’objet d’une exportation assez considérable par les ports de Qoçeyr.de
Damiette et de Rosette.
S. V.
Culture des Lentilles, des Pois chiches et des Lupins.
L es lentilles[Ervnm lens] sont un produit particulier de la partie de l’Égypte
qui s’étend depuis Edfoû juSqu’à la hauteur de Gyzeh,en y comprenant le Fayoum;
on n’en entreprend la culture, ni à l’extrémité méridionale du Sa’yd, ni dans le
Delta.
Les terres qui onf été inondées naturellement par les canaux d’irrigation, sont
les seules propres à la culture des lentilles; elle est, par conséquent, au nombre
de celles appelées cl-bayâdy, et n’exige que fort peu de travaux.
La terre reçoit quelquefois un premier labour après la retraite des eaux ; mais, si
¡inondation a ete abondante, et si la dessiccation du sol n’est point achevée complètement
quand le moment des semailles est arrivé, on se contente de jeter
le grain sur la terre encore boueuse; on sème par feddân depuis 4 - jusqu’à -f- ¿ 'ar.
ieb. On recouvre la semence en faisant passer dessus une pièce de bois traînée
par quatre ou cinq hommes, ou bien çn donnant à la terre un second labour. Les
lentilles restent environ quatre mois en terre, c’est-à-dire, trente ou trente-cinq
jours de moins que le blé : on les récolte en arrachant les tiges, lorsqu’elles ont
été semées avec d’autres plantes, comme cela a lieu dans le Sa’yd; ou bien on les
scie lorsqu’elles ont été semées seules, comme cela se pratique dans le Fayoum
et les environs du Kaire.
Il faut neuf a dix journées d’ouvrier pour arracher en un jour le produit d’un
feddân de lentilles. On les lie en gerbes, et on les transporte à dos de chameau
sur 1 aire, ou elles sont battues sous le noreg, comme le blé. Quatre hommes et
quatre boeufs, travaillant pendant un jour, battent le produit d’un feddân. Le vannage
et le nettoyage des lentilles se font comme ceux des autres grains. Toutes
ces opérations exigent neuf ou dix journées, dont chacune est payée à raison
de ■— a ardeb de lentilles.
La tige des lentilles,1 hachée sous le noreg, sert de fourrage aux chameaux et
aux chèvres. On en retire ordinairement autant de charges de chameau que
Sardeb de graine : la charge de ces tiges hachées se vend de 30 à 4o médins.
Le produit d’un feddân varie suivant les années; "il est de 6 et 7 ardeb, et
quelquefois de 3 ou 4 seulement.
Le prix de Xardeb de lentilles est communément de 100 médins dans la haute
Egypte; il est de iy o au Kaire et dans la province de Gyzeh.
Les provinces de Syout et de Minyeh sont celles où cette culture est le plus
avantageuse ; elle le devient moins en remontant dans le Sa’yd et en descendant
vers le Kaire.
Les champs de la haute Egypte ensemencés en lentilles sont assujettis à payer